Jusqu'à l'affaire Bettencourt, l'histoire officielle d'Eric Woerth relatait le parcours sans faute d'un homme issu d'un milieu modeste qui devait son ascension à ses seuls mérites. Une version un peu trop simple. Elu local ou trésorier de parti, l'homme a cultivé l'art de passer entre les gouttes.
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Jusqu'à l'affaire Bettencourt, l'histoire officielle d'Eric Woerth relatait le parcours sans faute d'un homme issu d'un milieu modeste qui devait son ascension à ses seuls mérites. Une version un peu trop simple. Elu local ou trésorier de parti, l'homme a cultivé l'art de passer entre les gouttes. Les débuts d'Eric Woerth doivent énormément au député UMP Jean-François Mancel. L'ancien président du conseil général de l'Oise (1985-2004), qui fut condamné, en 2005, à dix-huit mois de prison avec sursis et 30 000 euros d'amende pour prise illégale d'intérêt, l'impose sur la scène politique départementale. C'est aussi lui qui le convainc, en 1986, de quitter la direction financière de Pechiney pour prendre la tête de la toute nouvelle Agence de développement de l'Oise (ADO). Un poste qui vaudra quelques soucis au futur ministreàEn 1990, l'élection de Woerth au conseil municipal de Chantilly est invalidée pour cause d'incompatibilité avec sa fonction à l'ADO. A la fin de 1991, la chambre régionale de la Cour des comptes pointe la " gestion dispendieuse " de l'association et les augmentations de salaire " discrétionnaires et exorbitantes " de son directeur. " J'avais juste opéré un rattrapage pour lui donner un salaire équivalent à ce qu'il gagnait dans le privé ", explique Jean-François Mancel, qui présidait la structure. " J'étais payé normalement pour le travail effectué ", se défend le ministre. A l'époque, le jeune directeur a sous ses ordres une certaineà Louise-Yvonne Casetta, que l'on qualifia plus tard de " banquière occulte du RPR ". " Elle s'était cassé la jambe, je ne l'ai quasiment jamais vue ", assure Eric Woerth. Coïncidence, il la retrouve au siège du RPR en 1993, lorsqu'il est recruté par Alain Juppé comme directeur administratif et financier. Sa mission ? Mettre fin aux pratiques douteuses en vigueur. Pourtant, lorsqu'il quitte son poste, deux ans plus tard, Louise-Yvonne Casetta est toujours là - elle ne démissionnera qu'en septembre 1996. Quoi qu'il en soit, en 2004, Alain Juppé est le seul politique condamné dans l'affaire des emplois fictifs de la ville de Paris. Eric Woerth, lui, n'est pas inquiété. Mieux ! Juppé le dédouane en le présentant comme celui qui a tiré la sonnette d'alarme. Dans les années 2000, Eric Woerth réussit le tour de force de devenir l'inamovible trésorier de l'UMP, mais aussi le grand argentier des campagnes présidentielles de Jacques Chirac (2002) et de Nicolas Sarkozy (2007). Pourquoi lui ? Parce que " je dispose d'un certain sens de l'ordre et [que je] ne suis ni torturé ni tortueux ", confiait-il récemment. De fait, l'homme est apprécié par ses pairs. Plus encore à Chantilly, la ville dont il est maire depuis 1995. " Même l'opposition municipale s'est gardée d'intervenir en sa défaveur ", relève son premier adjoint, Michel Triail. " Eric Woerth a toujours flirté avec les incompatibilités, mais j'éprouve de l'estime à son égard ", convient le député (PS) Michel Françaix. " Personne ne rappelle que j'ai renoncé à mes 2 500 euros d'indemnités à la communauté de communes ", insiste Woerth aujourd'hui. Au premier rang de ses réussites, le sauvetage de l'hippodrome, obtenu grâce à l'appui financier substantiel de l'Aga Khan, installé dans la commune voisine de Gouvieux. " L'articulation entre les deux hommes a fait des prodiges, estime le maire (UMP) Patrice Marchand. Si Eric avait été adepte du trafic d'influence, il aurait facilement pu trouver un emploi en or pour sa femme auprès du prince. " Cela l'aidera-t-il à sortir indemne de l'affaire Bettencourt ? Jacques Trentesaux (avec Jacques Frantz)