On se souvient d'elle dans Baisers volés (1968) de François Truffaut. Essoufflée, elle poussait, dans la peau de Fabienne Tabard, la porte de la chambre de bonne d'Antoine Doinel pour une tirade qu'on ne peut écouter aujourd'hui encore sans avoir les larmes aux yeux - l'impression vague d'avoir vécu cette histoire. Sa voix aussi langoureuse qu'aristocratique rappelait ce qu'il y avait de " lamentable " dans le platonisme balzacien du Lys dans la vallée. " Je ne suis pas une apparition, je suis une femme, ce qui est tout le contraire ", précisait-elle au fil d'un plaidoyer charnel adressé à un Jean-Pierre Léaud médusé. " Madame Tabard " proposait également au jeune homme un " contrat ", " nous restons ensemble pendant quelques heures et ensuite, quoi qu'il arrive, nous ne nous revoyons plus jamais ", en forme de fantasme ultime du désir adolescent. D'autres pensent à elle en tant que " A ", dite également " la femme brune ", héroïne du très culte L'Année dernière à Marienbad (1961) d'Alain Resnais. Ceux-là ne peuvent voir une femme incliner délicatement le menton vers l'épaule sans penser à elle qui accomplissait ce geste avec une grâce infinie. Mais pour certains, la comédienne demeurera à jamais la " Fée des lilas " telle que l'a immortalisée Jacques Demy dans Peau d'âne (1970), personnage éthéré et diaphane enfonçant cette évidence dans la tête d'une princesse incarnée par Catherine Deneuve : " Si l'on aime ses parents, on ne les épouse pas. "
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