Crise

E.d.B. : Depuis que je suis adolescent, on me dit que c'est la crise. C'est un mot utilisé à tort et à travers. Il me semble que la crise c'est le moment critique où tout ne fonctionne plus aussi bien et où l'on est amené à se remettre en question. En cela, elle est positive. Ceci étant, c'est sans doute facile d'en parler quand on n'est pas trop touché. Ce sont les plus vulnérables qui sont les plus démunis. Toutefois, la grandeur d'une civilisation se mesure dans ce genre de période : est-ce le repli sur soi ou le mouvement vers l'autre qui va prévaloir ?
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E.d.B. : Depuis que je suis adolescent, on me dit que c'est la crise. C'est un mot utilisé à tort et à travers. Il me semble que la crise c'est le moment critique où tout ne fonctionne plus aussi bien et où l'on est amené à se remettre en question. En cela, elle est positive. Ceci étant, c'est sans doute facile d'en parler quand on n'est pas trop touché. Ce sont les plus vulnérables qui sont les plus démunis. Toutefois, la grandeur d'une civilisation se mesure dans ce genre de période : est-ce le repli sur soi ou le mouvement vers l'autre qui va prévaloir ? B.D. : En effet, on nous parle de crise depuis longtemps. Certes, il y a des paramètres objectifs qui confirment la crise. Mais il me semble que ce sont des focalisations d'actualité, où tout est prétexte à événement. Je crois que cela est très lié à une vision médiatique. Personnellement, j'ai un peu l'impression que cette crise a un côté factice en ce sens où on parle d'une boursouflure financière en train d'imploser, et on montre que les Etats doivent se recentrer sur ce qui est par nature leur prérogative : la gestion du socio-économique. E.d.B. : Le créationnisme fou, qui nie Darwin au nom de prérogatives religieuses, est à l'Eglise ce que le hooliganisme est au football. Darwin est une personnalité scientifique majeure. Cela dit, Darwin ne doit pas non plus devenir le livre non écrit de la Bible et qui expliquerait tout. Je crois qu'aujourd'hui des hypothèses même philosophiques sur le sens de l'évolution ne remettent pas en cause le contenu de ce que dit Darwin mais posent la question de la direction de l'évolution. La raison nous permet de faire de la science de manière agnostique, et de ce point de vue-là Darwin pose un jalon. A partir de là, on peut philosopher. " Intelligent Design " me semble ambigu et dangereux, je préfère me demander comme Prigogyne s'il n'y a pas une forme de téléonomie, une forme de direction interne - oui ou non, à chacun de voir. Le mot " Darwin " ne doit pas nous empêcher de nous poser des questions. Mais les questions ne peuvent pas faire l'impasse sur ce qui est scientifique et de l'ordre de la raison. B. D. : L'Académie royale vient de consacrer un colloque à Darwin, et on voit bien combien il s'agit d'une figure déterminante des sciences biologiques dont les modèles rebondissent encore aujourd'hui. Mais opposer créationnisme et évolutionnisme est souvent un faux débat. Il n'y a pas de créationnisme dans l'univers biblique au sens propre ; c'est une évolution plus tardive de l'exégèse qui amène une lecture créationniste pure et dure. Donc dans l'univers biblique les choses sont nuancées. Je crois que c'est plutôt une tension entre des lectures naïves et réductrices et des lectures scientifiques. François De Smet est l'auteur, avec Tristan Bourlard, d'un livre à paraître prochainement sur les origines de la franc-maçonnerie. Intitulé La Clef écossaise, il fera l'objet d'un reportage complet dans Le Vif/L'Express du 13 février. En outre, le DVD du documentaire associé sera en vente en supplément dans ce même numéro.