A 52 ans, Germaine Mande, veuve vivant à Lubumbashi (République démocratique du Congo), regrette amèrement de n'avoir pas compris à temps l'importance de faire enregistrer son mariage sur les listes de l'état civil. Assise sur une brique devant les chenilles qu'elle vend au bord du boulevard Lumumba, elle raconte: "Mon mari était un riche commerçant. Il est décédé en 1995. J'ai perdu l'héritage au profit de sa seconde épouse : elle était en règle avec l'état civil..." Et de regretter : "Pourquo...

A 52 ans, Germaine Mande, veuve vivant à Lubumbashi (République démocratique du Congo), regrette amèrement de n'avoir pas compris à temps l'importance de faire enregistrer son mariage sur les listes de l'état civil. Assise sur une brique devant les chenilles qu'elle vend au bord du boulevard Lumumba, elle raconte: "Mon mari était un riche commerçant. Il est décédé en 1995. J'ai perdu l'héritage au profit de sa seconde épouse : elle était en règle avec l'état civil..." Et de regretter : "Pourquoi a-t-on attendu que mes enfants et moi soyons victimes de ce conflit d'héritage pour lancer cette campagne sur l'état civil?"Cette campagne ? Une action menée en 2001 par la ville de Lubumbashi avec l'appui de la ville de Liège: quatre fonctionnaires de l'état civil ont travaillé d'arrache-pied avec leurs homologues lushois au Congo. Objectif: chiffrer la population urbaine et inscrire les habitants, qui ne déclarent généralement ni les naissances ni les mariages ni les décès. Outre qu'ils ignorent généralement l'intérêt de telles déclarations à l'état civil, ils en sont aussi dissuadés par leur coût. La relation entre Liège et Lubumbashi date de 1961, mais elle est restée longtemps en veilleuse, avant de reprendre vigueur. "C'est à la demande de Lubumbashi que l'état civil a été choisi, explique Carmen Fernández, du service liégeois des relations extérieures. Cela nous convenait bien. Nous sommes souvent confrontés à des problèmes administratifs de résidents africains. Nous comprenons mieux, désormais, leurs difficultés à présenter un extrait d'acte de naissance...". Sur place, les Belges ont rencontré des collègues très motivés, mais n'ont trouvé aucun registre. Lubumbashi compte-t-elle 800 000 habitants, comme l'estimait l'université locale, ou le double, chiffre parfois cité ? L'action comportait deux phases: organiser un recensement, puis aider au traitement des données et, enfin, constituer des registres. Elle débuta par la formation des fonctionnaires et de 640 agents recenseurs, et par l'élaboration de documents adéquats. Les agents se sont rendus dans les maisons, quartier par quartier, pour recenser la population et délivrer gratuitement des actes de naissance à tous les enfants de 5 ans et moins. On sait désormais que Lubumbashi comptait, en novembre dernier, 1 180 387 habitants. On sait aussi combien d'enfants doivent bénéficier de campagnes de vaccination. Et on ne voit presque plus d'enterrements clandestins dus au coût des actes de décès...Bethuel Kasamwa-Tuseko et André Linard