Devinez qui est l'auteur de la déclaration suivante : " Qu'un ministre en exercice cautionne des actions contraires à la loi commises par des bourgmestres est inacceptable. " J'entends certains s'exclamer : " C'est Marino Keulen, le ministre flamand extrémiste qui se fonde sur des textes "illégaux" pour refuser la nomination de trois bourgmestres francophones démocratiquement élus dans des communes à facilités. " Faux. Ces mots figurent dans une lettre adressée par Elio Di Rupo, au début de 2007, à Yves Leterme, alors ministre-prés...

Devinez qui est l'auteur de la déclaration suivante : " Qu'un ministre en exercice cautionne des actions contraires à la loi commises par des bourgmestres est inacceptable. " J'entends certains s'exclamer : " C'est Marino Keulen, le ministre flamand extrémiste qui se fonde sur des textes "illégaux" pour refuser la nomination de trois bourgmestres francophones démocratiquement élus dans des communes à facilités. " Faux. Ces mots figurent dans une lettre adressée par Elio Di Rupo, au début de 2007, à Yves Leterme, alors ministre-président flamand. Di Rupo voulait-il donc que des bourgmestres récalcitrants du Vlaamse Rand soient poursuivis ? ! Eh bien, oui. Sauf que le président du PS visait des mayeurs flamands boycottant l'organisation des élections législatives qu'ils jugeaient inconstitutionnelle du fait de la non-scission de l'arrondissement de BHV. Di Rupo était irrité par l'attitude de Keulen, ministre flamand de l'Intérieur, qui avait annoncé qu'il ne prendrait pas de mesures à l'encontre de ces bourgmestres " parce que la Cour d'arbitrage avait rendu un arrêt clair " et que " chaque Flamand qui se respecte réclame la scission de BHV ". Revenons-en aux bourgmestres francophones. Je comprends le raisonnement légaliste de Keulen : ces mandataires avaient enfreint la loi, au respect de laquelle un ministre doit veiller. En fait, il s'agit des circulaires Peeters et Martens, dont la légalité a été reconnue par le Conseil d'Etat. Bien sûr, ces circulaires peuvent être combattues sur le plan politique. D'ailleurs, Karel De Gucht, Open VLD comme Keulen, les avait déjà taxées de " pesterijen " (tracasseries). Mais, dans l'intervalle, il faut les appliquer. Or je me demande pourquoi le même argument n'a pas valu face à la rébellion des bourgmestres flamands. Eux aussi avaient transgressé la loi. En effet, l'arrêt de la Cour d'arbitrage invoqué par Keulen n'avait pas déclaré inconstitutionnelle la tenue des élections législatives en 2007. Et même si un consensus sur BHV existait en Flandre, cela ne changeait rien à l'affaire. Si nous nous rebiffons seulement quand des lois sont violées au nom de principes qui ne nous plaisent pas, ne confondons-nous pas légalisme et opportunisme ? L'aveuglement communautaire n'a-t-il pas entraîné une application différente de la loi, selon le cas ? Certes, le ministre Keulen n'est pas le seul à manquer de suite dans les idées : six mois après avoir manifesté son indignation au sujet de la non-poursuite des bourgmestres flamands, Di Rupo s'est dit tout autant contrarié par la non-nomination des bourgmestres francophones, qualifiée d'" acte d'agression ". Par Dave Sinardet - Politologue à l'université d'Anvers