Pour son septième roman, l'écrivaine belge Sandrine Willems choisit la voie de l'érotisme : elle nous propose un livre sensuel et musical, à l'écriture mélodieuse et intimiste. Eros en son absence nous entraîne au c£ur d'un trio amoureux. La romancière y décrypte le rôle de la parole, de l'imposture et des rapports de force, et tente, avant toute chose, de dire l'émotion érotique. ...

Pour son septième roman, l'écrivaine belge Sandrine Willems choisit la voie de l'érotisme : elle nous propose un livre sensuel et musical, à l'écriture mélodieuse et intimiste. Eros en son absence nous entraîne au c£ur d'un trio amoureux. La romancière y décrypte le rôle de la parole, de l'imposture et des rapports de force, et tente, avant toute chose, de dire l'émotion érotique. Trois questions à Sandrine Willems. > Sandrine Willems : L'histoire tourne autour d'un violoniste, d'une critique musicale et d'une narratrice qui tombe sous le charme d'une cantate de Bach. Le compositeur est l'une des figures emblématiques du roman, il est à la fois baroque et romantique : il allie délicatesse et fougue, à l'image de l'érotisme. Dans l'amour comme dans la musique, il faut un accord des rythmes. Décrire la musique est aussi difficile que dire une émotion érotique ; leur point commun est donc d'être indicible. Il est aussi question de musique dans mon écriture. Avant d'en venir aux romans, j'ai écrit des scénarios qui étaient en lien direct avec l'oralité. J'ai donc toujours été sensible aux rythmes et à la musicalité des textes que j'écris. Tout en tentant de les simplifier et de tendre vers une plus grande accessibilité. >M.W. est une femme vieillissante, à la fois terrifiante et fragile, qui initie la narratrice à l'amour lesbien. Elle est en fait la synthèse des contraires. Elle fait le lien entre ce qui semble s'opposer : la parole et la musique, le masculin et le féminin, le Nord et le Sud. Elle est un personnage insaisissable et ambivalent : alors qu'elle semble tenir toutes les ficelles, elle est en fait profondément hantée par la peur de la perte. Elle représente aussi la transgression des sexes et des générations. Elle est la passeuse, l'initiatrice. Et sa différence d'âge comporte l'intérêt des contrastes, tout ce qui enrichit l'expérience humaine. >L'écriture est la caisse de résonance de la vie, c'est une grille de lecture du monde. ça n'a rien d'une échappatoire. Au contraire, l'écriture amplifie les relations et permet de créer du sens avec les autres . Eros en son absence, Sandrine Willems, Les Impressions nouvelles, 189 p.