La pression se fait de plus en plus forte sur le ministre des Affaires étrangères, Karel De Gucht (Open VLD). Le mercredi 12 novembre, en commission de la Chambre, les interpellations se sont bousculées sur le rôle éventuel du libéral flamand dans l' " affaire " des titres Fortis. Rappelons-le : le 3 octobre dernier, quelques heures avant l'annonce du démantèlement de la banque et son effondrement en Bourse, Mireille Schreurs, épouse De Gucht, a revendu quelque 2 000 actions Fortis, sans limite de cours (c'est-à-dire à n'importe ...

La pression se fait de plus en plus forte sur le ministre des Affaires étrangères, Karel De Gucht (Open VLD). Le mercredi 12 novembre, en commission de la Chambre, les interpellations se sont bousculées sur le rôle éventuel du libéral flamand dans l' " affaire " des titres Fortis. Rappelons-le : le 3 octobre dernier, quelques heures avant l'annonce du démantèlement de la banque et son effondrement en Bourse, Mireille Schreurs, épouse De Gucht, a revendu quelque 2 000 actions Fortis, sans limite de cours (c'est-à-dire à n'importe quel prix). Voilà qui flaire à plein nez le délit d'initié, un soupçon dont se défend le ministre. L'enquête est en cours, mais un certain flou règne encore sur la (ou les) juridiction(s) compétente(s). Quoi qu'il en soit, " on espère que les enquêteurs chargés de faire la lumière sur le rôle de De Gucht élargiront leur champ d'investigation et en profiteront pour tenter de cerner qui se cache derrière ces autres "bien inspirés'' qui ont revendu leurs titres Fortis juste avant le krach. Parmi eux, de grosses sociétés, telle la Compagnie Du Bois sauvage ", confie le député Ecolo Jean-Marc Nollet. L'affaire De Gucht a ceci de particulier qu'elle est, évidemment, également politique. Les salves ont été tirées depuis les rangs de l'opposition mais, dans la majorité, on n'est guère à l'aise. Didier Reynders (MR), vice-Premier ministre et ministre des Finances, a, le premier, posé cette question : " Si les enquêtes se prolongent, Karel De Gucht a-t-il la capacité de mener de front sa défense en justice et l'exercice de ses fonctions ministérielles ? " Cette vacherie, de la part d'un " collègue " ministre et, de surcroît, libéral comme lui, a dû faire mal à De Gucht, même si, oui, il s'estime " en mesure de fonctionner ". Reynders jure avoir posé cette question sans aucune arrière-pensée. Certains, dans la majorité, se demandent néanmoins si elle ne laisse pas augurer des difficultés judiciaires futures pour De Gucht. Jusqu'ici, celui-ci garde le soutien officiel du Premier ministre Yves Leterme (CD&V), lequel rappelle néanmoins qu'il avait bien mis en garde les membres du gouvernement détenteurs d'actions Fortis contre toute tentation coupable. Leterme continue aussi de " couvrir " Patrick Dewael, vice-Premier ministre et ministre de l'Intérieur (Open VLD), également sur la sellette pour son rôle dans des nominations partisanes dans la hiérarchie policière. Il n'empêche : pour les libéraux flamands, l'heure est grave. Et il n'en faudrait pas beaucoup pour que le CD&V, avec qui les relations sont politiquement tendues (sur le budget de l'Etat et le communautaire, notamment), l'enfonce avec délectation. Isabelle Philippon