Il fallait oser. Suggérer d'envoyer 27 000 fonctionnaires à la trappe, alors même que les emplois du secteur privé se volatilisent sous l'effet de la crise. Mais le ministre pour l'Entreprise et la Simplification, Vincent Van Quickenborne (Open VLD), n'a peur de rien. Certainement pas d'empiéter sans façon sur les plates-bandes d'un collègue du gouvernement. " Le ministre de la Fonction publique, c'est moi ! " a cru bon de rectifier Steven Vanackere (CD&V), en remettant à sa place l'impudent. Gare ! " Mister Q " ne plaisante pas. Il juge que les temps sont durs, et que les finances de l'Etat souffrent le martyre. Si toutes les administrations du pays voulaient bien y mettre du sien, elles pourraient se passer de 27 000 agents d'ici à 2011. Il y a là, prétend-il, de quoi grappiller 1 milliard d'euros d'économies. Sur les bancs de la gauche, on s'est étranglé d'indignation devant tant de culot : " Quand vous parlez de fonctionnaires, ils portent un nom : il peut s'agir de policiers, de pompiers, d'infirmiers, d'enseignants. Il convient de les désigner pour savoir qui vous désirez voir virés ", s'emportait le député PS Yvan Mayeur. Et de suggérer au passage au ministre Open VLD d'engager plutôt quelques bons fiscards pour mieux traquer la fraude fiscale....
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Il fallait oser. Suggérer d'envoyer 27 000 fonctionnaires à la trappe, alors même que les emplois du secteur privé se volatilisent sous l'effet de la crise. Mais le ministre pour l'Entreprise et la Simplification, Vincent Van Quickenborne (Open VLD), n'a peur de rien. Certainement pas d'empiéter sans façon sur les plates-bandes d'un collègue du gouvernement. " Le ministre de la Fonction publique, c'est moi ! " a cru bon de rectifier Steven Vanackere (CD&V), en remettant à sa place l'impudent. Gare ! " Mister Q " ne plaisante pas. Il juge que les temps sont durs, et que les finances de l'Etat souffrent le martyre. Si toutes les administrations du pays voulaient bien y mettre du sien, elles pourraient se passer de 27 000 agents d'ici à 2011. Il y a là, prétend-il, de quoi grappiller 1 milliard d'euros d'économies. Sur les bancs de la gauche, on s'est étranglé d'indignation devant tant de culot : " Quand vous parlez de fonctionnaires, ils portent un nom : il peut s'agir de policiers, de pompiers, d'infirmiers, d'enseignants. Il convient de les désigner pour savoir qui vous désirez voir virés ", s'emportait le député PS Yvan Mayeur. Et de suggérer au passage au ministre Open VLD d'engager plutôt quelques bons fiscards pour mieux traquer la fraude fiscale.... Gonflé, Van Quickenborne ? Plutôt égal à lui-même. Fidèle à des convictions ancrées à droite toute. Et qu'il a l'habitude d'exprimer sans ambages. Il a pourtant fallu qu'un Jean-MarieDedecker ou un Rudy Aernoudt déboulent sur la scène politique pour que certains s'émeuvent de l'émergence d'une droite décomplexée. Le réveil s'opère jusqu'au sein même de la grande famille libérale. Ainsi Gérard Deprez, président du MCC, cette chapelle du Mouvement réformateur, s'est mis à fustiger " une dérive droitière du MR qui, sous l'impulsion de la direction actuelle, s'engage sur la voie hasardeuse de l'ultralibéralisme et de l'opportunisme ". Tardif sursaut d'indignation. A mettre aussi sur le compte des déboires personnels que causait à Gérard Deprez la perspective d'un flirt entre le MR et l'éphémère patron de LiDé. Bien avant qu'un Dedecker ou un Aernoudt ne fassent autant de vagues, d'autres annonçaient la couleur : bleue, à peine diluée. L'ex-entraîneur de judo et l'ancien top manager flamand l'ont remise au goût du jour à leur façon. En usant d'accents un peu vite qualifiés de populistes, de l'avis du directeur général du Crisp, Vincent de Coorebyter. " C'est un certain libéralisme radical qui se réaffirme de la sorte. Mais il a toujours représenté une frange minoritaire de la tradition libérale. " Le MR et l'Open VLD n'en ont d'ailleurs pas le monopole ( lire en p. 29). Courant minoritaire, mais remuant. Peuplé d'éternels dissidents, de forts en gueule, d'électrons libres. Et de spécimens moins flamboyants, mais qui se " lâchent " de manière plus épisodique. Quels que soient leur tempérament et leur constance, ils chérissent un public. " Ils ne s'adressent qu'aux électeurs-contribuables ", remarque Vincent de Coorebyter. En leur jetant en pâture une proie toute rêvée : la puissance publique, cette incorrigible enquiquineuse. " L'Etat n'est pas la solution à nos problèmes, il est le problème ", proclamait Ronald Reagan, dans son discours inaugural de janvier 1981. Les lointains émules de l'ancien président américain s'emploient toujours à le démontrer avec acharnement. Ce faisant, ils disent souvent tout haut ce que bien des libéraux pensent tout bas. Mais avec un certain goût de la provocation. La posture est sans fioritures. Le jargon employé est dominé par la vision managériale chère au secteur privé, et appliquée sans trop de discernement à la chose publique. La " SA Belgique ", en bonne place dans le vocabulaire de Rudy Aernoudt, doit tourner comme une boutique. " Dans cette optique, l'Etat doit se gérer comme une entreprise, en bon père de famille ", observe Vincent de Coorebyter. Sans s'autoriser d'états d'âme. Rentabilité, création de valeur ajoutée, efficacité, recherche de l'excellence sont la marque de fabrique de ces libéraux extravertis. Et convaincus que ces piliers de la bonne gouvernance ne font jamais assez bon ménage avec la sphère publique. Certains s'en sont fait une véritable spécialité. Comme Alain Destexhe, sénateur MR. Voilà des années que cet ex-" Médecin sans frontières " bat médiatiquement la campagne contre tout ce que la puissance publique charrie de nuisances : politisation à outrance, clientélisme, particratie, corruption, gabegie, " subventionnite " aiguë. Il récidive régulièrement par des ouvrages pamphlétaires : le dernier en date a été commis en compagnie de Rudy Aernoudt. Cette croisade inlassable et tonitruante finit même par agacer ses propres compagnons de parti. En 2005, son réquisitoire assassin de l'état économique de la Wallonie a eu le don d'ulcérer Serge Kubla, ex-ministre régional (MR) de... l'Economie. Qu'importe, l'effet recherché est ailleurs. Les francs-tireurs de la droite flattent leur fonds de commerce. Ils alimentent l'imaginaire " des petits commerçants et des petits entrepreneurs, qui se sentent marginalisés, injustement traités par des groupes "protégés'' et par les organisations qui leur assurent cette protection : les fonctionnaires, les salariés, les syndicats, le PS, mais aussi les grandes entreprises acoquinées avec l'Etat bureaucratique et vorace fiscalement ", analyse Olivier Paye, politologue aux Facultés universitaires Saint-Louis, à Bruxelles. " Il n'y a que deux choses dont nous sommes sûrs dans la vie : nous allons mourir et nous payons des taxes ", assure Van Quickenborne, cet autre grand amateur des formules faciles dont raffolent ces chiens fous de la droite radicale. Et pour cause : elles sont censées mettre les rieurs de leur côté. On s'est offusqué des allusions douteuses de Rudy Aernoudt au peu d'entrain que manifesteraient les chômeurs wallons à sortir de leur état. Il n'a pourtant pas le monopole de ce genre de propos blessants. L'ineffable " Mister Q. ", lorsqu'il était secrétaire d'Etat à la Simplification administrative sous le gouvernement Verhofstadt II, s'était excusé pour avoir traité les fonctionnaires d' " ambetantenaren ". Un jeu de mots intraduisible en français, mais acronyme entre enquiquineur et fonctionnaire. Promis juré : l'homme n'avait ainsi voulu cibler qu' " une minorité obstinée qui n'est pas conviviale, qui ne répond pas au téléphone et qui confie les décisions à quelqu'un d'autre ". La volonté d'en découdre avec la fonction publique est omniprésente. Sans être le seul à la manifester, Van Quickenborne en fait presque une fixation. Le pourtant très libéral Jan Jambon, député N-VA, lui suggère-t-il, avant de porter le fer, de faire évaluer au moins l'efficacité de l'administration fédérale ? Le ministre bien nommé de la Simplification refuse de tomber dans le piège grossier de l'encommissionnement : " La création de telles commissions est parfois un alibi pour ne pas devoir passer immédiatement à l'action dans cette matière délicate. " Il faut dégraisser, sans tarder. Jean-Luc Crucke (MR) aime aussi à l'occasion le bon mot qui fait mouche. Récemment, ce sont les postiers en voie de libéralisation qui faisaient les frais de son ironie. Prenant à témoin le facteur de sa bonne ville de Frasnes-lez-Anvaing, qui lui avait confié ses inquiétudes à propos des informations glanées lors de sa tournée, le député-bourgmestre en déduisait que son postier " avait finalement encore le temps d'entrer chez un client pour écouter la radio. Sa charge n'est donc pas si oppressante qu'on ne le dit... ". En novembre 2006, l'homme a eu droit aux honneurs d'une vidéo sur YouTube pour sa charge musclée contre la gestion socialiste des 25 % de chômeurs wallons : " Plutôt que de rencontrer quelques syndicalistes à Bruxelles, la ministre Arena ferait mieux de s'occuper de la formation des chômeurs. " Syndicats et chômeurs : autres terrains de chasse fort prisés. Le paiement par les premiers des allocations des seconds est un autre classique des attaques de la droite radicale. Elle y dénonce une source d'enrichissement des organisations syndicales. Jean-Luc Crucke ne tient pas un autre discours que Rudy Aernoudt à ce sujet. Bien sûr, le député MR se défend de chercher noise aux syndicats : " Ils sont un maillon nécessaire dans la société. Je pense qu'il en faut ! " De là à en être convaincu... Toutes ces tares imputées à la sphère publique feraient croire que le secteur privé n'a que des vertus. La crise financière et la faillite d'un capitalisme sauvage n'ébranlent pourtant guère les convictions de cette droite sûre d'elle et de son bon droit. Au contraire : un autre de ses illustres représentants, le député Rik Daems (Open VLD), a saisi l'effet d'aubaine que représentent les graves difficultés budgétaires de l'Etat. Il y a là une occasion en or pour, non pas réhabiliter la puissance publique, mais bien pour... lui tailler des croupières. " Chaque crise offre une opportunité. En ces temps de morosité économique, où certaines résistances peuvent se lézarder, on doit oser réfléchir à la fonction publique. " L'ancien ministre libéral flamand n'en est pas à une bravade près. Posant un jour devant sa somptueuse villa de Louvain, il avait dénoncé le " profitariat social ", en proposant que les chômeurs consacrent un jour ou deux par semaine à des travaux d'intérêt général. Les plus acharnés de ces redresseurs de torts de la chose publique sont moins prompts à dénoncer avec la même virulence les égarements et la gabegie de la gouvernance privée. Et tant pis si c'est l'argent public qui doit éponger ces errements. Le naufrage des banques leur inspire plutôt le réflexe de fustiger la gestion défaillante des institutions financières politisées : Ethias, Dexia sont bien plus clouées au pilori que Fortis. " Il est urgent de prendre des mesures contre la particratie au sein des banques ", réclame Robert Van de Velde, député de la Lijst Dedecker. Même la question sulfureuse des parachutes dorés des dirigeants de banque laisse cet élu de marbre. Tout dépend de quel bord on se situe. " D'accord pour lutter contre les parachutes un peu trop dorés, du moins dans les entreprises publiques. Car l'Etat ne doit pas se mêler du secteur privé. " C'est bien ce que recommande chaudement le député de la N-VA, Jan Jambon. Il préfère tenter de faire croire, de manière abusive, que " les ministres peuvent obtenir une indemnité de départ de six ans ". Pour mieux trouver la parade : " Qui sont dès lors les politiques pour stigmatiser les chefs d'entreprise ? " Vous avez dit... culotté ? dossier réalisé par Pierre havaux et françois brabant; Pierre Havaux