Le travail d'Hercule sur lequel Stefaan De Clerck (CD&V) sera jugé à la fin de la législature est indéniablement celui de la réforme des prisons. L'agitation qui secoue, cet été, le milieu carcéral le lui rappelle de manière alarmante. L'état des lieux est déplorable. Les deux tiers des 33 établissements pénitentiaires datent du xixe siècle. On compte, aujourd'hui, 10 300 détenus pour 8466 places disponibles. Les conséquences de cette surpopulation dans des bâtiments souvent insalubres se révèlent dramatiques : tensions, déclin de la santé physique (tuberculose...) et mentale, difficulté d'organisation des visites familiales, pose de matelas par terre, manque de serviettes de bain, d'oreillers, etc. (1).
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Le travail d'Hercule sur lequel Stefaan De Clerck (CD&V) sera jugé à la fin de la législature est indéniablement celui de la réforme des prisons. L'agitation qui secoue, cet été, le milieu carcéral le lui rappelle de manière alarmante. L'état des lieux est déplorable. Les deux tiers des 33 établissements pénitentiaires datent du xixe siècle. On compte, aujourd'hui, 10 300 détenus pour 8466 places disponibles. Les conséquences de cette surpopulation dans des bâtiments souvent insalubres se révèlent dramatiques : tensions, déclin de la santé physique (tuberculose...) et mentale, difficulté d'organisation des visites familiales, pose de matelas par terre, manque de serviettes de bain, d'oreillers, etc. (1). Pas étonnant donc que les évasions augmentent. Et pas seulement les évasions hors des murs. Les suicides de détenus se multiplient aussi : une quinzaine, en 2008, contre 8, en 2004. Sans parler des annexes psychiatriques qui débordent ou des violences intra-muros que le récent décès suspect d'un détenu à Jamioulx, lors de son transfert en cellule d'isolement, vient encore de confirmer. De tout cela, le ministre de la Justice est conscient. Lorsqu'il a présenté le " Masterplan prisons " au Parlement, fin janvier, il a affirmé que " la finalité de l'extension de la capacité carcérale est une politique plus humaine en matière de détention ". Hérité de son prédécesseur Jo Vandeurzen, le Masterplan, qui prévoit la création de onze nouveaux établissements et la suppression de sept autres jugés trop vétustes, est l'objet d'un consensus, y compris dans l'opposition, à l'exception des verts. Le financement par un partenariat public-privé a également été plébiscité. Le budget est donc là, malgré la crise. Une aubaine pour De Clerck ! Saura-t-il en profiter ? " Je ne comprends pas son calendrier, juge Renaat Landuyt (SP.A). Le seul dossier prêt est celui du remplacement de la prison de Merksplas. Or le nouveau bâtiment ne doit être érigé qu'en 2016. D'autres projets, comme à Puurs ou à Dendermonde, sont prévus pour 2012, mais posent des problèmes techniques ou font l'objet de recours devant le Conseil d'Etat. Evidemment, ces projets-là sont plus séduisants, car il s'agit de nouvelles constructions et non de rénovations. Mais pourquoi ne pas commencer par ce qui semble le plus facile ? Il est clair que les délais ne seront pas du tout respectés. "Construire de nouvelles prisons ne sera pas suffisant. L'expérience a montré qu'augmenter le nombre de cellules ne règle pas le problème de la surpopulation. Il faut développer les alternatives. Sur les six premiers mois de l'année, le nombre de bracelets électroniques est passé de 666 à 1 007. Encourageant. Même si cela ne paraît pas encore énorme. De Clerck a également déclaré vouloir s'attaquer à l'inflation de détentions préventives, qui concernent 40 % de la population carcérale ( Le Vif/L'Express du 24 avril). Il souhaite changer la procédure de l'interpellation provisoire qui, après 24 heures, passe directement à un mois. On attend le projet de loi. Surtout, le ministre De Clerck ne sera crédible que s'il parvient à faire évoluer le rôle de la prison, comme le veut la loi de 2005 sur le statut juridique du détenu, la fameuse loi Dupont. Jusqu'ici, très peu d'arrêtés d'application sont entrés en vigueur. La loi Dupont prévoit, entre autres, d'étendre les possibilités de travail et de formation en prison, indispensables à la réinsertion. Actuellement, moins d'un détenu sur deux a accès à un job. Toutes ces dispositions grèveraient à peine le budget de la Justice, qui se situe dans une bonne moyenne européenne (0,27 % du PIB). Elles exigent seulement un peu de courage politique. (1) Voir le dernier rapport de l'Observatoire international des prisons sur www.oipbelgique.be. THIERRY DENOËL