Et si elle arrêtait ? Cela fait quelques jours qu'elle a accouché et elle ne sait plus vraiment où elle en est. Maintenant que Zohra est là, la politique en vaut-elle encore la peine ?
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Et si elle arrêtait ? Cela fait quelques jours qu'elle a accouché et elle ne sait plus vraiment où elle en est. Maintenant que Zohra est là, la politique en vaut-elle encore la peine ? " Je ne veux pas sacrifier ma fille ", se dit désormais Rachida Dati. A ses doutes maternels se mêle le désarroi de la garde des Sceaux quant à la destinée que lui a réservée Nicolas Sarkozy. Elle sera en effet candidate aux européennes de juin. Au lendemain de ces élections, elle quittera le gouvernement. La star du gouvernement Fillon va devoir découvrir l'" exil " entre Strasbourg et Bruxelles, récrire son avenir, reconstruire son image. Au terme de deux folles années, où elle aura été à la fois victime de croche-pieds venus de son propre camp et coupable de grandes insuffisances autant que de petits arrangements avec la réalité, ce symbole encensé de la France d'aujourd'hui aura fini en contre-exemple décrié. Rachida Dati a désormais des comptes à régler. " Le milieu politique, quand tu n'en es pas issu et que tu décides de t'y installer, il te tape ", fustige-t-elle. Au pilori, aussi, les journalistes ! Elle certifie avoir compté. Elle a eu droit à autant d'articles que de jours passés Place Vendôme. " Pas sur la garde des Sceaux, précise-t-elle. Mais sur cette salope de garde des Sceaux ! "Et Sarkozy ? Celui qui a choisi de la congédier, Rachida Dati a choisi de l'épargner : " Je serai toujours reconnaissante envers Nicolas Sarkozy. Je ne peux pas trouver l'amorce d'une critique. Ce qu'il a fait, personne d'autre que lui ne l'aurait fait. "Pour beaucoup, Rachida Dati restera la plus belle illustration des dérives monarchiques qui ont tant marqué ce début de quin-quennat. Elle triomphe du temps de sa " s£ur " Cécilia. Elle trébuche avec le retour dans le premier cercle présidentiel des ennemis de l'ex-First Lady et avec l'arrivée de Carla Bruni. Pour ses avocats, elle est d'abord une victime. " Ils en ont fait une icône, puis ils l'ont brûlée, estime Jean-François Copé, fustigeant l'entourage du chef de l'Etat. Naturellement, Rachida a commis des erreurs. Mais tu ne peux pas ne pas en faire quand tu es à ce point mis sous les projecteurs, qu'on te donne le sentiment que tu es protégé. " Proche de la ministre de la Justice, le député Christian Jacob renchérit : " Le système Sarko s'est mal comporté avec elle. Elle restera loyale avec Sarko, mais ne ratera pas l'étage au-dessous. "A l'" étage au-dessous ", il y a évidemment Pierre Charon, conseiller du président. Celui qui est revenu avec le départ de l'ex-première dame n'a jamais caché son animosité envers Rachida Dati. Qui lui attribue les pires coups bas dont elle a été l'objet. " Le président m'avait demandé de faire un effort avec lui. Pendant un mois, je l'ai fait, raconte-t-elle. Ce n'était pas possible, pour moi, de continuer. Ce ne sont pas mes valeurs, pas mes codes. " Dans l'entourage du chef de l'Etat, Rachida Dati n'épargne pas davantage Patrick Ouart, conseiller pour les questions de justice, devenu de plus en plus influent au fur et à mesure de son affaiblissement : " Entre nous, cela ne pouvait pas marcher. Je suis tout ce qu'il déteste. " Pour elle, la cassure est originelle : " Je leur ai sifflé le titre au nez et à la barbe. Ils ne s'en sont jamais remis. "Et maintenant ? Rachida Dati veut se convaincre que son futur mandat de députée européenne la satisfait : " Cela ne m'enferme pas. J'ai toujours aimé les endroits où l'on a des objectifs et où l'on est évalué. " Au lendemain de son élection, celle qui demeure, dans les sondages, appréciée par la droite et les catégories populaires, lancera son club C à vous, destiné à favoriser l'engagement politique des Français issus de l'immigration. La maire du VIIe arrondissement garde Paris et les municipales de 2014 dans son viseur. Le 31 mars, elle a déjeuné avec François Fillon, également intéressé par cette échéance. " S'il veut y aller, il n'y aura pas de problème. On s'entend très bien. On est très complémentaires. Mais, si c'est un autre, je ne vois pas pourquoi je ne serais pas candidate ", argumente-t-elle aujourd'hui. Elle le dit d'autant plus facilement qu'elle ne croit pas que le Premier ministre se lancera à la conquête de la capitale française. A ses activités politiques elle pourrait, même si elle s'en défend, ajouter celle d'avocat. Selon un intime, " elle réfléchit à s'inscrire au barreau, comme beaucoup de parlementaires, sans renoncer à sa carrière européenne ". D'après un membre du gouvernement, elle aurait glissé au Premier ministre : " Je n'irai pas au parlement européen. Je reste à la mairie du VIIe et je ferai du fric en étant avocate. " D'autres ambitions de Rachida Dati sont plus intimes : " Je veux m'occuper de ma fille, reconstruire ma vie personnelle, essayer de faire un deuxième enfant. "Est-elle finie ? Redeviendra-t-elle un jour ministre ? " Elle n'a plus qu'une idée en tête : se venger ", prédit un proche. Ludovic vigogne