La Belgique d'en bas, Micheline Bonnaventure sait ce que cela signifie. A 68 ans, elle vit dans le sous-sol d'une maison non loin de la rue Gray, à Ixelles, avec, pour seul compagnon, son lapin Bambi. Le soleil éclaire à peine l'intérieur à travers des vitres qui ne dépassent les soupiraux que d'une vingtaine de centimètres. Il faut souvent allumer une lampe en pleine journée. L'espace est réduit : environ 30 mètres carrés. La chambre, sans fenêtre, ne peut accueillir qu'un lit d'une personne, même pas une garde-robe. L'air y est étouffant. Dans un coin, les murs, ...

La Belgique d'en bas, Micheline Bonnaventure sait ce que cela signifie. A 68 ans, elle vit dans le sous-sol d'une maison non loin de la rue Gray, à Ixelles, avec, pour seul compagnon, son lapin Bambi. Le soleil éclaire à peine l'intérieur à travers des vitres qui ne dépassent les soupiraux que d'une vingtaine de centimètres. Il faut souvent allumer une lampe en pleine journée. L'espace est réduit : environ 30 mètres carrés. La chambre, sans fenêtre, ne peut accueillir qu'un lit d'une personne, même pas une garde-robe. L'air y est étouffant. Dans un coin, les murs, cachés par des panneaux de polystyrène, suintent de moisissure. Le radiateur du salon a récemment dû être refixé au mur qui n'a pas bonne mine, lui non plus. Pour ce logis inconfortable - les fenêtres ne sont pas équipées de double vitrage -, Micheline verse 500 euros, chaque mois, à un propriétaire privé. Son loyer a été récemment augmenté de plus de 10 %. Difficile quand on a une très petite santé et qu'on touche une allocation de handicapée de 850 euros, plus une intervention de la mutuelle de 450 euros. Après le loyer, il lui reste 800 euros pour manger, s'éclairer, regarder la télévision et, surtout, payer les médecins et le pharmacien. " Mes reins sont morts depuis sept ans et j'ai eu un infarctus, il y a deux ans ", soupire Miche-line Bonnaventure, dont le patronyme ne lui a guère porté chance dans la vie. Elle doit subir une dialyse trois fois par semaine, les seules occasions pour elle de mettre le nez dehors, en s'aidant d'une béquille. Comme elle n'a plus aucune famille, ce sont des bénévoles qui la conduisent à l'hôpital Saint-Luc. Pour le reste, une aide ménagère, qu'elle rétribue modestement en fonction de ses revenus, s'occupe de faire ses courses, son ménage et de lui laver les cheveux. En dehors des murs gâtés, tout est propret dans le sous-sol de Micheline, envahi par des peluches et des c£urs comme on en gagne à la foire. Elle-même paraît très soignée, élégante même. Il y a pourtant des années qu'elle ne s'est plus acheté un vêtement. Le chemisier qu'elle porte, elle l'a reçu d'une bénévole de Saint-Luc. Micheline Bonnaventure garde le sourire, malgré tout. Bien sûr, elle voudrait accéder à un logement social. Cela fait cinq ans qu'elle est sur une liste d'attente. Ses jambes fragiles tremblent de plus en plus sur l'escalier qu'elle doit monter pour sortir de chez elle. Elle prend son mal en patience en jouant avec Bambi, en regardant la télévision, en dévorant les livres que lui apporte l'aide familiale, surtout des romans de la collection Arlequin. " Je suis encore très romantique ", dit-elle, en se souvenant de Jean-Pierre, son compagnon qu'elle a perdu voici huit ans. Elle écoute aussi ses vieux 33-tours d'Elvis Presley, ressassant le passé où elle jouait de l'accordéon dans les cafés d'Ixelles et dans les homes de vieux. l