L'athénée royal Prince Baudouin, à Marchin, sur les hauteurs boisées de Huy: une centaine d'internes sont répartis en cinq pavillons dissimulés dans la verdure. Comme les Griffondors, le groupe d'Harry Potter, ou les Serpentards, leurs éternels rivaux, les filles et les garçons de Marchin ont leur chef de maison. Professeur d'histoire, Jean-François Angenot vit avec sa famille dans le pavillon Haute-Claire, du nom de l'épée d'Olivier, dans la Chanson de Roland. Son nom de totem? Epervier. Car, à Marchin, on vit en patrouille, selon le voeu des fondateurs. En 1942, l'Office national des anciens combattants et une troupe de scouts ont voulu recréer une cellule familiale pour des orphelins de guerre et des fils de prisonniers. La vie en communauté à la Baden-Powell - le fondateur du scoutisme - devait compenser l'absence paternelle. "Le modèle anglo-saxon, où les internes vivent en présence de leurs professeurs et de leurs éducateurs, a servi de référence", confirme la préfète Bernadette Philippart de Foy.
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L'athénée royal Prince Baudouin, à Marchin, sur les hauteurs boisées de Huy: une centaine d'internes sont répartis en cinq pavillons dissimulés dans la verdure. Comme les Griffondors, le groupe d'Harry Potter, ou les Serpentards, leurs éternels rivaux, les filles et les garçons de Marchin ont leur chef de maison. Professeur d'histoire, Jean-François Angenot vit avec sa famille dans le pavillon Haute-Claire, du nom de l'épée d'Olivier, dans la Chanson de Roland. Son nom de totem? Epervier. Car, à Marchin, on vit en patrouille, selon le voeu des fondateurs. En 1942, l'Office national des anciens combattants et une troupe de scouts ont voulu recréer une cellule familiale pour des orphelins de guerre et des fils de prisonniers. La vie en communauté à la Baden-Powell - le fondateur du scoutisme - devait compenser l'absence paternelle. "Le modèle anglo-saxon, où les internes vivent en présence de leurs professeurs et de leurs éducateurs, a servi de référence", confirme la préfète Bernadette Philippart de Foy. Dans la salle d'étude du pavillon Haute-Claire, malgré la présence d'une quinzaine d'adolescents de 4e rénovée, on entendrait une mouche voler. A l'étage, deux rhétoriciens, assistants de troupe, s'appliquent à leurs devoirs dans le même silence. "La chambre individuelle, à deux ou trois, demeure le privilège des aînés", poursuit Bernadette Philippart de Foy. Les plus jeunes sont six, au maximum, par dortoir. Un lit, une armoire et une chaise en guise de table de nuit. Pas de bibelot ni de gadget, tout au plus quelques posters. Et inspection (de la propreté) deux fois par semaine. "Ils font le nettoyage eux-mêmes." Ambiance spartiate. Au mur, des photos: barbecue dans les bois, souvenirs de camps scouts... "Ils sont organisés à la fin du mois de juin, en plus des hikes (raids d'orientation) ou des nuits de survie, ajoute la préfète. Les internes doivent rester un week-end par mois à Marchin pour réaliser les grands projets inspirés des idéaux défendus par Baden-Powell." Des rallyes sont alors organisés autour d'un thème, avec des épreuves sportives, cérébrales et théâtrales. "Baden-Powell pensait que, pour devenir un être complet, l'homme devait développer tant ses compétences intellectuelles et physiques que sa créativité." Le mercredi après-midi et les soirées, des enseignants organisent de nombreuses activités. "Les parents y voient une façon de remotiver les enfants pour l'école." Il n'empêche: lorsque Bernadette Philippart reprend, en 1993, la direction de l'athénée d'enseignement général Prince Baudouin, il ne comptait plus que 225 élèves. Depuis, la population a presque doublé, le nombre d'internes augmentant toutefois dans une proportion moindre. "La demande correspond à un désir de sécurité. Les parents ne souhaitent pas voir leurs enfants traîner en ville. Un nombre grandissant d'entre eux sont par ailleurs débordés de travail. Ils n'aiment pas laisser leurs enfants seuls chez eux après 16 heures. Ils recherchent donc une étude encadrée." Délégation des responsabilités parentales? Les "nouvelles familles" semblent également recourir à l'internat. "Au moment de la séparation, en pleine crise, le jeune peut ressentir l'envie de prendre ses distances. En pension, il a sa vie à lui. C'est encore plus vrai lors des recompositions familiales, quand il ne trouve plus sa place entre ses demi-frères et les enfants du beau-parent. Mais les problèmes familiaux sont loin de concerner la majorité des internes." Pendant des années, les pensionnats ont souffert de cette réputation. Même au collège Saint-Benoît de Maredsous, les parents étaient nombreux à s'assurer, au moment de l'inscription, qu'il n'y avait pas "trop d'enfants de divorcés". Cette attitude sonne presque comme une incongruité dans cet internat logé, depuis 1881, au sein même de l'abbaye de Maredsous. "Les moines de l'époque voulaient ressusciter le Moyen Age, explique le père Bernard Lorent, recteur de l'établissement. Ils se sont inspirés des collèges anglais des bénédictins." Longtemps, Maredsous n'a accueilli qu'une centaine d'élèves. "Il y a peu de discipline chez nous. Les jeunes se promènent librement dans les bois. Cette autonomie n'est possible que dans un petit établissement." Les principales contraintes sont horaires: début des cours à 8 h 10, étude entre 17 h 30 et 19 heures. "A partir de la 3e, le travail scolaire s'effectue en chambre. Je ne vais pas voir ce qu'on y fait. Notre éducation repose sur la confiance entre les jeunes et les adultes." Au milieu des années 90, Maredsous a dû s'ouvrir aux externes et aux filles, pour atteindre le quota de population évitant la disparition ou la fusion de l'établissement. L'école abbatiale a alors pris le nom de collège Saint-Benoît, accueillant aujourd'hui 303 élèves de l'enseignement général. Minoritaires, les externes semblent néanmoins seulement tolérés par des internes d'origine sociale plus élevée. "Jusque dans les années 60, la population de Maredsous était exclusivement issue de la noblesse et de la haute bourgeoisie, poursuit le père Lorent. Ce n'est plus le cas. Mais on reste dans une certaine gentry." Et pour cause: la pension est fixée à quelque 14 000 francs par mois. En principe, car on fait appel à la générosité des parents en fonction de leurs revenus. Etre interne à Maredsous relève souvent d'une tradition familiale. Originaire d'Overijse, Dennis (15 ans, 4e latin-grec) a d'abord étudié l'anglais dans une école primaire privée, avant de suivre son frère à Maredsous. "Mes parents trouvaient que c'était bon pour forger le caractère. Ici, on est tout le temps en contact avec d'autres. Dès la 3e, on doit gérer nos temps libres, trouver des copains pour organiser une partie de mini-foot..." Philibert, dont les cousins avaient déjà étudié à Maredsous, renchérit: "Savoir vivre en communauté, c'est apprendre à s'entendre même avec ses ennemis." Après trois ans dans un internat près de Gand, Jean-Baptiste a, quant à lui, été frappé par "l'ambiance chaleureuse. A Maredsous, tout le monde se connaît". Un esprit de corps ou de caste qui tient à la vivacité des traditions. Les Maredsoliens sont intarissables quand ils évoquent la Saint-Nicolas et ses sketchs; les jeux de nuit, imaginés par les aînés pour les nouveaux; la fête des Rois, au cours de laquelle des rhétoriciens reçoivent un surnom, comme leurs prédécesseurs depuis 1881... Réputé pour la diversité des sports pratiqués - rugby et hockey, en tête, of course - l'établissement tient à la fois du Club Med et du célèbre collège d'Eton, en Angleterre. "On est fier d'être à Maredsous, l'une des rares écoles où l'on porte encore l'uniforme!" s'enorgueillit Nicolas (15 ans). Un club de privilégiés? "On est tous sur le même piédestal", répond Nicolas en commettant un lapsus. Révélateur? Maredsous et Marchin demeurent toutefois des pensionnats atypiques. Depuis 1987, la tendance est plutôt aux internats autonomes, qui regroupent des élèves de différentes écoles. L'internat des filles de Forest est de ceux-là. Quand Sophie Malinowski est affectée, en 1985, à ce qui est alors le pensionnat de l'athénée Andrée Thomas, à Bruxelles, on ne compte plus qu'une cinquantaine d'internes. La nouvelle administratrice ouvre d'abord l'établissement aux fillettes du primaire. Aujourd'hui, elle accueille 200 étudiantes, du fondamental au supérieur, issues de dix écoles des trois réseaux. Certes, ex-interne, Sophie Malinowski reste notalgique de la grande époque des pensionnats ( lire également ci-contre), les seuls garants, pensait-on alors, d'une vraie et bonne éducation. Bien sûr, elle se montre agacée quand elle voit traîner du linge sur les lits de ses pensionnaires. "Les parents se plaignent de ne pas parvenir à faire étudier leurs enfants, de devoir toujours répéter les mêmes ordres... Ils sont à la recherche d'un milieu structuré où règne une certaine discipline." Mais l'administratrice est heureuse d'aider ces mères, infirmières ou caissières, qui n'ont pas trouvé de garderies en raison de leurs horaires de travail. Elle loue aussi le comportement de ces mineures que le Service d'aide à la jeunesse a préféré placer en internat, plutôt qu'en home, pour éviter une coupure irrémédiable avec des parents "fugueurs" ou alcooliques. En proposant aux filles, en soirée ou le mercredi après-midi, une palette d'activités, allant de l'équitation au ciné-club, l'administratrice s'emploie à susciter, chez elles, l'intérêt pour un hobby "afin de combattre l'oisiveté". Présidente de la Commission interréseaux des internats, Sophie Malinowski se réjouit enfin que le ministre ait décidé, l'an dernier, d'organiser une formation continue pour les éducateurs d'internat. Elle y voit comme un retour en grâce des pensionnats.Dorothée Klein 1.