Le Vif/L'Express : Le scrutin du 14 octobre a-t-il consacré la fin de la " politique autrement " chez Ecolo ? Les tractations qui ont permis à Olivier Deleuze de décrocher le maïorat à Watermael-Boitsfort, en particulier, ont étonné.

Jean-Michel Javaux : Je suis fatigué de ces commentaires. J'entends : Watermael, oufti, c'est dégueulasse. Qu'on ne me fasse pas rire, quoi ! Avant les communales, il y avait une lame de fond PS-MR qui se préparait et qui préfigurait 2014.
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Jean-Michel Javaux : Je suis fatigué de ces commentaires. J'entends : Watermael, oufti, c'est dégueulasse. Qu'on ne me fasse pas rire, quoi ! Avant les communales, il y avait une lame de fond PS-MR qui se préparait et qui préfigurait 2014. Expliquez-moi un truc, alors. A Esneux, Christie Morreale, sénatrice, ex-vice-présidente du PS, rallie plus de voix que la bourgmestre MR, Laura Iker. Ecolo progresse fortement, tandis que le CDH emmené par Marie-Dominique Simonet fait 24 %. Si elle le souhaite, Christie Morreale devient, les doigts dans le nez, bourgmestre d'un Olivier PS-CDH-Ecolo. Au lieu de ça, elle préfère aller avec le MR pour que Laura Iker reste bourgmestre. Vous comprenez, vous ? Il s'est passé exactement la même chose à Sprimont, commune de Thierry Giet, président du PS. Paul Magnette, le politologue, le chantre du progressisme, qui prend-il à Charleroi ? Le MR et le CDH. Je peux continuer... Dans les communes des ministres-présidents, systématiquement, le PS prend le MR. A Mons, à Saint-Gilles, à Tournai, ils s'allient avec qui, Elio Di Rupo, Charles Picqué et Rudy Demotte ? Avec le MR ! A chaque campagne, c'est le même cinéma. Socialistes et libéraux jouent aux meilleurs ennemis. Moi, avant les élections communales, j'étais certain qu'on allait vers du PS-MR en 2014. On allait nous ressortir la menace De Wever, nous dire que les deux grosses multinationales doivent s'entendre pour faire barrage au nationalisme flamand. Diaboliser De Wever, ça les arrange bien. Ils savent que ça amène un vote-refuge. Je n'ai jamais aimé ce clivage entre traditionnels et non-traditionnels... Mais regardez : chez nous,... pas un seul député ne cumule avec un mandat d'échevin ou de bourgmestre. A la tête du parti, nous avons deux coprésidents interchangeables. Ecolo garde un fonctionnement différent des autres partis. Nous avons de nombreux garde-fous : la rétrocession au parti d'une partie des revenus, le contrôle collectif, l'obligation d'abandonner son activité professionnelle quand on devient député... Tout cela fait qu'Ecolo conserve une saine relation au pouvoir. Trouvez-moi une affaire de détournement d'argent qui aurait éclaboussé un mandataire Ecolo ! Le jour où elle éclatera, elle va être surmultipliée, je le sais, parce qu'on irrite beaucoup de monde. Certains partis soutiennent que le progrès va créer de l'emploi, qu'il faut supprimer les freins à la croissance. D'autres répondent : OK, mais il faut un filet de sûreté pour les plus fragiles. Personne, à part Ecolo, n'inclut dans le noyau dur de son projet la question de l'énergie, des ressources naturelles, des carburants. Je n'ai pas étudié la vision de la société de Benoît Lutgen. [Il poursuit, imperturbable.] On est effectivement amis, parce qu'on a soutenu ensemble une campagne pour le don d'organes. A l'époque, j'étais déjà en politique, lui pas. Ensemble, on ne parle pas de nos projets de société... [Toujours imperturbable.] Je reste convaincu que la question écologique sera la question cruciale du XXIe siècle. La fonte des glaciers, l'approvisionnement en eau, la gestion des déchets, tous ces enjeux-là. Le thème de l'énergie, on l'aborde toujours par la marge, jamais au c£ur : va-t-on continuer à consommer l'énergie et l'électricité de façon exponentielle ? Personne, à part Ecolo, ne veut saisir ce problème de fond. Les autres partis estiment que c'est secondaire en période de crise économique ou de négociations institutionnelles. Cela nous rendra toujours fondamentalement différents des autres. Je n'aime pas la protectionnisme malsain... Défendre le made in France contre le made in Belgique ou le made in Allemagne, oui, c'est malsain. Par contre, on doit réfléchir au moyen d'intégrer le coût écologique des biens produits en dehors de l'Europe et consommés chez nous. En ce qui me concerne, mon élection comme bourgmestre m'a donné une carrure politique supplémentaire. Cela a alimenté ma réflexion quand j'étais invité aux débats télévisés, quand je négociais avec d'autres partis. D'ailleurs, lors des négociations institutionnelles, on a bien vu la différence entre ceux qui étaient en contact avec le terrain et les autres. C'est très différent. Quand j'étais député wallon, j'ai présidé la commission des Affaires intérieures. Face à moi, il n'y avait pratiquement que des bourgmestres qui parlaient de leur commune plutôt que de l'intérêt général. Les parlements exercent en partie la tutelle sur le niveau communal. Il y a là des conflits d'intérêts possibles. Par contre, quand Olivier Deleuze se penche sur l'aménagement d'un boulevard à Watermael, c'est tout à fait compatible avec la coprésidence d'Ecolo. J'ai toujours souri en entendant cet argument-là... Bourgmestre, c'est un boulot qui exige une disponibilité 24 heures sur 24, mais qui ne demande pas de travailler 24 heures sur 24. Jusqu'au début de la crise institutionnelle, j'ai pu sans problème concilier ce mandat-là avec ma fonction de coprésident. D'ailleurs, Ecolo a obtenu de très bons scores en 2007 et en 2009, pendant que j'exerçais les deux fonctions. Si Ecolo a prévu des dérogations par rapport aux statuts, c'est parce qu'on veut analyser au cas par cas. Si Olivier Deleuze était devenu bourgmestre de Schaerbeek, jamais il n'aurait pu rester coprésident. Très positif. On obtient 130 conseillers en plus, on passe de 2 à 6 bourgmestres. Par contre, on stagne dans les grandes villes. Je fais le même constat. Je crois que l'actuelle coprésidence d'Ecolo doit entamer une réflexion sur les grandes villes. En Flandre, Groen s'est relancé via Gand et Anvers. Je vais vous livrer une analyse personnelle : dans les grandes villes, c'est important de s'appuyer sur des têtes déjà connues. Il n'y a rien à faire, les gens qui passent à la télé, ça amène des voix. Se priver des députés, c'est un privilège de luxe. A Liège, Veronica Cremasco ne figurait pas sur notre liste. Dommage. Les autres partis ont envoyé toutes leurs grosses cylindrées : Paul Magnette à Charleroi, Rudy Demotte à Tournai, Charles Michel à Wavre, Benoît Lutgen à Bastogne... Chez nous, Jean-Marc Nollet n'était pas candidat. Oui. Bien sûr. Mais je suis déjà hyper-content que le fait communal trouve sa pleine place chez Ecolo. On explose en milieu rural et semi-rural, en particulier dans le Luxembourg et à Huy-Waremme. Non... [Sourire entendu.] Allez, on va dire que il y a un effet d'entraînement dans les communes voisines d'Amay. [Sourire et long silence.] Je continue à ne rien en penser. Non. Je laisse ça à d'autres. Oui, mais vous savez, je suis devenu un petit bourgmestre. La " participopposition ", dire oui à l'intérieur du gouvernement, puis non à l'extérieur, ne pas assumer ses choix, ça ne va pas. Je sors d'une campagne communale très chaude. Je ne sais pas où en sont les instances d'Ecolo... Moi, je suis un éco-keynésien. Je pense que l'Etat doit soutenir une reconversion industrielle, voire une orientation vers une économie verte. Si les règles européennes empêchent la Belgique de réaliser la transition écologique, ça me posera un gros problème. Mais je ne suis pas en mesure de vous dire pour le moment où on se situe par rapport à ce niveau-là de menace. Je ne suis pas satisfait de l'attitude du gouvernement fédéral. J'ai trouvé Elio Di Rupo très absent du dossier. Quand la fermeture définitive des hauts-fourneaux a été annoncée, on a laissé la Région wallonne monter seule au créneau. On n'a pas vu une union des forces vives, tous niveaux de pouvoir confondus. A l'époque où il était Premier ministre, quand il y avait déjà des menaces sur la sidérurgie, Guy Verhofstadt était très vite monté en première ligne pour négocier avec les propriétaires. Ici, ça n'a pas été le cas. Elio Di Rupo a engagé une opération séduction vis-à-vis de la Flandre, il veut apparaître au-dessus de la mêlée, comme le Premier ministre de tous. Il a peut-être eu peur de plonger directement sur un dossier wallon aux relents régionalistes. Mais cela me paraît un mauvais calcul. Ici, c'est tout un bassin qui vit dans l'inquiétude. Par exemple, rencontrer François Hollande et les chefs de gouvernement d'autres pays où des sites sidérurgiques sont menacés. J'attends toujours une grande réunion consacrée à la sidérurgie. J'aimerais que tous les niveaux de pouvoir se mobilisent, comme ça a été le cas quand des entreprises automobiles étaient en péril. Les différents gouvernements doivent s'unir pour rappeler à Mittal ses engagements. Au moment de faire pression sur un grand groupe privé, je crois que ça a plus de poids si le Premier ministre s'engage aux côtés du gouvernements régionaux. Je pense aussi que le PTB profite d'un contexte où le monde politique donne l'impression qu'il a très peu d'armes face aux multinationales. Je continue à croire qu'il y a une place pour une sidérurgie moderne. Mais pour cela, il nous faut des garanties sur l'approvisionnement de la phase à froid et un plan global au niveau européen. ENTRETIEN : FRANÇOIS BRABANT" Ecolo stagne dans les grandes villes. On doit y réfléchir "