Comment le grand public a-t-il peu à peu pris conscience du phénomène du changement climatique et des enjeux qu'il recouvre ? Autrement dit, comment une question scientifique fait-elle son entrée dans l'espace public médiatique ? Pour répondre à cette interrogation, les chercheurs Nicole D'Almeida et Ana Carolina Peliz, de l'université de Paris-IV Sorbonne, se sont notamment penchées sur le traitement réservé à ce sujet à travers les articles publiés par les quotidiens français Le Figaro, Libération et Le Monde pendant les années de parution des rapports du Giec (Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat), soit en 1990, 1995, 2001 et 2007.
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Comment le grand public a-t-il peu à peu pris conscience du phénomène du changement climatique et des enjeux qu'il recouvre ? Autrement dit, comment une question scientifique fait-elle son entrée dans l'espace public médiatique ? Pour répondre à cette interrogation, les chercheurs Nicole D'Almeida et Ana Carolina Peliz, de l'université de Paris-IV Sorbonne, se sont notamment penchées sur le traitement réservé à ce sujet à travers les articles publiés par les quotidiens français Le Figaro, Libération et Le Monde pendant les années de parution des rapports du Giec (Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat), soit en 1990, 1995, 2001 et 2007. Premier constat : au fil du temps, la presse s'intéresse de plus en plus au sujet. Alors que jusqu'en 2001 les trois quotidiens consacraient moins de 10 articles sur l'année au discours du Giec, ce chiffre est multiplié par 5, voire par 7, en 2007. " En outre, observe Ana Carolina Peliz (1), ce sujet, généralement abordé dans les rubriques "sciences et environnement", et couvert par des journalistes spécialisés dans ces matières, fait peu à peu une percée dans les pages d'informations principales de ces quotidiens, voire même en Une. "En 1990 et 1995, résument les deux auteurs, on relève, dans les journaux, un effort de compréhension d'une problématique naissante, qui était, à l'époque, très restreinte à la science. En 2001, la relation établie entre le changement climatique et l'activité humaine retient nettement l'attention de la presse. " Le Giec gagne en légitimité et une discrète ouverture du phénomène depuis le domaine des sciences vers celui de la politique est observé ", relate Ana Carolina Peliz. En 2007, enfin, le rapport du Giec devient une source de référence complètement légitimée. " Le groupe est alors utilisé comme un argument d'autorité qui appelle à l'action politique. "Pour ces deux chercheuses, la présence constante du Giec dans la presse quotidienne française a incontestablement participé à la construction du discours sur le changement climatique, qui a d'ailleurs évolué. " Les publicités qui évoquent le changement climatique n'en parlent jamais de manière directe, ni dans les images ni dans les mots. " Le chercheur Ferenc Fodor (université René Descartes-Paris-V), qui s'est intéressé au traitement du changement climatique dans la publicité, est formel : tous les secteurs de l'économie font allusion, dans leurs messages publicitaires, au CO2 (automobile, pétrole, énergie...), mais jamais ils n'évoquent ni les causes du changement climatique ni, surtout, ses conséquences. Ainsi, dans l'image qu'elle donne aujourd'hui de ses voitures, dont elle vante les faibles émissions de CO2 et non plus les performances en termes de vitesse, l'industrie automobile qualifie ses modèles de propres et non polluants. " L'évocation de la diminution des émissions de CO2 est majoritairement présentée, dans les publicités, comme positive, relève Ferenc Fodor. Il n'y a jamais aucune connotation grave sur le sujet, aucune menace, et certainement aucune culpabilité. "L'annonceur ne prescrit non plus aucun comportement au consommateur. Tout au plus l'invite-t-il à passer à l'action par le biais, le plus souvent, des économies qu'il réalisera ainsi. " Prenons notre destin en main ", peut-on ainsi lire dans certains messages publicitaires. Et l'utilisation de la première personne du pluriel donne à penser que l'émetteur et le récepteur de la publicité forment une seule communauté, qui poursuit les mêmes intérêts. Bref, résume le chercheur, la pub consacrée au changement climatique en présente majoritairement " une vision euphorisante, parfois humoristique, à visuels esthétisants, rarement dramatisants ". A méditer. (1) Propos tenus lors du colloque Communication Green - Communication d'organisation et environnement : évolution des approches, changement des pratiques, qui s'est tenu à Bruxelles les 18 et 19 novembre derniers, à l'initiative du Laboratoire d'analyse des systèmes de communication des organisations (UCL), avec la contribution de l'ULB et de l'IHECS.LAURENCE VAN RUYMBEKEUNE PERCÉE DANS LES PAGES D'INFORMATIONS GÉNÉRALES DE LA PRESSE