Fils du prolétariat anglais, Damien Hirst (Bristol, 1965) est adulé telle une rock star. Pas surprenant qu'il en ait le look. Derrière ses lunettes à larges montures et ses énormes bagues " têtes de mort ", l'artiste caustique affiche une décontraction branchée made in England qui fait tout son charme. On se souvient encore du temps où les " shit " et les " fuck " ponctuaient sa rhétorique. Aujourd'hui, son discours châtié révèle un artiste étonnamment lucide, presque assagi. Au pinacle de la scène artistique, Damien Hirst orchestre d'une main de maître sa carrière florissante, sa ...

Fils du prolétariat anglais, Damien Hirst (Bristol, 1965) est adulé telle une rock star. Pas surprenant qu'il en ait le look. Derrière ses lunettes à larges montures et ses énormes bagues " têtes de mort ", l'artiste caustique affiche une décontraction branchée made in England qui fait tout son charme. On se souvient encore du temps où les " shit " et les " fuck " ponctuaient sa rhétorique. Aujourd'hui, son discours châtié révèle un artiste étonnamment lucide, presque assagi. Au pinacle de la scène artistique, Damien Hirst orchestre d'une main de maître sa carrière florissante, sa cote vertigineuse et ses 95 assistants auxquels il confie l'exécution de ses £uvres, lesquelles se vendent à prix d'or. Businessman génial, l'ex- bad boydécline ses principes créatifs jusqu'à saturation. En cause, son goût immodéré pour l'argent et le scandale. En 1992, l'artiste accède à la notoriété en exposant pour la première fois ce qu'il installera comme son fonds de commerce : un requin flottant dans un bain de formol. Hirst explique sa démarche. C'est un travail sur l'idée de la peur, une pièce pour décrire une émotion. Effectivement. Toutes dents dehors, le squale tape-à-l'£il fait sensation. L'année suivante, il présente à la Biennale de Venise une vache et son veau morts, découpés en deux dans le sens de la longueur et placés dans des vitrines entre lesquelles on peut circuler. Cette mise à nu des organes a été ressentie par le public comme une insupportable agression. Face aux tripes et boyaux de ces animaux, l'artiste nous renvoie à notre machine interne. Préoccupé par la précarité de l'existence biologique, Hirst conserve sa morbide ménagerie dans du formol. Un procédé qui ralentit la décomposition mais ne l'empêche pas. Une évidence, ses affaires ne semblent en tout cas pas en voie de désintégration. Pour un requin, comptez la bagatelle de 12 millions de dollars ! Cela vous semble énorme ? Pas pour Hirst. En 2007, il cède pour 100 millions de dollars une pièce intitulée For the Love of God, un crâne en platine incrusté de plus de 8 000 diamants. Au royaume Hirst, l'art et l'argent se sont unis pour le meilleur et surtout pour le pire... puisqu'ici la compétition ne porte plus sur l'achat de ce qu'il y a de plus beau, mais bien de ce qui existe de plus cher ! Effrayant. Mais Damien Hirst ne s'arrête pas en si bon chemin. Gonflé ou suicidaire, il court-circuite sans scrupules les galeries en organisant chez Sotheby's une vente aux enchères de ses £uvres. Cela se passe en septembre 2008. Le jour où Lehman Brothers coulait, Hirst sabrait le champagne. Contre toutes les prédictions, sa vente est un succès. En deux jours, il inonde le marché de quelque 223 £uvres fraîchement sorties de ses ateliers qui trouvent preneurs pour un montant total de 140 millions d'euros. C'est ça la méthode Hirst... Un marketing rodé et un goût assuré pour le risque et la transgression. Damien Hirst, Cornucopia, Musée océano-graphique de Monaco, avenue Saint-Martin, 98000 - Monaco. Jusqu'au 30 septembre. www.oceano.org La semaine prochaine > La Cloaca Factory de Wim DelvoyeGWENNAëLLE GRIBAUMONT