Je m'appelle Sylvie et, avec une amie, Laetitia, je voudrais vous sensibiliser à quelque chose qui nous tient vraiment à c£ur. En effet, mariées toutes les deux à un agriculteur, nous avons fait le choix, qui maintenant est une obligation, d'exercer une profession différente de celle de nos maris. Laetitia est institutrice primaire et moi je suis sage-femme. Nous avons chacune deux enfants. Nous avons décidé de vous parler de la situation réelle des agriculteurs. Vous avez sans doute remarqué que les agriculteurs manife...

Je m'appelle Sylvie et, avec une amie, Laetitia, je voudrais vous sensibiliser à quelque chose qui nous tient vraiment à c£ur. En effet, mariées toutes les deux à un agriculteur, nous avons fait le choix, qui maintenant est une obligation, d'exercer une profession différente de celle de nos maris. Laetitia est institutrice primaire et moi je suis sage-femme. Nous avons chacune deux enfants. Nous avons décidé de vous parler de la situation réelle des agriculteurs. Vous avez sans doute remarqué que les agriculteurs manifestent ces derniers temps. Mais vous vous demandez sûrement pourquoi ? Actuellement, le litre de lait est payé 0,19 euro à l'agriculteur. Il faut savoir que, pour produire ce litre de lait, le même agriculteur débourse 0,35 euro. Ce qui comporte l'élevage et l'alimentation du cheptel de production et de remplacement, l'alimentation et les soins, le logement du bétail (capacité de citerne, bien-être...), l'entretien et la gestion des superficies fourragères, l'entretien et le renouvellement du matériel et la main-d'£uvre (qui varie d'un fermier à l'autre en fonction de ses investissements). Ce qui signifie que, pour le moment, nos maris non seulement travaillent énormément, mais de plus qu'ils le font à perte. Voudriez-vous, vous, travailler pour ne rien gagner ? Nous pouvons comparer cette situation avec d'autres professions. Une coiffeuse vous accorderait-elle ses services en offrant en plus un soin capillaire gratuit à chaque cliente ? Une esthéticienne procurerait-elle ses soins bénévolement en offrant une séance de solarium ? Une fleuriste annoncerait-elle " Un bouquet de fleurs + deux gratuits " ? Nous pourrions encore vous donner des tas d'autres exemples... Malgré tous ces malaises, les politiques ne bougent pas et font la sourde oreille. Ces politiques ont aussi des vues à court terme au sujet des quotas laitiers qu'ils ont mis en place il y a vingt ans et qu'ils renient maintenant. Ils veulent faire régner les multinationales... ou bien encore, ils nous lancent des idées comme celle de Louis Michel, qui nous incite à nous diversifier, alors que nos maris travaillent déjà en moyenne douze heures par jour et ce sept jours sur sept. Faudrait-il travailler la nuit ? Nous ne l'imaginons pas. Ce métier, ils l'exercent avec passion et il est inconcevable de tout laisser tomber du jour au lendemain pour pouvoir gagner sa vie autrement, car des emprunts les suivront toujours. Ils doivent le continuer coûte que coûte. A quand les jours où une exploitation agricole permettra à nouveau à toute une famille de vivre raisonnablement ? Sylvie Jongen, Lontzen, par courriel