Gerhard Sommer est un pensionnaire encombrant dans sa maison de retraite de Hambourg-Volksdorf. Comme neuf de ses frères d'armes de la 16e division d'infanterie motorisée " Reichsführer ", cet ancien lieutenant SS a été condamné à la prison à vie, le 22 juin 2005, par le tribunal militaire de La Spezia (Italie), pour le massacre de Sant'Anna (560 morts le 12 août 1944). Mais le jugement, confirmé en cassation (2007), n'a guère affecté cet homme de 87 ans dont la tranquillité est à peine troublée, une ou deux fois l'an, par les vociférations d'une poignée de militants antifascistes.
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Gerhard Sommer est un pensionnaire encombrant dans sa maison de retraite de Hambourg-Volksdorf. Comme neuf de ses frères d'armes de la 16e division d'infanterie motorisée " Reichsführer ", cet ancien lieutenant SS a été condamné à la prison à vie, le 22 juin 2005, par le tribunal militaire de La Spezia (Italie), pour le massacre de Sant'Anna (560 morts le 12 août 1944). Mais le jugement, confirmé en cassation (2007), n'a guère affecté cet homme de 87 ans dont la tranquillité est à peine troublée, une ou deux fois l'an, par les vociférations d'une poignée de militants antifascistes. L'extradition vers l'Italie ? Impossible, car l'intéressé s'y est opposé. La prison en Allemagne ? Rome n'a pas déposé de demande auprès du parquet de Hambourg pour l'instant. Motif : l'instruction, ouverte en 2002 par le parquet du Wurtemberg, n'est pas close. A Stuttgart, le procureur chargé de cette affaire, Bernhard Häussler, a beau avoir accumulé plusieurs mètres cubes de documents, l'enquête piétine. " Les conditions nécessaires à l'ouverture d'une procédure pénale ne sont pas remplies ", estime-t-il. Il n'y peut rien, son travail consiste à appliquer le Code pénal, " même si celui-ci peut paraître difficilement acceptable ". Outre-Rhin, la marge de man£uvre de la justice face aux criminels de guerre est étroite. Le seul chef d'inculpation échappant à la prescription est l'assassinat assorti de circonstances aggravantes, comme la barbarie, la vengeance ou la haine raciale. Autre contrainte : seuls les officiers peuvent être poursuivis, à moins que les exécutants n'aient outrepassé leurs ordres. Enfin, l'implication personnelle de chaque accusé doit être prouvée. Dans le cas de Sant'Anna, c'est mission (quasi) impossible. Des survivants ont témoigné, pourtant. D'anciens SS ont raconté, eux aussi, l'horreur de ce matin d'été. Comme Horst Eggert, qui s'est confié, dès 1999, à une journaliste du quotidien Süddeutsche Zeitung. Comme le sous-officier Werner Bruss, devenu professeur après la guerre. Ou encore comme Adolf Beckert, venu s'exprimer à la barre du tribunal de La Spezia en 2005. Ceux qui ont obéi à leurs supérieurs ne risquent rien en Allemagne. " En Italie, il suffit d'avoir été un rouage dans la machine à tuer pour être jugé coupable, souligne Häussler. Pas chez nous. "Reste à savoir quel officier dirigeait les opérations devant l'église de Sant'Anna. Etait-ce Sommer ? Les preuves manquent. Et le procureur ne cache pas sa frustration : " Je me heurte à un mur du silence, cimenté par la solidarité des anciens SS. Beaucoup m'ont menti au cours des auditions, je le sais. Malheureusement, je ne peux pas le prouver. "Son ultime espoir réside dans un témoin domicilié " à l'étranger " (sans autre précision), susceptible d'identifier l'officier. Mais la demande d'entraide judiciaire, expédiée en avril 2006, n'a pas reçu de réponse " malgré plusieurs relances ". Pas de quoi troubler le sommeil des huit condamnés encore vivants. A commencer par Sommer. " Je n'ai aucun reproche à me faire, lâchait-il, en 2004, dans un reportage télévisé. J'ai la conscience parfaitement tranquille. "A. V.