Vous êtes un particulier et vous souhaitez faire un geste pour compenser la pollution que vous provoquez lorsque vous vous déplacez en voiture, chauffez votre domicile et voyagez en avion ? C'est désormais possible... Et sans doute nécessaire : chaque Belge émet en moyenne 14 tonnes de CO2 par an alors que la planète ne peut supporter " que " 1,7 tonne de CO2 par personne, si l'on souhaite que la température à la surface de la terre ne s'élève pas de plus de deux degrés. Avant toute chose, il vous faut calculer votre empreinte carbone, c'est-à-dire l'impact que vous avez sur l'environnement en provoquant des émissions de CO2, ce gaz à effet de serre en grande partie responsable du réchauffement climatique.
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Vous êtes un particulier et vous souhaitez faire un geste pour compenser la pollution que vous provoquez lorsque vous vous déplacez en voiture, chauffez votre domicile et voyagez en avion ? C'est désormais possible... Et sans doute nécessaire : chaque Belge émet en moyenne 14 tonnes de CO2 par an alors que la planète ne peut supporter " que " 1,7 tonne de CO2 par personne, si l'on souhaite que la température à la surface de la terre ne s'élève pas de plus de deux degrés. Avant toute chose, il vous faut calculer votre empreinte carbone, c'est-à-dire l'impact que vous avez sur l'environnement en provoquant des émissions de CO2, ce gaz à effet de serre en grande partie responsable du réchauffement climatique. Le plus simple consiste à se rendre sur le site Internet de sociétés telles que CO2Logic, Climact, CompenC02 - les trois acteurs belges de ce secteur -, ou Atmosfair, myClimate, ActionCarbone et CNG GreenSeat. Des questionnaires vous y sont proposés qui, une fois remplis en fonction de vos déplacements en avion et en voiture et de votre consommation d'énergie à domicile, au besoin avec vos factures de gaz et d'électricité, permettent de calculer automatiquement votre impact carbone. Exemple : un automobiliste qui parcourt 21 000 km par an dans une voiture moyenne roulant au diesel produit 3,74 tonnes de CO2 en une année. En achetant des crédits carbone, c'est-à-dire des droits d'émission, qui équivalent à la pollution provoquée. Ainsi, sachant que le prix de la tonne de CO2 avoisine les 20 euros en cette fin de mois d'août, la consommation annuelle de la voiture diesel évoquée ci-dessus représente un crédit carbone d'une valeur de 99,5 euros, TVA comprise. Le plus facile est de passer par l'intermédiaire des sociétés déjà évoquées (CO2Logic, Climact, CompenCO2, etc.), qui fournissent ces crédits contre paiement. L'opération peut se dérouler entièrement sur Internet, avec paiement par carte de crédit. Selon les entreprises, le consommateur recevra ou non un certificat d'émission qui lui garantit que son argent a effectivement permis d'acheter des crédits carbone. Le consommateur peut en tout cas s'assurer que le projet qu'il finance n'aurait pas vu le jour sans cet apport financier ; qu'il a des conséquences positives en termes environnementaux et de création d'emplois ; et que les crédits carbone qui lui ont été vendus ont été enregistrés, de manière à ne pas être revendus à un autre client par la suite. Il permet de financer des projets de développement non polluants dans des pays moins avancés, qui ne sont pas contraints de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, comme l'Inde, et certains pays d'Afrique et d'Asie. Ainsi, par exemple, cet argent financera l'installation d'un parc à éoliennes dans le nord de l'Inde, au lieu de payer la construction d'une centrale au charbon, qui aurait été source de pollution. " Autant que le développement de ces Etats passe par des initiatives qui n'aggravent pas l'effet de serre ", commente Julien Vandeburie, chargé de mission chez Inter-Environnement Wallonie. Non. Les intermédiaires qui se chargent de la vente des crédits carbone conservent une marge qui couvre leurs frais de fonctionnement et leur assure un bénéfice. Selon Test-Achats, l'association de défense des consommateurs, sur un montant payé de 20 euros par tonne, de 12 à 18 euros sont effectivement investis dans les projets de développement. Au niveau mondial, c'est une commission interne à la convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique qui sélectionne les projets et qui détermine le nombre de crédits carbone qui pourront être vendus pour chacun d'entre eux. Ces projets sont soumis par ceux qui souhaitent les développer sur place, c'est-à-dire soit des pouvoirs publics, soit des investisseurs privés. Le nombre de crédits carbone est déterminé par le gain en émissions de CO2 réalisé en optant pour des énergies propres au lieu d'énergies polluantes. Ces importants projets de développement retenus par les Nations unies, baptisés mécanismes de développement propres, font toutefois l'objet de certaines critiques : tel barrage hydraulique qui permet de produire proprement de l'électricité va, en contrepartie, détruire des villages, provoquer d'importants déplacements de population, inonder des centaines d'hectares de zones agricoles. Du coup, certaines organisations comme le WWF ont mis au point leurs propres critères pour sélectionner les projets à soutenir. Le Gold Standard constitue le plus exigeant d'entre eux. Il en existe une douzaine, mais aucune de ces normes n'est obligatoire pour l'instant. Le marché de la compensation volontaire ne bénéficie pas non plus d'un cadre légal. " Une réglementation globale, notamment pour évaluer la qualité des projets compensatoires proposés, est absolument nécessaire, dit-on chez Test-Achats. " Jusqu'à présent, le gouvernement fédéral s'est refusé à fixer un cadre légal pour cette pratique. Libre à lui d'en faire la demande à l'entreprise à laquelle il s'adresse. C'est là le problème. Si les Nations unies déterminent au départ le nombre de crédits carbone qui peuvent être vendus pour chaque projet de développement retenu, elles n'assurent pas, ensuite, la comptabilité des ventes opérées. D'où les risques de dérapage possibles. Le marché de la compensation volontaire ne représente actuellement qu'environ 2 % du marché de compensation obligatoire qui concerne, lui, les Etats et donc les entreprises. Il en est donc à ses balbutiements. " Toutes les tonnes de CO2 ne se vendent pas au même prix, précise Julien Vandeburie. Leur valeur dépend de la qualité du projet de développement proposé. " Pour le reste, comme sur tous les marchés, c'est la loi de l'offre et de la demande qui joue. Actuellement, le prix de la tonne tourne autour des 15 à 20 euros. " Avec la crise, le carbone est retombé à environ 20 euros la tonne, alors qu'il avait grimpé jusqu'à 30 euros ", indique Tanguy du Monceau, partenaire gérant de CO2Logic. Faute d'initiative en ce sens, Inter-Environnement Wallonie a élaboré une charte avec certains des opérateurs belges, visant d'abord à convaincre le consommateur de modifier son comportement. Plutôt que de compenser, mieux vaut, de loin, ne pas polluer ! La charte vise aussi à assurer au consommateur que les crédits carbone ne sont pas vendus plusieurs fois, grâce à leur recensement dans une comptabilité carbone qui assurerait leur traçabilité. Cette charte devrait être élaborée pour le mois d'octobre. Elle suscite, dit-on, un certain intérêt dans le monde politique. LAURENCE VAN RUYMBEKE