Début 2000. AOL met la main sur Time Warner. La nouvelle économie s'impose, les indices boursiers explosent, c'est l1euphorie. La fête bat son plein, elle va encore durer quelques mois, dernier répit pour un Nasdaq au pic de sa forme. Jusqu'au retournement du marché, en avril 2001. A croire que les leçons du passé ne servent pas. Au début du siècle dernier, rappellent les économistes Anton Brender et Florence Pisani dans Les Marchés et la croissance (1), l'essor de l'automobile avait dopé l'acti...

Début 2000. AOL met la main sur Time Warner. La nouvelle économie s'impose, les indices boursiers explosent, c'est l1euphorie. La fête bat son plein, elle va encore durer quelques mois, dernier répit pour un Nasdaq au pic de sa forme. Jusqu'au retournement du marché, en avril 2001. A croire que les leçons du passé ne servent pas. Au début du siècle dernier, rappellent les économistes Anton Brender et Florence Pisani dans Les Marchés et la croissance (1), l'essor de l'automobile avait dopé l'action de General Motors. Le titre avait gagné 5 500 % entre 1914 et 1920... avant de perdre les deux tiers de sa valeur. Même frénésie dans le secteur aérien. Au point que l'action de la société appelée Seabord Airlines avait décollé alors qu'il s'agissait d'une entreprise ferroviaire ! Voilà qui aurait dû servir d'avertissement aux aficionados des entreprises Internet. Depuis avril 2001, des milliards de dollars se sont volatilisés, et les cimetières de start-up affichent complet. Etonnant revirement des marchés : était-il prévisible ? " Oui, répond Florence Pisani. Début 2001, on savait que le retournement allait avoir lieu : les prévisions de taux de profit des entreprises étaient beaucoup trop optimistes, voire absurdes, surtout après dix années de reprise. " Même constat pour les crises financières (voir graphique). Le Mexique en 1994, l'Asie en 1997, la Russie en 1998 et, cette année, la Turquie et l'Argentine : autant de marasmes qui ne doivent rien au hasard. Déséquilibre des comptes courants, générosité excessive des banquiers étrangers, perte de compétitivité, réserves de change en chute libre : à chaque fois, les ingrédients sont les mêmes. Les entreprises spécialisées en assurance-crédit commencent à se doter de grilles de lectures capables de détecter et d'anticiper de telles crises. En France, la Coface avait ainsi détecté dès 1996 les risques potentiels que couraient la Corée et de la Thaïlande. Soit quelques mois avant que les deux économies soient emportées dans la tourmente asiatique. Aujourd'hui, c'est au tour de l'Argentine de vaciller. Mais le Mexique, la République tchèque et la Pologne montrent, eux aussi, des signes de faiblesse. Doit-on pour autant s'attendre à une nouvelle crise des pays émergents ? " C'est peu probable, rassure Florence Pisani. Les banques étrangères sont devenues beaucoup plus prudentes, et les flux financiers qui transitent vers les pays émergents sont surtout constitués d'investissements directs. " En clair, des usines, plus difficiles à rapatrier en cas de crise que des lignes de crédit en dollars.(1) Ed.Economica, novembre 2001.Eric Chol