"L'importance des scandales financiers à la fin du xixe siècle, des scandales de corruption dans les années 1980, des scandales sanitaires et écologiques peut-être moins récents qu'on ne le croit, rendent compte des préoccupations générales d'une autre manière que les discours politiques e...

"L'importance des scandales financiers à la fin du xixe siècle, des scandales de corruption dans les années 1980, des scandales sanitaires et écologiques peut-être moins récents qu'on ne le croit, rendent compte des préoccupations générales d'une autre manière que les discours politiques et leurs succès électoraux ", énonce le philosophe français Jérôme Lèbre dans Scandales et démocratie (Desclée de Brouwer, 216 p.). Distinguant les scandales des provocations qui, elles, sont manifestes, l'auteur explique que les transgressions, " aussi humaines que le respect des règles ", sont toujours désirées mais les scandales jamais voulus. Or, ceux-ci remodèlent la société " selon des lignes toujours surprenantes qui ne respectent aucune conception préalable du "tout" social et surtout aucune division préalable en communauté familiale, religieuse, etc. ". Entre autres analyses, Jérôme Lèbre met en évidence la spécificité des scandales d'Etat. " Plus le pouvoir souverain insiste sur sa légitimité ou son autorité, plus il se protège d'une manière illégale. [...] La résistance aux transgressions souveraines est alors bien moins assurée par les institutions publiques que par les médias ", observe-t-il. Le citoyen, lui, ne peut répondre à la multiplication des scandales et affaires que par la soumission de la politique à une exigence de justice qui la dépasse et, plus individuellement, par un désir accru de justice, condition de la démocratie.