Les idées les plus simples sont souvent les meilleures. Celle de Kevin Systrom et Mike Krieger, deux jeunes diplômés de l'université américaine Stanford : créer une application pour iPhone qui imite les vieux appareils Polaroid ou Kodak Instamatic. De manière simple. Photo, recadrage carré, application d'un filtre vintage puis partage sur ses réseaux sociaux favoris. Le succès a dépassé toutes les espérances. Gratuite et sans pub, bien fichue, ultra-branchée, l'application Instagram a caracolé très vite en tête des téléchargements sur l'App Store, le magasin virtuel d'Apple.
...

Les idées les plus simples sont souvent les meilleures. Celle de Kevin Systrom et Mike Krieger, deux jeunes diplômés de l'université américaine Stanford : créer une application pour iPhone qui imite les vieux appareils Polaroid ou Kodak Instamatic. De manière simple. Photo, recadrage carré, application d'un filtre vintage puis partage sur ses réseaux sociaux favoris. Le succès a dépassé toutes les espérances. Gratuite et sans pub, bien fichue, ultra-branchée, l'application Instagram a caracolé très vite en tête des téléchargements sur l'App Store, le magasin virtuel d'Apple. Deux ans et 40 millions d'utilisateurs plus tard, la petite société californienne vient d'être avalée par Facebook. Prix : 1 milliard de dollars (760 millions d'euros) en cash et en actions. " C'est la première fois que nous achetons un produit et une société qui compte tant d'utilisateurs, a claironné ce 9 avril le PDG Mark Zuckerberg. Nous ne prévoyons pas d' effectuer beaucoup d'autres acquisitions de ce genre, voire aucune. " Sur un ton rassurant, Zuckerberg a précisé dans la foulée qu'il n'était pas question de fondre Instagram dans Facebook. Les deux devraient continuer leurs parcours séparément. Même pour le géant des réseaux sociaux, la somme paraît exorbitante. Un milliard de dollars, cela représente un quart de son chiffre d'affaires de 2011 et une fois et demie son bénéfice. C'est aussi deux fois la valeur estimée d'Instagram. Une semaine avant l'annonce de son rachat, la start-up venait de lever des fonds auprès d'investisseurs sur la base d'une valorisation à 500 millions de dollars. Ce qui reste astronomique pour une entreprise de 13 personnes qui ne dégage aucun bénéfice. Mais dans l'économie numérique, les rentrées financières comptent moins que le potentiel de croissance. Et devant celui d'Instagram, le front de Facebook commençait à perler de sueur. Avec sa récente arrivée sur le système d'exploitation Androïd, qui équipe près de deux smartphones sur trois, les analystes prévoient que la petite application dépassera les 100 millions d'utilisateurs avant la fin de l'année. Il a fallu quatre ans à Facebook pour en réunir autant. Début février, le site spécialisé Business insider voyait dans le poucet de San Francisco " la plus grande menace " pour l'ogre de Palo Alto. Argument : sur un smartphone, il est bien plus pratique de prendre des photos avec Instagram qu'avec l'application Facebook. Or le partage de photos sur mobiles promet de devenir le SMS de demain. De plus, le nombre d'utilisateurs de l'Internet nomade dépassera celui des internautes " assis " à l'horizon 2014-2015, selon une projection de la firme Morgan Stanley. C'est demain. Chez Facebook, on sait que deux années suffisent pour qu'un petit acteur du Web terrasse le dominant. Combien d'ados connaissent encore le site Myspace, deux fois plus fréquenté que Facebook à la mi-2008 ? Le réseau social de Marc Zuckerberg devrait entrer en Bourse dans quelques semaines, en mai. Au Nasdaq, sa valorisation boursière pourrait dépasser les 100 milliards de dollars. Là encore, un montant sans commune mesure avec son chiffre d'affaires. Et là aussi, les marchés valoriseront moins des rentrées réelles qu'un potentiel de croissance. Celui de Facebook commençait à sentir le roussi avec la concurrence d'Instagram. Et si Google s'en emparait... Que faire ? Racheter Instagram, aussi cher qu'il le faudra. Les meilleures solutions sont souvent les plus simples. ETTORE RIZZA