Bayrou et Borloo sont dans un bateau. Aucun doute pour François : c'est Jean-Louis qui tombera à l'eau. Les deux B, personnalités les plus marquantes du mouvement centriste en France, se gardent bien de toute déclaration susceptible de compromettre leurs fiançailles automnales. " Surtout, n'écrivez rien qui puisse nous faire échouer ", supplient-ils à distance, mais en choeur. La noce sera belle avant, forcément, d'être rebelle. Car ceux qui connaissent François Bayrou lisent dans sa forme olympique du moment un soulagement et une énergie. Heureux de sortir d'un mortel isolement, et galvanisé par l'envie d'en découdre, il entame un marathon politique qui ne laissera pas beaucoup de place à Jean-Louis Borloo. Ou plutôt, in fine, aucune.
...

Bayrou et Borloo sont dans un bateau. Aucun doute pour François : c'est Jean-Louis qui tombera à l'eau. Les deux B, personnalités les plus marquantes du mouvement centriste en France, se gardent bien de toute déclaration susceptible de compromettre leurs fiançailles automnales. " Surtout, n'écrivez rien qui puisse nous faire échouer ", supplient-ils à distance, mais en choeur. La noce sera belle avant, forcément, d'être rebelle. Car ceux qui connaissent François Bayrou lisent dans sa forme olympique du moment un soulagement et une énergie. Heureux de sortir d'un mortel isolement, et galvanisé par l'envie d'en découdre, il entame un marathon politique qui ne laissera pas beaucoup de place à Jean-Louis Borloo. Ou plutôt, in fine, aucune. En août, les deux hommes viennent tout juste de briser des années de dénigrement réciproque qu'un proche du Béarnais lui suggère tout de go : " Tu as une occasion en or de réaliser une OPA sur le centre ! " Si Bayrou ne moufte pas, il y songe illico. " Un excellent joueur de poker comme lui ne peut penser qu'à ça, juge Maurice Leroy, son porte-parole aux présidentielles de 2002 et de 2007 - et son sparring-partner sur les tapis verts. Il vient de commencer un poker menteur avec Borloo. " La captation de la totalité de l'héritage centriste doit servir une nouvelle, et certainement dernière, candidature, en 2017. La présidentielle, " l'unique élection qui permette de changer le pays ", a toujours été son ultime horizon. L'ancien ministre français de l'Education nationale pourrait, à juste titre, se sentir lesté par ses échecs successifs, mais, relativise le député UDI Yves Jégo, " il a quelque chose que personne n'a chez nous : 5 millions de Français qui ont voté pour lui ". Bayrou assure s'être défait de cette obsession élyséenne. A la quasi-unanimité - miracle -, les centristes de toutes obédiences se mettent d'accord pour se doter d'un candidat et inscrire dans le marbre son mode de sélection, et le multirécidiviste Bayrou passerait son tour ? Prière de ne pas y croire. " Je n'ai pas une mentalité de force d'appoint ", lâche le président du MoDem, dans un instant de franchise qui en dit long sur ses intentions : " truster " le centre et le représenter dans quatre ans. Bayrou n'a jamais supporté de ne pas être n° 1. Ni même de partager cette première marche. Toujours fécond en idées, il a imaginé la forme, inattendue, d'une primaire à la sauce béarnaise : réunir les militants dans un grand stade et compter les mains levées. L'agrégé de lettres y trouvera sans mal la définition d'un sacre. Aux premières réunions de projet de la " joint-venture " centriste, il a proposé de la baptiser " Udem ". Très MoDem, peu UDI. Pas dupe, l'équipe Borloo a dit niet... Face aux milliers d'adhérents de l'Union des démocrates et indépendants (UDI), à sa soixantaine de parlementaires et à son aisance financière, le MoDem fait pâle figure. Le parti est contraint de louer la moitié de son siège dans le VIIe arrondissement de Paris, de licencier le chauffeur historique de son président, et n'a quasiment plus d'élus. Mais le gringalet a un gros avantage pour se transformer en glouton : " On a la marque et François est l'incarnation du centre ". Marielle de Sarnez, fidèle de la première heure, parle ainsi. Le reste de la garde rapprochée relaie la rengaine d'un Borloo qui, par contraste, n'a jamais été clair dans son orientation et a attendu que Nicolas Sarkozy sombre pour réenfiler l'habit centriste. " Ce ne sont pas les mêmes, souligne un ami de Bayrou. L'un est constant et tenace ; l'autre, cyclothymique et velléitaire. " Mercredi 11 septembre : devant quelques convives, Jean-Louis Borloo se présente en berger d'un centre enfin réunifié, l'aboutissement d'une " mission " qu'il s'est assignée en fondant l'UDI. Mines interrogatives autour de la table. A 62 ans, va-t-il définitivement prendre du champ ? " Cela ne signifie pas que j'aie la tentation de Venise ", précise-t-il, sans vraiment convaincre. Si l'exil n'est pas imminent, la lassitude perce. L'arrivée de Bayrou pourrait lui permettre de laisser une boutique qu'il n'a plus envie de tenir. L'avocat serait débarrassé d'un marigot de jeunes ambitieux qu'il ne parvient pas à dompter. Bayrou n'est pas homme à s'encombrer. Il ne fera pas grand cas des réserves des quelques gauchisants du MoDem. Rien, en revanche, ne sera possible s'il perd la bataille de Pau, en mars 2014. " Je n'ai pas le droit de me planter ", disait-il au début de l'été. Après quelques hésitations, il devrait se présenter, ne serait-ce que pour marquer un peu plus sa différence avec un Borloo rétif au combat. Pour cette bataille municipale, François Bayrou a été très sensible au soutien public d'Alain Juppé. Pas seulement parce qu'il partage avec lui un voisinage aquitain et une amitié de longue date, mais parce qu'il a déjà bâti dans un recoin de cerveau une suite à sa mainmise sur le centre : à défaut de l'emporter en 2017, s'imposer en Premier ministre. Il l'a espéré avec Hollande, il veut y arriver avec Juppé à l'Elysée. Quand on lui soumet l'hypothèse, Bayrou se marre et ne veut rien " confirmer ", " infirmer ", ni " valider ". Plus tacticien que stratège, il manoeuvrera au fil de l'eau.Une brasse après l'autre. Benjamin Sportouch" Bayrou a quelque chose que personne n'a chez nous : 5 millions de Français qui ont voté pour lui " Un député UDI