" Evoluez au sein de la plus grande collection d'art moderne et contemporain d'Europe. " Tel est le slogan aguicheur derrière lequel se cache Prisme7, un jeu vidéo, le premier du genre, lancé par le Centre Pompidou. L'immersion ludique tombe à point nommé au moment où l'ensemble des lieux de culture se creusent les méninges en vue de maintenir le lien avec le public. Faut-il imaginer dès lors un projet opportuniste, bricolé dans l'urgence ? Certainement pas. Il est ici question d'un travail de longue haleine qui atterrit par un heureux hasard en pleine période de confinement : cela fait plus de trois ans que le service de médiation culturelle de l'institution parisienne planchait sur une initiative rafraîchissante capable d'attirer une autre audience, supposée n'avoir jamais mis les pieds à Beaubourg, et, surtout, de mettre un médium populaire prisé, le jeu vidéo, au service d'un patrimoine muséal exceptionnel - pour rappel, un fonds riche de plus de 113 000 oeuvres.
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" Evoluez au sein de la plus grande collection d'art moderne et contemporain d'Europe. " Tel est le slogan aguicheur derrière lequel se cache Prisme7, un jeu vidéo, le premier du genre, lancé par le Centre Pompidou. L'immersion ludique tombe à point nommé au moment où l'ensemble des lieux de culture se creusent les méninges en vue de maintenir le lien avec le public. Faut-il imaginer dès lors un projet opportuniste, bricolé dans l'urgence ? Certainement pas. Il est ici question d'un travail de longue haleine qui atterrit par un heureux hasard en pleine période de confinement : cela fait plus de trois ans que le service de médiation culturelle de l'institution parisienne planchait sur une initiative rafraîchissante capable d'attirer une autre audience, supposée n'avoir jamais mis les pieds à Beaubourg, et, surtout, de mettre un médium populaire prisé, le jeu vidéo, au service d'un patrimoine muséal exceptionnel - pour rappel, un fonds riche de plus de 113 000 oeuvres. Lors de la sortie de ce divertissement accessible gratuitement, le 24 avril dernier, Abdel Bounane, directeur créatif de Prisme7, n'a pas manqué de rappeler les enjeux : " Le jeu vidéo est l'une des dernières formes artistiques de notre culture, mais, paradoxalement, aucun jeu n'avait jusqu'à présent réussi à proposer une expérience artistique qui immerge dans le champ de l'art moderne et contemporain. " Quel " gameplay ", quelle " jouabilité ", pour cette création digitale inédite ? Les développeurs ont imaginé un jeu de plateforme, agencé selon six niveaux, amusant et pédagogique, disponible sur mobile (IOS/Android) et ordinateur (PC/Mac). Pour peu qu'il soit âgé de 12 ans, l'utilisateur fait la découverte de cet environnement virtuel, coimaginé par les agences de conception de jeux vidéo Bright et Game in Society, en pilotant un avatar qui apparaît à l'écran sous la forme d'une entité de molécules lumineuses que n'aurait pas renié Vassily Kandinsky - un détail qui n'en est pas un en ce qu'il s'agit d'une rupture significative par rapport aux codes habituels de nombreuses plateformes du genre, dominées par des représentations anthropomorphiques. L'organisme en question évolue, en collectant des " gemmes ", des sortes de petits cailloux, à travers différents univers déclinant des thématiques liées à la couleur et à la lumière. Après avoir surmonté des obstacles et réuni suffisamment de ces pierres virtuelles, le joueur accède aux dimensions plastiques et sensorielles des oeuvres de la collection du Centre Pompidou et se constitue son propre musée. Celui-ci ne manque pas de faire rêver les amateurs puisqu'il réunit des chefs-d'oeuvre aussi éclectiques que Five Angels for the Millennium de Bill Viola, New York City de Piet Mondrian, Peinture 202 x 453 cm, 29 juin 1979 de Pierre Soulages, Rotative demi-sphère de Marcel Duchamp de Man Ray ou encore le très puissant Rhinocéros de Xavier Veilhan. Au total, une quarantaine de pièces du musée sont intégrées dans le jeu qui propose une appropriation selon un schéma précis : observer, comprendre, déconstruire-hacker et créer à son tour. Loin d'être un simple décor dans lequel prennent place des oeuvres consacrées, Prisme7 se découvre comme le résultat d'un véritable processus de création signé par de véritables artistes du numérique. En témoigne également une bande-son que l'on doit à Ircam Amplify, filiale de l'Ircam (Institut de recherche et coordination acoustique/musique), mettant en avant les avancées actuelles en matière de design sonore. Verdict ? Une expérience aussi envoûtante que poétique. On notera sans surprise qu'une version spécifique du jeu a été imaginée à l'usage des enseignants afin d'en faire un outil pédagogique efficient. Si le Centre Pompidou a valorisé ses trésors sur la base d'un travail de longue haleine, d'autres structures ont retrouvé le chemin de leur collection d'une façon plus instinctive. En période de disette culturelle, le contenu des réserves s'avère vital pour engager un dialogue avec un public avide de nourritures spirituelles. Toujours en France, le réseau des Frac, ces Fonds régionaux d'art contemporain imaginés par Jack Lang au début des années 1980, mettent désormais en avant leurs collections via le hashtag LesFracChezVous. En période de confinement, l'opportunité est belle pour s'initier entre autres au précieux travail d'un Patrick Bouchain, architecte dont l'oeuvre tire sa légitimité du contexte et du dialogue avec l'usager. Et la Belgique ? Elle n'est pas en reste. Avec #Dansnoscollections, le Centre de la gravure et de l'image imprimée " emmène chaque jour à la découverte d'une, deux ou trois pièces " exhumées parmi 14 060 oeuvres répertoriées. Pour ce faire, l'institution de la Fédération Wallonie-Bruxelles se sert de réseaux sociaux tels que Facebook ou Instagram. Le résultat ? Il est par exemple possible de renouer, grâce à une légende inscrite sous la reproduction d'une planche extraite de la série Une succession, avec un pan du manifeste créatif de Pierre Alechinsky : " Une simple tache... La lire et lui faire dire quelque chose dont je ne sais rien d'avance. C'est de la maculée conception. " Le centre, situé à La Louvière, donne également à voir des estampes de Patrick Corillon, Marcel Broodthaers, Brunowski, James HD Brown, Edgard Tytgat, Roland Topor... Dans le même esprit, depuis fin mars, le CID au Grand-Hornu utilise sa page Facebook pour publier des contenus liés à ses anciennes expositions, autour des thématiques de la décroissance, du design et de l'air, des natures mortes... Le rapport avec les collections ? Nombre d'objets présentés, à l'instar de l'iconique tabouret Plopp du designer Oskar Zieta, ont rejoint les réserves du Centre d'innovation et de design hennuyer. A Charleroi, le BPS22 s'inscrit, lui, dans la lignée de ces partages via les réseaux sociaux. #MuseumAtHome - Regard sur une oeuvre permet au grand public de prendre la mesure de l'étendue d'une collection, celle du musée mais aussi celle de la Province de Hainaut, qui compte plus de 7 000 pièces. Deux fois par semaine, les équipes partagent leurs coups de coeur à la faveur d'une analyse toujours pertinente. On pense à la commissaire Nancy Casielles qui revient sur une impressionnante installation, à l'esprit très BPS22, de la Tournaisienne Laurence Dervaux. La quantité de sang pompée par le coeur humain en une heure et vingt-huit minutes, ceci à raison de sept mille litres de sang pompés en vingt-quatre heures (2003) se compose de 750 réceptacles en verre transparent remplis au total de 428 litres d'eau colorée rouge. Le tout pour un dispositif qui rend compte du nombre de litres de sang pompés par le coeur humain en 1 h 28 minutes.