Si l'exposition ne peut être considérée comme une rétrospective au sens classique du terme, l'importance des ensembles et des séries qui composent la collection du BPS22 suffit largement à rendre compte de la diversité et de l'ampleur du travail de Marthe Wéry, née à Etterbeek en 1930, et décédée en 2005. Son parcours biographique y apparaît comme en filigrane, au fil de ses expositions personnelles qui auront jalonné sa vie : on la suit ainsi de la Documenta 6 à Kassel (1977) au musée d'art moderne de la Ville de Paris (1991), de la Biennale de Venise (1982) à celle de São Paulo (1985), sans oublier deux installations maje...

Si l'exposition ne peut être considérée comme une rétrospective au sens classique du terme, l'importance des ensembles et des séries qui composent la collection du BPS22 suffit largement à rendre compte de la diversité et de l'ampleur du travail de Marthe Wéry, née à Etterbeek en 1930, et décédée en 2005. Son parcours biographique y apparaît comme en filigrane, au fil de ses expositions personnelles qui auront jalonné sa vie : on la suit ainsi de la Documenta 6 à Kassel (1977) au musée d'art moderne de la Ville de Paris (1991), de la Biennale de Venise (1982) à celle de São Paulo (1985), sans oublier deux installations majeures, l'une à Calais en 1995, l'autre sur le site de Tour & Taxis à Bruxelles, en 2001. C'est d'ailleurs autour de ces deux derniers ensembles que s'articule cette ambitieuse exposition carolo. Fort d'une vingtaine de tableaux de formats variables, l'ensemble Calais se disperse de façon impressionnante à la verticale du plus haut mur du BPS22, engendrant une composition spectaculaire de monochromes aux différents tons de bleu. Dans l'autre salle lui répond, en quelque sorte, l'ensemble montré à Tour & Taxis. Surprise : la douzaine de tableaux (des panneaux en aluminium peints de différentes couleurs et légèrement pliés en deux, comme incurvés) sont posés à même le sol. Ils créent une sorte de labyrinthe dans lequel se déplacer. Le visiteur occupe une position particulière, qui voit ici les peintures de haut et les domine, soit l'inverse de la salle précédente qui l'obligeait à lever le regard. Ces deux ensembles sont représentatifs des préoccupations de la peintre belge qui a très souvent articulé son oeuvre abstraite entre plans horizontaux et plans verticaux. Ce dès 1979, comme le montre la suite Tournai. De grandes feuilles de papier blanches et noires, teintées dans la masse, sont successivement accrochées au mur ou placées sur le sol, en un étroit dialogue. Une façon de procéder qui dénote aussi l'importance méconnue de l'architecture dans l'oeuvre de celle qui a notamment exposé de son vivant avec Agnes Martin ou Gerhard Richter. Si certaines de ces réalisations ont pu aboutir en partie (on pense aux vitraux du transept de la collégiale de Nivelles), d'autres sont restées au stade du projet, comme pour la station de métro Albert à Bruxelles. La question du plan aura donc toujours été une des préoccupations essentielles de Marthe Wéry, qui n'a cessé de l'expérimenter sur tous les supports qu'elle utilisa : le papier, la toile, les panneaux de bois ou de MDF et l'aluminium. Souvent présentés en polyptyques, ces supports déterminent des séquences où son subtil travail sur la couleur prend toute sa signification. Sans jamais renier totalement le noir et le blanc de ses débuts, Marthe Wéry s'est ensuite investie dans l'exploration des gammes chromatiques avec un raffinement et une sensibilité à l'image de sa personne, ce qui n'excluait pas la radicalité de son propos plastique. Peindre à la surface, réfléchir en profondeur... Marthe Wéry. OEuvres, recherches et documents dans les collections du BPS22, au BPS22, à Charleroi, jusqu'au 23 juillet prochain. www.bps22.bePAR BERNARD MARCELIS