1. Un esprit d'union nationale, vite !

Depuis juin 2007, date des dernières élections législatives fédérales, le pouvoir n'est plus qu'une pétaudière où le seul jeu est la politique des boules puantes. Rarement, dans l'histoire récente, la cohabitation entre ministres avait été aussi empoisonnée. Il faut, de toute urgence, sortir de cet esprit et tenter autre chose : une sorte d' " union nationale ". Et qu'importe si le futur gouvernement ne réunit pas tous les partis démocratiques : c'est un " esprit " que l'on réclame ici, et tout le monde, même l'opposition, devrait contribuer à le rendre positif. Les libéraux et les socialistes francophones, blessés jusqu'au sang, doivent faire taire leurs haines stratégiques. Les présidents du MR et du CDH, Didier Reynders et Joëlle Milquet, doivent renoncer à l'ironie et ranger les armes de destruction. Les chrétiens et les libéraux flamands, aussi. Tous devront se rapprocher, quoi qu'il leur en coûte, d'ici à la prochaine échéance électorale, en juin prochain. Et porter, ensemble, une stratégie de grande ampleur. A défaut, on sait trop bien à qui profiterait le chaos : aux extrémistes et aux populistes.
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Depuis juin 2007, date des dernières élections législatives fédérales, le pouvoir n'est plus qu'une pétaudière où le seul jeu est la politique des boules puantes. Rarement, dans l'histoire récente, la cohabitation entre ministres avait été aussi empoisonnée. Il faut, de toute urgence, sortir de cet esprit et tenter autre chose : une sorte d' " union nationale ". Et qu'importe si le futur gouvernement ne réunit pas tous les partis démocratiques : c'est un " esprit " que l'on réclame ici, et tout le monde, même l'opposition, devrait contribuer à le rendre positif. Les libéraux et les socialistes francophones, blessés jusqu'au sang, doivent faire taire leurs haines stratégiques. Les présidents du MR et du CDH, Didier Reynders et Joëlle Milquet, doivent renoncer à l'ironie et ranger les armes de destruction. Les chrétiens et les libéraux flamands, aussi. Tous devront se rapprocher, quoi qu'il leur en coûte, d'ici à la prochaine échéance électorale, en juin prochain. Et porter, ensemble, une stratégie de grande ampleur. A défaut, on sait trop bien à qui profiterait le chaos : aux extrémistes et aux populistes. La nouvelle paralysie politique est nuisible pour notre économie. Depuis le mercredi 24 décembre, l'Etat fédéral a adopté le principe dit des " douzièmes provisoires ", qui lui évitera d'être en rupture de paiement (des fonctionnaires et des fournisseurs) dès les premiers jours de 2009. En raison de la crise, le budget de l'année à venir n'a pu être voté au Parlement. Tout comme les mesures qui concrétisent le " plan de relance " décidé voici quelques semaines. Enfin, les premières dispositions de l'accord interprofessionnel signé par le patronat et les syndicats - la bible qui servira de référence pour de nouvelles négociations dans les secteurs d'activité et les entreprises - devraient entrer en application dès le 1er janvier. Mais il faut pour cela qu'un " vrai " gouvernement soit à la barreà Voici pour les urgences du moment. Salaires, pouvoir d'achat, soutien de l'activité économique. Si les partis au pouvoir déçoivent sur ce terrain-là, aussi, ils perdront à coup sûr les élections de juin prochain. Ce qu'il faut : appliquer ce qui a été décidé, établir un tableau de bord des mesures à prendre pour passer au mieux le cap de la récession, anticiper les restructurations, faillites et délocalisations qui semblent inscrites dans les astres. Un sursaut d'ambition ? On se prend à rêver. Ce n'est pas gagné : à la Noël, les leaders politiques glosaient encore sur le qualificatif à donner au nouveau gouvernement. " Travailliste " ou " libéral ". Fichues rivalitésàCe qui mine la classe politique, ce sont les sondages et leurs trompeurs concours de beauté. Depuis le découplage des élections fédérales et régionales, tout n'est que tactique et positionnements. Ce n'est pas avec ça que l'on forcera le destin. Donc, il faut " recoupler ", une fois pour toutes, les élections. La chute du gouvernement Leterme nous en donne l'occasion, il serait fou de la laisser passer. Le 7 juin 2009 se tiendront des élections régionales et européennes : profitons-en pour prononcer l'acte de décès du gouvernement héritier de celui de Leterme, et sollicitons le vote des électeurs pour tous les niveaux de pouvoir. Après ça, on sortirait de la campagne électorale permanente, motivée par des scrutins qui se succèdent à une cadence infernale (2003, 2004, 2006, 2007 et 2009 !). De cette manière, l'équipe suivante aura quatre ans devant elle pour mener à bien les chantiers les plus délicats. Quatre ans pour donner une chance à l'avenir de la Belgique, ce n'est pas trop. C'est le sujet miné par excellence : tout le monde est bien conscient qu'il faudra réaliser une réforme de l'Etat et pacifier le terrain communautaire si l'on veut donner une toute petite chance de succès au successeur de Leterme. Mais quand ? Voilà toute la question. Avant les élections du 7 juin 2009 ? Après ? Les partis démocratiques flamands tremblent à l'idée de prendre une belle claque électorale au printemps prochain s'ils n'ont engrangé aucune avancée concrète, et ce au profit des partis nationalistes. Mais ils savent également que la proximité d'un scrutin n'a précisément jamais été le meilleur moment pour avancer sereinement sur ces dossiers explosifs, qui exigent d'être débarrassés des contingences électorales. Donc, on plaide pour l'ajournement. Il ne faudrait que cinq minutes de courage politique, de la part des partis nordistes, pour oser le dire tout haut. Le gouvernement Leterme est tombé au pire moment pour Fortis, où 25 000 employés sont vissés à leur poste de radio depuis des mois et où des cohortes d'actionnaires attendent un hypothétique dédommagement. Le nouvel exécutif doit en terminer avec cette saga infernale. Mais comment écarter pareille épée de Damoclès, fatale à Yves Leterme ? Il faut répondre à des objectifs apparemment contradictoires : boucler les opérations de vente de Fortis (ou oser toute autre solution qui lui assurerait un avenir) tout en calmant l'ardeur des petits actionnaires, farouches opposants de la première heure. Au nom du gouvernement sortant, Didier Reynders a laissé entendre qu'une négociation était envisageable ; le patron de BNP Paribas a refermé aussitôt la porte, refusant de payer davantage ; l'Etat néerlandais se fiche de tout ça et les défenseurs des actionnaires ne cachent décidément pas leur gros appétit. Fameuse quadrature du cercle, dirait-on. Le nouveau gouvernement ne maîtrisera ni l'agenda nià le cours de la justice. Seul un Premier ministre subtil, imaginatif et autoritaire pourra surmonter l'obstacle. Ce qu'on lui demande, c'est de définir une vraie stratégie et de s'y tenir. Communiquer habilement serait un plus. Si la kyrielle d'acteurs concernés sentent qu'il y a désormais un pilote dans l'avion, la pagaille pourrait s'achever en douceur. I. Ph. et Ph.E.