Cachés dans les décombres de la ville martyre, deux hommes se font face, se cherchant du regard à travers le viseur d'un fusil. Le plus jeune porte l'uniforme russe et s'appelle Vassili Zaitsev. Ce tireur d'élite est devenu le héros médiatique d'une bataille décisive, en cet automne de l'année 1942. Il est la vedette dont une propagande bien rodée a fait un exemple pour tous. Après avoir trucidé une foule d'officiers allemands, démoralisant l'ennemi en même temps qu'il galvanisait les siens, Vassili affronte le tireur émérite que Hitler a envoyé tout spécialement pour l'abattre. Et la guerre de tourner au duel, dans le décor dantesque d'un Stalingrad écrasé sous les bombes et où les hommes se battent rue par rue, maison par maison...
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Cachés dans les décombres de la ville martyre, deux hommes se font face, se cherchant du regard à travers le viseur d'un fusil. Le plus jeune porte l'uniforme russe et s'appelle Vassili Zaitsev. Ce tireur d'élite est devenu le héros médiatique d'une bataille décisive, en cet automne de l'année 1942. Il est la vedette dont une propagande bien rodée a fait un exemple pour tous. Après avoir trucidé une foule d'officiers allemands, démoralisant l'ennemi en même temps qu'il galvanisait les siens, Vassili affronte le tireur émérite que Hitler a envoyé tout spécialement pour l'abattre. Et la guerre de tourner au duel, dans le décor dantesque d'un Stalingrad écrasé sous les bombes et où les hommes se battent rue par rue, maison par maison...Vassili Zaitsev a réellement existé. Son adversaire nazi est une invention du nouveau film de Jean-Jacques Annaud, Stalingrad. Le mélange de vérité historique et de licence romanesque est constant dans cette réalisation puissante, tirant une part de son inspiration du genre westernien et de ce que le cinéaste désigne comme "le mythe de l'homme seul". Avec, derrière les fusils, Jude Law (Vassili) et Ed Harris (le major König), sans doute les acteurs les plus charismatiques de leur génération respective, le combat singulier prend une intensité fascinante. Et ce film, qu'auraient pu signer un Sergio Leone (avec l'ironie en plus) ou un Sam Peckinpah (avec le cynisme blessé en prime), ne manque pas d'allure. Si une intrigue sentimentale maladroitement traitée, triangle amoureux entre Vassili, le commissaire politique qui bâtit son mythe, et une jeune femme soldat, ne venait déforcer l'ensemble, on pourrait même classer Stalingrad parmi les oeuvres les plus marquantes du réalisateur de L'Ours et du Nom de la rose. Au bout de l'émotion"J'ai voulu faire ce film pour libérer la bête, explique le cinéaste français. Après m'être imprégné, pour mon film précédent, Sept Ans au Tibet, d'une culture tibétaine prônant la non-violence, j'ai ressenti le besoin de me plonger dans une des situations les plus violentes qu'ait connues le XXe siècle: cette bataille de Stalingrad, où 5 000 hommes et femmes furent tués, en moyenne, pendant chacun des 180 jours qu'elle dura, où l'espérance de vie d'un officier était de cinq jours et celle d'un simple soldat de un jour seulement..." Réaffirmant sa constante passion de "comprendre la nature humaine", Annaud a beaucoup lu sur la sanglante bataille qui vit, pour la première fois durant la guerre, les troupes du IIIe Reich reculer et, même, capituler. "Les émotions que j'y ai rencontrées n'étaient pas très "françaises", elles étaient viscérales, et c'est cet aspect organique, immédiat, que je me suis donné pour but d'exprimer dans mon film." Stalingrad s'ouvre sur un prologue extraordinaire de force et d'impact réaliste, certainement pas indigne de celui filmé par Spielberg dans Il faut sauver le soldat Ryan. Annaud dit avoir écrit cette scène avant que son collègue ne tourne la sienne, mais peu importe, en fait. Ce qui compte est, bien sûr, l'effet qui nous entraîne, pour ainsi dire physiquement, au coeur même de l'horreur et de la tourmente. Si Stalingrad nous défie, selon les termes de son réalisateur, à "accepter d'aller au bout de l'émotion", il n'en adopte pas moins une certaine distance intellectuelle dans sa manière d'aborder le thème de l'héroïsme et de sa mise en exergue par la machine médiatique. "Vassili Zaitsev est devenu un héros en neuf jours!" s'exclame Jean-Jacques Annaud. "Il était jeune, beau, il possédait un talent individuel mis au service de la cause collective: la propagande ne pouvait rêver mieux", conclut celui dont le deuxième - et très bon - film, Coup de tête (avec Patrick Dewaere), exposait déjà, dans le contexte évidemment plus léger du football, la fabrication d'un héros... Louis Danvers