Après avoir suivi les cours de l'Académie de Bruxelles, Alfred Stevens émigre à Paris où il s'établit en 1852. Il devient rapidement une des personnalités les plus en vue de la scène artistique, fréquentant entre autres Manet, Degas et Baudelaire. Ses débuts sont hésitants. Il oscille entre la peinture historique et des £uvres trempées de réalisme évoquant les drames sociaux de son époque. Ce qu'on appelle le vagabondage, portrait bouleversant d'une mère et de ses enfants en bas âge emmenés par des soldats pour délit de mendicité, en est un parfait exemple. Mais le Stevens observateur de la misère...

Après avoir suivi les cours de l'Académie de Bruxelles, Alfred Stevens émigre à Paris où il s'établit en 1852. Il devient rapidement une des personnalités les plus en vue de la scène artistique, fréquentant entre autres Manet, Degas et Baudelaire. Ses débuts sont hésitants. Il oscille entre la peinture historique et des £uvres trempées de réalisme évoquant les drames sociaux de son époque. Ce qu'on appelle le vagabondage, portrait bouleversant d'une mère et de ses enfants en bas âge emmenés par des soldats pour délit de mendicité, en est un parfait exemple. Mais le Stevens observateur de la misère humaine va vite délaisser les mains tendues pour de petites mains délicates qui n'attendent qu'un baiser. En effet, le peintre s'oriente vers la représentation de scènes d'intimité féminine dans lesquelles la bourgeoise du second Empire occupe une place prépondérante, pour ne pas dire unique. Des sujets à l'eau de rose mettant en scène une belle émue par sa lecture, se regardant dans un miroir ou encore représentée dans son rôle confiné de maîtresse de maison. Nulle effervescence, mais des tableaux où ne règnent que luxe, calme et volupté. Le manque d'action et l'immobilité de certaines trahissent néanmoins un sentiment de solitude et d'ennui profond. Le rendu irréprochable d'un bibelot exotique ou d'une splendide étoffe au motif chamarré est tel que l'on peut légitimement se demander si la femme n'est pas seulement prétexte à exercer sa virtuosité. Fait étonnant, ces belles si distinguées étaient souvent des filles choisies sur les trottoirs de Paris. Une fois apprêtées, elles posaient dans des salons fastueux. Peu importe ! Ces jolies Parisiennes vont assurer son succès. Ses tableaux se vendent à prix d'or. Conscient d'avoir avec ses sujets féminins de belles perspectives financières, Alfred Stevens exploite le filon jusqu'à la corde. Mais son train de vie excessif, dont il sous-estimait probablement la démesure, le mènera à la ruine. Fort heureusement, le " Flamand qui est plus parisien que tous les Parisiens " peut compter sur la générosité de ses amis. Mais le désastre n'est pas uniquement d'ordre financier... Obnubilé par son fonds de commerce, jusqu'alors très lucratif, le peintre ne s'engage pas dans l'aventure impressionniste. Choix regrettable : cette profonde révolution picturale aura tôt fait de reléguer Alfred Stevens parmi les has been de l'époque. Le rose bonbon et les sujets édulcorés plaisent toujours aux riches dames, mais le succès des premiers temps s'est clairement essoufflé. Envoyé à la mer pour raisons de santé, l'artiste se tournera enfin vers la production de marines. Fruit d'une coopération avec le Van Gogh Museum d'Amsterdam, l'exposition bruxelloise rassemble quelque 100 tableaux venus du monde entier et aborde toute la variété de cet artiste qui a su, comme aucun autre, capter l'atmosphère feutrée de ces salons huppés. Exposition Alfred Stevens, Musées royaux des beaux-arts de Belgique, 3, rue de la Régence, 1000 Bruxelles. Jusqu'au 23 août 2009. www.fine-arts-museum.be Gwennaëlle GribaumontStevens ratera l'aventure impressionniste