Au printemps 2017, un petit coup de tonnerre éclatait dans le secteur de la danse contemporaine belge: le chorégraphe et danseur d'origine slovaque Anton Lachky passait au jeune public. Cartoon, sa première création destinée spécialement aux enfants, allait faire un... carton, décrochant notamment le prix de la ministre de la Culture Alda Greoli aux Rencontres professionnelles de Huy. Anton Lachky a persisté dans cette voie avec Ludum en 2019 et aujourd'hui Les Autres, dont la gestation a été évidemment perturbée par le coronavirus mais qui rencontre cet été le grand public (1).
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Au printemps 2017, un petit coup de tonnerre éclatait dans le secteur de la danse contemporaine belge: le chorégraphe et danseur d'origine slovaque Anton Lachky passait au jeune public. Cartoon, sa première création destinée spécialement aux enfants, allait faire un... carton, décrochant notamment le prix de la ministre de la Culture Alda Greoli aux Rencontres professionnelles de Huy. Anton Lachky a persisté dans cette voie avec Ludum en 2019 et aujourd'hui Les Autres, dont la gestation a été évidemment perturbée par le coronavirus mais qui rencontre cet été le grand public (1). "A un niveau inconscient, peut-être qu'être devenu père a joué un rôle dans le fait de commencer à créer pour le jeune public, explique-t-il par rapport à ce virage. Je m'intéresse à ce à quoi les enfants sont exposés. Quelles informations leur donne-t-on et sous quelles formes? Avec quelles esthétiques, quel genre de sensations, quelle douceur? Parce qu'un cadeau, ce n'est pas la même chose si on l'offre emballé dans du plastique ou dans un beau morceau de tissu." Pour Anton Lachky, la danse remonte à l'enfance. C'est à 5 ans qu'il s'initie aux danses folkloriques, dans la compagnie Maly Vtacnik, en Slovaquie. Il entre ensuite au conservatoire de Banska Bystrica avant de continuer sa formation à l'université de Bratislava. Mais son rêve est d'entrer à Parts, l'école de la chorégraphe Anne Teresa De Keersmaeker à Bruxelles. Avec trois amis danseurs qu'il connaît depuis des années, Milan Herich, Peter Ja?ko et Milan Tomá?ik, ils décident de passer l'audition ensemble, et sont pris tous les quatre! Anton Lachky a alors 20 ans. "Je pense que déménager à l'étranger quand on est jeune, c'est toujours un choc, raconte-t-il. Mais venir à quatre, ça facilitait les choses. Et puis, on arrivait dans une sorte de bulle: à l'école, vous êtes entouré par des gens qui ont les mêmes centres d'intérêt. Je ne suis resté qu'un an à Parts, mais ça a été une très bonne expérience. Et c'est aussi là que j'ai rencontré ma femme, Eleonore." Après une tournée intense de deux ans dans le spectacle Ma d' Akram Khan, le chorégraphe anglais originaire du Bangladesh connu pour son mélange énergique de danse contemporaine et de kathak indien, Anton Lachky rentre à Bruxelles et y fonde avec ses trois compères et Martin Kilvády, membre de la compagnie Rosas d'ATDK, une compagnie, Les SLovaKs. Un nom qui n'est pas tant un étendard de leur provenance qu'une dénomination préexistante. "On était toujours en groupe et les gens nous appelaient comme ça: " Tiens, les Slovaques sont là! " On a juste repris le terme." Il y aura Opening Night, grand succès créé en 2006 et qui tournera plusieurs années, Journey Home en 2009, puis Fragments en 2012. Mais Anton Lachky se rend compte qu'il est temps pour lui de dépasser les nécessaires compromis qu'exige le travail en collectif et de tracer sa voie de chorégraphe en solo. "En réalité, depuis le début, j'essaie toujours de faire des spectacles qui sont accessibles à tous, déclare-t-il rétrospectivement par rapport aux six créations sous son nom à ce jour. Si je crée un spectacle pour les adultes, je considère que les enfants doivent pouvoir le voir, et inversement. Sauf pour Side Effects, qui était vraiment destiné aux plus de 16 ans." Et effectivement, pour avoir assisté à une représentation scolaire des Autres à la Raffinerie, on peut affirmer qu'enfants et adultes y prennent autant de plaisir, à différents niveaux de lecture. Sur un fond immaculé et une bande-son de musique classique mêlant entre autres des extraits du Peer Gynt de Grieg, du Bach et du Puccini, les personnages des quatre danseurs - Evelyne de Weerdt, Dunya Narli, Nino Patuano et Lewis Cooke - sont introduits par la voix d'Eleonore Valère-Lachky: ils sont les quatre habitants d'un monde clos, "complètement plat, complètement vide", où tout est en plastique. Mais ils savent que dans le mur de la frontière interdite, un trou invisible peut leur donner accès au monde extérieur. Une fable qui résonne bien sûr avec la sensation d'enfermement du confinement que nous avons tous traversé, mais aussi avec les questions écologiques qui se posent à une humanité détachée de son environnement. Un thème essentiel pour la compagnie d'Anton Lachky, qui essaie dans sa propre organisation de travailler de la façon la plus durable possible - pas de voyages en avion, des collaborations "locales" avec des artistes établis en Belgique, des packs zéro déchet pour les tournées... Tout cela dans une danse où, en fonction des spécificités des interprètes, la grâce côtoie la prouesse acrobatique, la légèreté du ballet classique alterne avec la puissance du hip-hop, mais toujours avec une précision et une vitesse d'exécution redoutables. On en prend plein la vue. Une porte d'entrée idéale dans l'univers toujours plus métissé de la danse contemporaine.