En décrétant la fin de l'enseignement secondaire et universitaire en français, qui sera désormais dispensé exclusivement en anglais, le pouvoir rwandais ne fait que confirmer son rejet de tout ce qui rappelle la France et l'ancien régime. Or le français est langue officielle du Rwanda, au même titre que l'anglais et le kinyarwanda. La ministre de l'Education Daphrose Gahakwa a justifié cette mesure par la volonté du Rwanda d'adhérer au Commonwealth, qui regroupe 53 Etats anglophones, semblant oublier qu'il fait toujours partie de la Francophonie (même si le président Kagame n'assiste plus à ses sommets).
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En décrétant la fin de l'enseignement secondaire et universitaire en français, qui sera désormais dispensé exclusivement en anglais, le pouvoir rwandais ne fait que confirmer son rejet de tout ce qui rappelle la France et l'ancien régime. Or le français est langue officielle du Rwanda, au même titre que l'anglais et le kinyarwanda. La ministre de l'Education Daphrose Gahakwa a justifié cette mesure par la volonté du Rwanda d'adhérer au Commonwealth, qui regroupe 53 Etats anglophones, semblant oublier qu'il fait toujours partie de la Francophonie (même si le président Kagame n'assiste plus à ses sommets). Faut-il y voir " une volonté d'effacer les traces du passé afin de permettre à une minorité de conserver indéfiniment la mainmise sur le pays ", comme l'analyse un opposant ? Une chose est sûre : plus on s'approche du pouvoir, aux mains des anciens exilés tutsi revenus d'Ouganda, plus on parle anglais. " Il ne fait plus bon parler français ici ", témoignent les expatriés francophones. D'ailleurs, les nouveaux parrains se nomment Washington et Londres, qui ont évincé Paris et Bruxelles. Entre la France et le Rwanda, le torchon brûle depuis 1994. Paris est accusé d'avoir soutenu l'ancien régime, tandis que la justice française accuse Kagame et son entourage d'avoir abattu l'avion de son prédécesseur Juvénal Habyarimana, un événement qui déclencha le génocide. Les relations diplomatiques sont rompues depuis 2006. Le président Kagame, qui affirme pourtant faire la différence " entre le peuple français et ceux qui ont soutenu les injustices dans mon pays ", a renoncé à apprendre le français. Du coup, on se donne le mot. Pour se faire bien voir (ou par crainte ?), des fonctionnaires qui connaissent parfaitement la langue de Molière insistent aujourd'hui pour qu'on leur parle uniquement en anglais. Certains Rwandais zélés ont même changé leur adresse électronique " yahoo. fr " en " yahoo. com ". Le coup de balai antifrançais atteint indirectement la Belgique, l'ancienne métropole qui a introduit le français au Rwanda, et qui remplit à présent le rôle ingrat d'y représenter les intérêts de la France. Certains Rwandais " francophones " ont toutefois une autre analyse : " Pour nous, la langue n'est qu'un outil. Vos histoires de francophonie ne nous concernent pas ", témoigne Aimable, journaliste, qui rappelle que la première langue du pays reste le kinyarwanda. Il réfute la prétendue " chasse au français " : " L'avancée de l'anglais, c'est la loi du marché, rien de plus. Et le marché qui compte pour le Rwanda, c'est l'Afrique de l'Est, anglophone. " Et non la Communauté économique des pays des Grands Lacs (CEPGL, avec le Burundi et le Congo francophones), que les Belges tentent vainement de ressusciter. Faustin Kagame, conseiller du président (sans lien de parenté avec lui), enchaîne : " On parle de plus en plus anglais, mais dans le même temps, le nombre de locuteurs du français a augmenté, car davantage d'élèves fréquentent l'école. "N'empêche, avec la récente mesure, la courbe va s'inverser. Lors d'une récente visite dans une école primaire, Kagame a tenté de démontrer l'inutilité du français : " En Europe, seuls trois pays l'utilisent, leur a-t-il lancé. Partout ailleurs, personne n'aura de temps à vous consacrer si vous parlez français. " On ne sait s'il tiendra le même discours arrogant le jour où il devra accueillir Marie-Dominique Simonet, ministre des Relations internationales de la Communauté française... Est-ce parce que cette dernière appellation fait tiquer certains fonctionnaires non initiés à Kigali ? Toujours est-il que sa première visite au Rwanda se fait attendre depuis de longs mois. Et, aux dernières nouvelles, ne serait même plus à l'agenda. François Janne d'Othée