de dorothée klein
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de dorothée kleinBarack Obama était le candidat improbable : voici un an, ce quadragénaire inexpérimenté passait pour un poids plume de la politique, à côté des vétérans John McCain et Hillary Clinton. Une célèbre éditorialiste américaine, Maureen Dowd, l'avait même surnommé " Obambi ". La donne a changé, notamment à cause de - oserait-on écrire " grâce à " ? - la crise financière, et ce 4 novembre, les Américains ont porté Obama à la Maison-Blanche. L'abstention a nettement diminué aux Etats-Unis. Et, dans le reste du monde, cette élection a suscité un engouement sans précédent. C'est un message d'espoir : les citoyens se passionnent encore pour la politique, quand les enjeux sont clairs. En préférant Obama à McCain, les Américains ont tourné la page de " la pire présidence de l'histoire américaine ", selon le New York Times. Les deux mandats de George W. Bush ont été marqués par les guerres d'Irak et d'Afghanistan, par la crise des subprimes résultant d'un libéralisme sauvage, par une inertie coupable face au réchauffement climatique, etc. Les Américains viennent d'éviter le scénario catastrophe : un repli identitaire sur les valeurs les plus conservatrices incarnées par la colistière du républicain McCain, Sarah Palin, qui s'est déclarée contre l'avortement et pour le droit de chacun à détenir des armes à feu. L'obamania est portée par la conscience de vivre un moment historique. Les quartiers noirs du South Side chicagolais, où Obama fut travailleur social, ne s'y sont pas trompés. Leur liesse exprime l'espoir qu'enfin la fracture raciale commence à se combler. A l'échelle du pays, il n'y a pas eu d'effet Bradley, du nom de ce candidat noir au poste de gouverneur de la Californie en 1982, donné largement gagnant dans les sondages, mais finalement battu par son rival blanc. Le nombre de " racistes honteux " a manifestement diminué. Bien sûr, il a sans doute été plus facile pour les Américains d'élire un métis qui, contrairement à l'immense majorité des Noirs américains, ne descend pas d'esclaves. Ce 44e président des Etats-Unis ne renvoie pas son pays à son douloureux passé de servitude forcée et de ségrégation. Il " cadre " avec l'American dream, comme le note Pap Ndiaye, historien et spécialiste des populations noires aux Etats-Unis et en France. Alors que son épouse, Michelle, revendique une forme d'identité afro-américaine plus " combattante ". Elle s'est faite discrète pendant la campagne, pour ne pas effrayer une partie des électeurs blancs. Et la société américaine reste profondément inégalitaire. Le fossé entre riches et pauvres s'est même creusé ces dernières années. Etre " black " aux Etats-Unis demeure un handicap social. Mais nous sommes bien mal placés pour donner des leçons. Favorise-t-on l'éclosion d'un Obama belge ? Sous la précédente législature, la désignation de Gisèle Mandaila (MR) au poste de secrétaire d'Etat à la Famille était de la pure " com' " : une femme-alibi à un poste-gadget. Le soutien quasi unanime de nos politiques belges à Obama n'est donc pas exempt d'hypocrisie.