Le 17 août dernier, Donald Trump a affirmé avoir construit l'économie " la plus formidable de l'histoire " et a conclu devant ses supporters : " J'ai demandé à Dieu si j'avais fait du bon travail. Je lui ai dit que j'étais le seul à pouvoir faire ça et il m'a répondu que je n'aurais pas dû le lui dire, ajoutant que j'allais devoir recommencer. " Au vu des dizaines de millions d'emplois perdus aux Etats-Unis à la suite de la crise de la Covid, on doute de l'éclatante santé de l'économie américaine, mais cette phrase, si on l'applique au racisme, prend encore plus de sens. Oui, Dieu peut dire aujourd...

Le 17 août dernier, Donald Trump a affirmé avoir construit l'économie " la plus formidable de l'histoire " et a conclu devant ses supporters : " J'ai demandé à Dieu si j'avais fait du bon travail. Je lui ai dit que j'étais le seul à pouvoir faire ça et il m'a répondu que je n'aurais pas dû le lui dire, ajoutant que j'allais devoir recommencer. " Au vu des dizaines de millions d'emplois perdus aux Etats-Unis à la suite de la crise de la Covid, on doute de l'éclatante santé de l'économie américaine, mais cette phrase, si on l'applique au racisme, prend encore plus de sens. Oui, Dieu peut dire aujourd'hui que Trump a fait du " bon " travail et qu'il peut par conséquent recommencer. Dont acte : quatre mois après l'assassinat de George Floyd, Jacob Blake, 29 ans, est victime de sept balles dans le dos tirées par la police. Aujourd'hui paralysé, il dit au monde, depuis son lit d'hôpital : " Il faut changer nos vies [...] nous pouvons être solidaires. " La rentrée littéraire aligne des titres d'auteurs afro-américains, dont Margaret Wilkerson Sexton ou Colson Whitehead avec Nickel Boys, son deuxième prix Pulitzer. A la génération précédente, sans les citer tous, on peut relire Richard Wright, Ralph Ellison, Alice Walker, Toni Morrison ou James Baldwin. Les romans de Baldwin scrutent les liens entre Noirs et Blancs dans une Amérique dont il se sentait profondément citoyen tout en dénonçant qu' " aucune autre nation dans le monde n'a été aussi lisse, aussi opulente, aussi protégée, aussi irresponsable et aussi morte ". Ce visage-là de la nation américaine, celui qui la dirige aujourd'hui l'incarne parfaitement et le fera peut-être encore longtemps. En attendant le résultat des urnes, il est urgent de s'emparer d'un bref essai dont le titre prophétise ce que vivent les Américains : La Prochaine fois, le feu. Ce pamphlet publié en 1963 annonce " les débuts de la lutte mondiale entre Noirs et Blancs " et souligne " le rôle historique de la chrétienté dans le domaine du pouvoir, c'est-à-dire en politique et dans le domaine moral ". Des pages à la fois ramifiées et limpides, qui intègrent bien d'autres angles d'approche, de l'imbécillité du manichéisme au salut par l'ironie, du jazz & blues au " sens du bonheur " des descendants d'esclaves, de l'insoutenabilité de la persécution au rappel que " le temps vient à bout des royaumes ". Il reste que, quarante-sept ans plus tard, " Dieu devenu blanc ", selon les mots de Baldwin, a plus que jamais bon dos, mis en scène, ou plutôt en pantalonnade, par Trump. Baldwin aurait-il pu imaginer qu'une telle caricature dirige ce pays qu'il aimait furieusement ? Pire, qu'il pourrait " recommencer " ? Non, sans doute, mais il y a soixante ans il nous a avertis : " Nous voilà au milieu de la courbe, pris au piège dans le plus voyant, le plus coûteux et le plus invraisemblable toboggan que le monde ait connu. Il nous faut agir maintenant pour faire de notre pays un vrai pays et changer le cours de l'histoire. " Faute de quoi, c'est cette fois-ci, le feu.