On dit que le président français Nicolas Sarkozy vous consulte régulièrement...
...

On dit que le président français Nicolas Sarkozy vous consulte régulièrement... On dit tellement de choses. Il est vrai que nous avons été, dans le passé, très liés. Mais, aujourd'hui, nos rapports sont, bien entendu, ceux qu'il désire qu'ils soient. Etiez-vous intime avec les autres locataires de l'Elysée ? Mes relations avec le président Giscard d'Estaing ont toujours été bonnes. Il m'invitait de temps en temps à l'Elysée. Je n'avais pas de relations significatives avec les présidents Chirac et Mitterrand. Le libéral que vous êtes apprécie-t-il l'interventionnisme - le dirigisme, disent certains ? Nous vivons une époque révolutionnaire où ce sont les gouvernements de droite qui mènent une politique de gauche, par exemple en nationalisant le crédit. Il est donc très difficile de déterminer qui est de droite et qui est de gauche. De toute façon, les interventions des Etats étaient nécessaires. Les banquiers ont-ils pris trop de risques ? On ne peut pas parler " des " banquiers en général. En revanche, on peut constater que beaucoup d'entre eux ont commis, depuis des années, trop d'excès : certaines banques ont favorisé les investissements à caractère spéculatif plutôt que ceux d'intérêt général, propres à développer l'économie. Chez Generali, nous nous sommes abstenus de nous intéresser, de quelque manière que ce soit, à ces produits toxiques auxquels, personnellement, je ne comprends rien. Y a-t-il eu trop de sophistication financière ? Le plus grave a été de permettre de financer des opérations à effet de levier sans s'assurer de la capacité des emprunteurs à pouvoir rembourser. Avant la crise, on vous reprochait votre " gestion conservatrice ", d'être un " financier à l'ancienne ". Aujourd'hui, vous bichezàLe 26 avril 2008, lors de la dernière assemblée générale des actionnaires de Generali, j'ai dû me battre pendant neuf heures avec les représentants du fonds activiste Algebris et son responsable, Davide Serra, qui me reprochaient toutes sortes de choses et, en particulier, de ne pas mener une gestion financière moderne. Mais, en fin de compte, je suis toujours là et, eux, je ne sais pas où ils sont ! Quel est l'impact de la crise sur Generali ? Le chiffre d'affaires pour 2008 est satisfaisant, mais les provisions techniques ont subi, nécessairement, les conséquences de la chute des marchés boursiers. Vous sortez tout de même de la crise sans trop de dommages. Allez-vous profiter de votre avantage pour vous renforcer ? Les périodes de crise offrent toujours des opportunités, encore faut-il avoir les moyens de financer les acquisitions éventuelles. La crise va-t-elle durer ? Je vais vous faire la même réponse que lors d'un récent forum, à Evian : " Quand tout vaudra zéro, la crise finira d'elle-mêmeà " Plus sérieusement, je pense que, les Etats fournissant aux banques les liquidités nécessaires pour financer les entreprises, une certaine reprise de l'économie devrait intervenir assez rapidement. Pour ce qui est de la crise financière, ce sera beaucoup plus long, car les sociétés qui détiennent d'importantes quantités de produits toxiques, acquis à prix élevés, devront apurer leur situation, et cela prendra plusieurs années. D'une manière générale, je considère que les propos pessimistes concernant cette crise sont très excessifs. Lorsque les fonds de private equity et les hedge funds auront cessé de vendre leurs actifs, les marchés repartiront nécessairement. Vous avez déjà traversé bon nombre de crises. En quoi celle-ci est-elle plus inquiétante ? Je ne vois pas pourquoi cette crise est considérée comme plus inquiétante. Certains ont décrété qu'elle était d'une gravité extrême, ce qui a eu pour effet de démoraliser les investisseurs, alors que, pour remonter les courants, il vaut mieux donner de l'espoir. Un facteur qui me rend optimiste : depuis quelque temps, le dollar se raffermit. Pour qu'une monnaie rémunérée à taux zéro puisse se revaloriser, il faut une assez large croyance dans la réussite de la relance américaine. Cette crise est-elle singulière ? Ce n'est pas la première fois que les marchés s'effondrent. Mais cette crise-là n'était pas inéluctable. Elle a été fabriquée de toutes pièces, je le répète, par des financiers imprudents ou incompétents ou âpres. A l'été 2007, il était encore de bon ton d'attaquer la politique monétaire du président de la Banque centrale européenne. Je me suis permis de dire que ce n'était pas le sujet et que c'était l'excès de l'usage de l'effet de levier par les banques qui risquait d'engendrer une crise. Quelles sont les réformes prioritaires que doit lancer, le 2 avril, le prochain G 20 ? Il faut d'abord que les banques soient obligées d'appliquer certains ratios quand elles consentent des crédits. En particulier, de s'assurer du pourcentage que représente le montant du prêt par rapport aux capitaux propres de l'emprunteur. Il faut aussi réguler les marchés à terme et surveiller très sévèrement les hedge funds, qui sont des éléments destructeurs de l'économieàPendant toute votre carrière, vous avez jonglé avec les milliards. Avez-vous amassé des millions ? Mais non ! Mais non ! Tout le monde le croit, mais ce n'est pas vraiàQu'est-ce qui vous a motivé ? Le pouvoir, l'influenceàC'est le challenge. Avoir un objectif et le mener à bien. Savoir, ensuite, si on va me donner ou pas un paquet de bonbons, je m'en fous. Votre plus beau challenge ? Ils ont tous leurs caractéristiques. Mais Generali est un beau challenge, non ? J'ai pris les commandes d'une compagnie en difficulté, qui, aujourd'hui, est redevenue une société très prestigieuse. Vous êtes un grand ami du patriarche de Venise, vous avez eu l'occasion de rencontrer Jean XXIII et d'être reçu par Jean-Paul II. Que pensez-vous de la décision de Benoît XVI de lever l'excommunication des évêques intégristes, et de Mgr Richard Williamson, en particulier ? Je préfère penser qu'il n'avait pas anticipé l'impact que cette affaire pouvait avoir dans le monde. Jean XXIII et Jean-Paul II étaient de véritables messagers de Dieu. Mais je n'ai pas à juger ce que fait l'Eglise catholique. Ce que je peux imaginer, c'est que beaucoup de personnes, dans la hiérarchie catholique et ailleurs, ne sont pas d'accord avec cette décision.Propos recueillis par Bruno abescat photos : jean-paul guilloteau/le vif/l'express