C'est une déferlante d'innovations et de mutations de notre vie quotidienne qu'est en train de déclencher l'écran tactile nomade avec ses technologies intuitives et les innombrables applications - dites " Apps " ! - assimilées par leurs concepteurs à une nouvelle ruée vers l'or digital. Cap sur le futur immédiat.
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C'est une déferlante d'innovations et de mutations de notre vie quotidienne qu'est en train de déclencher l'écran tactile nomade avec ses technologies intuitives et les innombrables applications - dites " Apps " ! - assimilées par leurs concepteurs à une nouvelle ruée vers l'or digital. Cap sur le futur immédiat. Aéroport de Bruxelles-National,8 heures du matin, porte d'embarquement 53. Laptops aux genoux, deux cols blancs débattent des scores trimestriels de leurs entreprises. Echanges crispés et cravates serrées. Une sonnerie coupe court au débat. Une tractation plus tard, la cravate bleue n'a pas le temps de ranger son iPhone que son homologue dégaine le sien. " Toi aussi, tu en as un ? Regarde ça ", lance tout sourire ce dernier qui colle son téléphone devant sa bouche, remplacée par une paire de lèvres sur écran racontant (à sa place) une blague désopilante. S'ensuit un face-à-face animé comparant les applications de chacun. Pour peu, les bancs froids de la porte 53 se muent en une cour de récréation résonnant de palabres autour d'albums Paninis. Loin d'être anecdotique, cette scène témoigne de la force sociale des Apps, ces micros logiciels directement téléchargeables sur smartphones, contre une poignée d'euros. Réunissez deux propriétaires d'iPhone (ou de téléphone Android) et il y a de fortes chances qu'ils comparent leurs précieuses trouvailles. Et avec 286 366 applications ( lire en page 52) étalées sur l'App Store, le magasin en ligne d'Apple, parler de découverte lorsqu'on évoque une App mobile n'est pas excessif. Plus encore que pour leur magnétisme social, les Apps fascinent, car elles alimentent et dessinent le futur de la téléphonie mobile. S'il y a peu, rêver au téléphone de demain équivalait à fantasmer sur un éventail d'aptitudes techniques toujours plus sophistiquées (Web, GPS, appareil photo...), l'irrésistible succès de l'iPhone et de son échoppe exclusive a prouvé que cette fascination hardware restait vaine sans de bonnes idées logicielles et une prise en main compréhensible par les non-initiés. Les smartphones, ces téléphones capables d'imiter un ordinateur au format de poche existaient bien avant l'apparition de l'iPhone en 2007. Agenda, traitement de texte, messagerie mail, navigateur Web, lecture musicale/vidéo..., ces descendants des PDA (assistant numérique personnel) ont progressivement mis en avant leur spécificité nomade. Ils ont ainsi été greffés d'appareils photo numériques, de GPS et de connectivité Web sans fil comme l'illustre l'A701 de Mio. Des machines à tout faire fascinantes, mais pénibles à employer au quotidien. Devoir sortir un stylet en marchant pour taper un SMS sur un écran tactile au fil de menus était une contrainte décourageante pour plus d'un amateur potentiel. De même que la procédure d'achat et d'installation de programmes (rares) est apparue bien rébarbative aux non-initiés. Autant de défauts qu'Apple a corrigés avec son iPhone. Le touch screen de son téléphone à tout faire se triture ainsi au fil de menus intuitifs suivant sans décalage (et avec précision) chaque déplacement des doigts de l'utilisateur. Mieux, on peut zoomer à deux doigts sur une photo. Une première lors de sa sortie, plus ou moins égalée depuis par des constructeurs comme HTC ou Samsung, pour ne citer que les meilleurs élèves. Ce mariage entre simplicité pour les utilisateurs (et développeurs) et offre d'applications exploitant au mieux la convergence des technologies de l'iPhone accélère l'évolution des téléphones portables. Le futur se profile ainsi au fil de projets utilisant notamment l'appareil photo des smartphones. Ne se limitant plus à immortaliser des souvenirs, celui-ci mute doucement en £il intelligent interprétant son environnement. Clic-clac. Photographié avec un GSM, un code-barres 2D plaqué sur une page magazine ou une affiche publicitaire permet de se connecter à un lien Web ou de télécharger automatiquement une sonnerie ou une vidéo. Connu, ce concept de shooting intelligent va aujourd'hui plus loin et sourit au portefeuille. Lancé sur téléphone Android puis adapté sur iPhone, des applications comme Pic2shop, Shopsavvy ou Barcode Scanner photographient le code-barres d'un CD, d'un DVD ou d'un livre en magasin pour instantanément connaître son prix chez des web-marchands concurrents. Un concept tellement marquant que Bar Tor le détourne sur Android. Le programme illégal scanne ainsi également le code-barres d'un DVD en magasin pour lancer automatiquement leur téléchargement sur un PC de bureau relié à distance au téléphone. Le piratage risque toutefois d'être encore plus stigmatisé à mesure que le smartphone se substitue au portefeuille ou à des tickets de toutes sortes (transport chez De Lijn notamment, parking à Schaerbeek...). Reste que si la monétaire virtuelle existe notamment via la technologie RFID (une sorte de puce Proton lisible à distance), l'établissement d'une norme entre opérateurs téléphoniques, la nécessité d'accords interbancaires et les barrages psychologiques la mettent pour le moment en sursis. Sollicités par de nombreuses Apps, les objectifs photo des smartphones ne se cantonnent pas à reconnaître des produits de la vie courante. Ils tutoient aussi le futur en s'essayant doucement à la réalité augmentée. Apparu en 2003 avec l'Eye Toy sur PlayStation 2, cette technologie prototypale mais très prometteuse retransmet une vidéo sur laquelle viennent se superposer des textes, des photos et des graphismes numériques interagissant intelligemment avec le flux d'images diffusées. Plébiscitée l'an passé dans des publicités permettant de faire " jaillir " des objets en 3D sur des pages de magazine papier (via une webcam et un écran PC), l'A.R. (Augmented Reality) quitte aujourd'hui sa sédentarité. Et se dope aux amphétamines lorsqu'elle converge avec un GPS, un gyroscope et des bases de données Web. Le smartphone s'utilise alors comme une petite fenêtre intelligente aidant à l'appréhension de son environnement immédiat. Avec Layar, braquer la caméra de son téléphone sur un bâtiment affiche ainsi à l'écran une bulle informative le décrivant en détail (grâce à Wikipedia) et le suivant à la trace ( lire notre sélection en page 54). Brandi vers le ciel, l'écran de l'iPhone affiche les courants d'air avec See Breeze 3D tandis que Star Chart dessine les constellations pendant la nuit. Les amateurs de déco se jettent, eux, sur SnapShop Showroom qui permet de faire apparaître virtuellement des tables et autres canapés dans n'importe quelle pièce de sa maison. Utile avant l'achat. Filtre intelligent de notre environnement, la réalité augmentée peut également s'entourer de reconnaissance d'image. Nokia planche ainsi sur un programme permettant de téléphoner directement au propriétaire d'un bien immobilier à vendre en prenant sa photo. Egalement en développement au QG du constructeur finlandais, l'Haptic Feedback la décline en version " aveugle ". Ici, l'accéléromètre, la boussole et la puce GPS d'un smartphone lui permettent, lorsqu'il est braqué comme une télécommande vers un bâtiment touristique d'en avoir une description audio. D'aucuns imaginent déjà une réalité augmentée permettant à des smartphones de reconnaître la teneur nutritive d'un aliment comme une pomme ou de traduire instantanément un texte, à l'image des impressionnants concepts du designer japonais Mac Funamizu. Ces rêves d'un utilisateur omniscient sur son environnement tournent toutefois au cauchemar lorsqu'ils croisent la reconnaissance faciale et les réseaux sociaux. Des applications comme Facelook ou Augmented ID sur iPhone permettent ainsi de retrouver automatiquement le profil Twitter et Facebook d'une personne que l'on photographie en rue. Un procédé heureusement loin d'être au point. Orwélien, le smartphone détectera également l'humeur de son utilisateur dans un futur lointain. Grâce à la technologie de Neurosky, Mattel commercialisait ainsi, il y a quelques mois, le Mindflex, un jouet qui, par l'intermédiaire d'un serre-tête, permet de contrôler le vol d'une balle en se concentrant. Un téléphone portable intelligent adaptant ses applications (son statut sur un réseau social, des propositions de films à aller voir, de la musique à écouter... ) ou sa configuration selon l'humeur et l'activité de son propriétaire est donc techniquement plausible. Intel envisage d'ailleurs ce scénario dans ses labos. Loin des chercheurs en blouses blanches et bien ancrés dans le quotidien, les smartphones GPS colonisent un nombre croissant de pare-brise automobiles. La solution reste toutefois handicapée par une série de contraintes matérielles comme l'achat supplémentaire d'un pied de fixation séparé, la petite taille de l'écran et la sensibilité de la puce GPS pas aussi performante que sur les homologues mono-usage type Garmin ou TomTom. Sur iPhone, téléphones Android et Windows Mobile, de nombreux programmes comme Navigon MobileNavigator, CoPilot Live 8 et TomTom Navigator se disputent néanmoins une part du gâteau. Le tout enrichi d'informations Web entre météo, prix des carburants à proximité et infos trafic précises. Derrière le volant, la réalité augmentée est une fois encore de la partie. Augmented Driving filme ainsi le trafic via un iPhone fixé sur le pare-brise d'un véhicule pour y superposer une série d'informations. Pas vraiment de direction à prendre comme sur le TravelPilot 500 et 700, GPS autonome de Blaupunkt. Mais plutôt une détection des changements de bandes et un affichage de la distance des véhicules précédant le conducteur. Basique et incomplet, le logiciel de sécurité routière n'en demeure pas moins impressionnant et prometteur. Imparfaits dans leur rôle de GPS et encore à l'état d'ébauche lorsqu'ils tentent l'expérience de la réalité augmentée, les smartphones devront redoubler d'efforts avant de devenir la norme sous nos latitudes. " La révolution des smartphones n'est pas technique mais logicielle ", souligne Christof Vanauffel, product manager telecom chez Samsung Mobile. " Le marché des smartphones est arrivé à maturité en 2010 comme le confirme l'énorme succès qu'a remporté le Corby chez nous. Mais il restera toujours une petite partie des appareils non smartphones, car on ne peut pas en commercialiser à 30 euros. Le frein du développement des smartphones chez nous tient également à la faible pénétration des abonnements Internet et au manque d'appareils subsidiés comme en France. "Reste que la liste de fonctions improbables que l'iPhone endosse s'allonge de jour en jour dans un joyeux chaos. Çà et là, des expériences de géo trouve-tout le transforment ainsi en aide-cuisinier, en niveau à bulle ou encore en stéthoscope ( lire notre sélection en page 54). Parmi ces inénarrables gadgets, les Apps transformant les téléphones en télécommandes touche-à-tout se multiplient. En France, on zappe ainsi les chaînes de la Freebox (le décodeur numérique télévisuel de Free) grâce à l'application Freemote sur iPhone. Spécialiste du bluetooth, Parrot lançait en outre son A.R. Drone, un hélicoptère se pilotant depuis l'écran tactile d'un smartphone. Des acteurs automobiles majeurs comme BMW ou General Motors planchent eux sur des Apps permettant de contrôler certaines fonctions de son véhicule comme le chauffage. Continental entend, lui, gérer la pression de ses pneus automobiles à distance via iPhone. Techniquement moins sexy mais beaucoup plus prisé en pratique, l'usage d'un smartphone comme support de lecture et console de jeu vidéo arrive en tête des classements des catégories d'Apps les plus répandues sur l'App Store, selon 148bizz.com. Si on peut déjà lire une pléthore de publications via le navigateur de n'importe quel téléphone à tout faire, mise en page et confort de lecture y sont souvent sacrifiés. Intéressée par un prolongement de son lectorat Web sur smartphone, la presse écrite s'engouffre donc dans la brèche avec des applications gratuites et payantes. En France, Le Monde estimait ainsi, cet été, que de 20 à 30 % des visites de son site Web passaient désormais par son application iPhone. Sans oublier le large iPad que d'aucuns annoncent déjà comme le sauveur de la presse écrite (l ire en page 60). Parmi les acteurs de ce renouvellement possible de la presse écrite, AppSolution compte ainsi à son actif plusieurs applications portant le contenu de Web de médias belges papier sur iPhone. La tendance est bien installée et figurait parmi les leçons retenues au premier App Nation qui s'est déroulé à San Francisco il y a deux mois. Lancée en février dernier, la jeune start-up ixelloise au tableau de chasse bien garni ( Le Soir, La Dernière Heure, La Meuse, La Libre Belgique, Le Vif/L'Express, Trends-Tendances...) affiche un carnet de commandes étoffé. " Notre start-up roule toute seule aujourd'hui, les clients se bousculent et nous ne pouvons pas suivre la demande, sourit Jean-Paul de Ville, son fondateur. " On a passé l'été sans problème alors que je pensais qu'il faudrait économiser pendant cette période de ralenti. Noël va en remettre une couche. Mais à moyen terme, dans un an et demi, on va vaciller dans l'inconnu. Même si les conditions sont différentes, la bulle des Apps a tout pour ressembler à celle d'Internet, on reste donc très prudent. C'est pour cela que nous visons aussi le B2B et que nous avons ouvert une antenne de 100 mètres carrés sur Lexington Avenue à New York. Car on veut gagner des clients à l'extérieur de la Belgique. C'est aussi très utile pour glaner les infos d'Apple à la source, aux Etats-Unis. " Seconde mutation actuelle parmi les plus importantes des smartphones, celle du jeu vidéo. Présents depuis les débuts de la téléphonie mobile dans une forme embryonnaire (le Snake de Nokia), les jeux vidéo explosent sur iPhone. Fraîchement perchés dans les bureaux d'un immeuble plantés sur la Second Street, dans le quartier des affaires de San Francisco, Gameloft, le géant français n° 2 mondial des jeux vidéo sur GSM, se frotte les mains face à l'apparition de ce quasi-standard. " Depuis nos débuts, le problème majeur auquel nous avons dû faire face tient à la diversité excessive des modèles de téléphones portables sur lesquels nous développons nos jeux ", témoigne Baudouin Corman, vice-président de Gameloft US. " L'iPhone est donc très intéressant de ce point de vue, car, au-delà de la mémoire de son disque dur et de son magasin en ligne très convivial, c'est une plate-forme unique. L'iPhone est un gros levier de croissance pour Gameloft. ". Et de fait, sur les 20 applications les plus vendues de la courte histoire de l'App Store, plus d'une dizaine sont des jeux vidéo. De quoi transformer le smartphone en console nomade à part entière. Dans ses publicités, Apple n'hésitait d'ailleurs pas à le mettre en avant (aux côtés de l'iPod Touch) comme tel lors de fêtes de fin d'année 2009. Développant récemment de nouvelles fonctionnalités pour faciliter le jeu en réseau, le smartphone de Cupertino effraierait jusqu'à Satoru Iwata. Habitué de voir son entreprise occuper une position dominante sur le marché des consoles de jeu portables depuis vingt ans, le PDG de Nintendo aurait, selon The Times, lancé à ses troupes, en mai dernier, qu'Apple sera " l'ennemi du futur ". " Nos jeux étaient autrefois snobés par les sites Internet de tests de jeu vidéo. Aujourd'hui, l'iPhone se retrouve comme un support vidéoludique à part entière et occupe une rubrique aux côtés de la Nintendo DS et de la PlayStation Portable ", se félicite Corman. Pas étonnant de voir que Windows Mobile 7 mise sur le vidéoludique pour séduire en établissant une synergie avec le Xbox Live. Mais aussi avec une liste de 63 titres annoncés qui compte déjà quelques locomotives comme Halo Waypoint, Guitar Hero et Castelvania. Le rêve d'un unique terminal communicant assumant une myriade de fonctions aidant dans la vie de tous les jours, est donc en passe de se réaliser. Mais que faire en cas de perte ? Les nanotechnologies semblent déjà apporter un élément de réponse ou en tout cas diminuer les risques d'oublis. Appliquée à des matériaux flexibles et intelligents, cette technique qui relève encore de la science-fiction pure est déjà sérieusement envisagée par Nokia, dont le concept de Morph entrevoit des GSM changeant de formes pour se transformer en bracelet ou en tablette tactile. Autant d'objets dont les schémas créés par des designers pourraient être vendus sur le Web. Puisqu'on vous dit que les Apps sont le moteur. MICHI-HIRO TAMAïle rêve du terminal unique est en passe de se réaliser