Curieusement, la voix des Africains, les premiers concernés par le sida, n'a pas été entendue dans tout ce débat. Même s'ils ne se rangent pas tous derrière le souverain pontife, ils l'ont accueilli avec enthousiasme en Angola et au Cameroun. Leur réaction face aux indignations européennes n'en a été que plus vive. Par exemple celle du cardinal Sarr, archevêque d'Abidjan (Côte d'Ivoire) : " Sans éducation sexuelle, les slogans publicitaires et la distribution de préservatifs pourraient n'être qu'irre...

Curieusement, la voix des Africains, les premiers concernés par le sida, n'a pas été entendue dans tout ce débat. Même s'ils ne se rangent pas tous derrière le souverain pontife, ils l'ont accueilli avec enthousiasme en Angola et au Cameroun. Leur réaction face aux indignations européennes n'en a été que plus vive. Par exemple celle du cardinal Sarr, archevêque d'Abidjan (Côte d'Ivoire) : " Sans éducation sexuelle, les slogans publicitaires et la distribution de préservatifs pourraient n'être qu'irresponsabilité et crime contre l'humanité ", a-t-il sèchement répliqué, au nom de la Conférence épiscopale de l'Afrique de l'Ouest. Le règlement de comptes se passe aussi entre medias : " Le comble, c'est lorsque ces médias (européens) déclarent parler au nom des Africains, écrivait le quotidien Cameroon Tribune le 22 mars dernier. Non, merci, chers confrères, vous parlez pour vous-mêmes, et pour votre public. Les Africains sont assez grands pour déchiffrer et critiquer, au besoin, les messages du pape, afin d'en tirer la substantifique moelle. " L'homme blanc, bouffi de prétention et toujours prompt à infantiliser les Africains ? Le cardinal Sarr n'est pas loin de le penser : " Nous disons que les Africains ont la capacité de penser par eux-mêmes, aussi bien les problèmes qui les concernent que ceux de toute l'humanité. Nous déplorons et dénonçons le crime, venant du fond des âges, où l'on traitait nos frères et nos s£urs en marchandises et en " biens meubles ", et qui aujourd'hui consiste à s'acharner à penser pour nous, à parler pour nous, à faire à notre place sans doute parce qu'on ne nous croit pas en mesure de le faire par nous-mêmes. " L'amertume est d'autant plus vive que l'écrasante majorité des catholiques se trouve désormais dans l'hémisphère Sud. S'agirait-il donc seulement d'un débat entre Blancs ? " On ne peut délier l'actuelle polémique de notre histoire et des piliers qui ont façonné notre vie politique, reconnaît Georges Dallemagne (CDH), Mais ce n'est pas pour autant qu'il faut disqualifier le débat belge. " Et le député d'épingler certains retards de l'Afrique, notamment sur la question de l'égalité entre hommes et femmes, les problèmes de gouvernance, les droits de l'homme bafoués, " et qui nous imposent de nous positionner ". Les divergences entre l'Europe et l'Afrique autour du cas d'Omar el-Bechir, sous le coup d'un mandat d'arrêt lancé par la Cour pénale internationale pour crimes contre l'humanité, montrent que le chemin de la compréhension est encore long. F.J.O.