François Hollande n'aime pas se dévoiler. Il appartient à la race des grands pudiques. Sous la pression de ses conseillers, à l'approche de la campagne présidentielle, il s'est fait violence en parlant de sa vie privée. Encore ses confidences sont-elles rares, pesées, soupesées. On sait maintenant que Valérie Trierweiler est la " femme de sa vie ", que sa mère travaillait comme assistante sociale et était d'une " infinie gentillesse ". Elle lui a " transmis l'ambition d'être utile ". Les rapports entre père et fils étaient plus complexes, marqués par des divergences politiques.
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François Hollande n'aime pas se dévoiler. Il appartient à la race des grands pudiques. Sous la pression de ses conseillers, à l'approche de la campagne présidentielle, il s'est fait violence en parlant de sa vie privée. Encore ses confidences sont-elles rares, pesées, soupesées. On sait maintenant que Valérie Trierweiler est la " femme de sa vie ", que sa mère travaillait comme assistante sociale et était d'une " infinie gentillesse ". Elle lui a " transmis l'ambition d'être utile ". Les rapports entre père et fils étaient plus complexes, marqués par des divergences politiques. Dans Changer de destin (Robert Laffont), le candidat consacre une page, une seule, à ses parents. Il assure pourtant, en préambule de l'ouvrage, vouloir raconter " franchement " son parcours : " Comme écrivait Montaigne dans ses Essais, "Je veux qu'on m'y voie dans ma façon d'être, simple, naturelle et ordinaire, sans recherche ni artifice : car c'est moi que je peins.'' " Noble entreprise ! Montaigne ajoutait immédiatement cette phrase, que le député de la Corrèze omet : " Mes défauts s'y liront au vif. " François Hollande n'est pas homme à exhiber ses parts d'ombre. Il ne s'épanche pas. Il évite les sujets qui fâchent. Comme sa rupture, aux conséquences si politiques, d'avec Ségolène Royal. Les cicatrices du passé, il les suture grossièrement. Au meeting du Bourget, il revient brièvement sur son enfance à Rouen, dans une famille " plutôt conservatrice ". Plutôt ? Si sa mère était de gauche, son père milita à l'extrême droite, dans la mouvance de l'avocat Jean-Louis Tixier-Vignancour et des organisations proches de l'OAS. Il n'aime pas davantage se dévoiler sur le plan politique. Il a des convictions sociales-démocrates et farouchement européennes, mais c'est aussi un pragmatique, qui avance prudemment sur le terrain des idées. Face au gros temps, il essaie de ne pas subir les bourrasques, fait marche arrière s'il le faut, reporte les débats cruciaux. La politique salariale ? La réforme des retraites ? Ces dossiers, comme d'autres, sont remis aux négociations avec les partenaires sociaux après l'élection. L'immigration ? Sa doctrine se résume à une régularisation sur critères. Pas très précis, car le sujet est glissant. Il suffisait de voir ses tergiversations sur France 2, le 7 mars, lorsqu'il fut interrogé sur la phrase de Nicolas Sarkozy : " Il y a trop d'étrangers aujourd'hui en France. " " Il n'est pas masochiste, François ne veut pas donner prise au vent ", résume un proche. Dans cette campagne, Hollande s'est forgé précocement quelques intuitions stratégiques, comme le clivage sur la fiscalité et la priorité à la jeunesse, qu'il a agrémentées de marqueurs forts : la création de 60 000 postes dans l'éducation ou la taxation des millionnaires. Pour le reste, il cherche surtout à être en mouvement et à demeurer insaisissable. Nicolas Sarkozy y voit " la pratique de l'esquive permanente ". Le 28 février, le député de la Corrèze vient de passer douze heures au Salon de l'agriculture. A peine fatigué, il se rend dans son QG pour recevoir des défenseurs de la nature. " Quelle sera votre mesure phare en matière d'écologie ? " lui demandent-ils. " Si on gagne, je vous réunirai pour qu'on lance une concertation ", répond Hollande. " Mais pourra-t-on discuter de tout, y compris du nucléaire ? " insiste le représentant de Greenpeace. " On pourra parler de tout, mais dans certaines limites, comme la proportion du nucléaire dans la production d'énergie globale. "Roi des compromis, le candidat cherche à éviter les conflits. Dans le rush final, il ne veut ouvrir qu'un seul front : celui du combat contre Nicolas Sarkozy. Son futur adversaire, il l'a attentivement regardé ferrailler contre Laurent Fabius, sur France 2, le 6 mars, avec un regard d'entomologiste. Vers 23 heures, alors que l'échange n'est pas encore terminé, il appelle un vieil ami : " Je te dérange ? Es-tu en train de regarder le débat ? " Comme extérieur au jeu, il insiste, sans donner son point de vue : " Tu en penses quoi ? " ; " Tu le trouves comment, Sarkozy ? " Analyser et décortiquer. Ne pas sombrer dans les affects. Demeurer insondable. MARCELO WESFREID