Astérix et Obélix. Au service de Sa Majesté, de Laurent Tirard. En salles.
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Astérix et Obélix. Au service de Sa Majesté, de Laurent Tirard. En salles.Une nouvelle paire de moustaches. Après Christian Clavier et Clovis Cornillac, c'est aujourd'hui Edouard Baer qui affiche ses bacchantes dans Astérix et Obélix. Au service de Sa Majesté, où les Anglais appellent à l'aide les Gaulois pour bouter l'envahisseur romain hors du futur Royaume-Uni. Obélix Depardieu, lui, est toujours interprété par Gérard. Du changement dans la quasi-continuité. Mais depuis les premières aventures filmées du duo, en 1999, le choix des comédiens a toujours été un (heureux ?) mélange de casse-tête, de désir et d'impondérables. " Edouard Baer est mon préféré, car il correspond à l'idée que mon père se faisait d'Astérix : élégant et décalé ", lance Anne Goscinny, ayant droit de l'£uvre de son père, René. Voilà qui est dit, par Toutatis ! Le choix semble donc judicieux, mais s'est révélé cornélien. A 60 millions d'euros le film, les financiers ne misent pas sur la seule potion magique du talent. Ils veulent de la star, et de la bankable ! Or, comme il le reconnaît lui-même, Edouard Baer n'a " jamais attiré les foules au cinéma ". Il y a un début à tout. Pour son acolyte, Obélix, c'est une affaire gravée dans le menhir depuis ce rendez-vous, organisé par Thomas Langmann un jour de 1996, entre le producteur Claude Berri et Albert Uderzo, alors détenteur des droits. Le dessinateur est clair : Gérard Depardieu sera Obélix ou le film ne sera pas. Pour Astérix, Claude Berri pense à Daniel Auteuil. " Les essais ne fonctionnaient pas du tout ", se souvient le directeur de production Patrick Bordier. Le choix se reporte très vite sur Christian Clavier, qui sera entouré de Roberto Benigni, Pierre Palmade, " et de stars et comiques de l'époque ", résume Patrick Bordier. Astérix et Obélix contre César, réalisé par Claude Zidi, indique la marche à suivre, mais se fait surpasser par l'hilarant Astérix et Obélix. Mission Cléopâtre, d'Alain Chabat, en 2002. Jamel Debbouze ou Edouard Baer en scribe relèguent les héros à l'arrière-plan. Une des raisons pour lesquelles Clavier refuse de rempiler. Pour Astérix aux Jeux olympiques (2008), Thomas Langmann, enfin aux commandes de la série qu'il a initiée, le remplace par Clovis Cornillac, après avoir songé à Lorànt Deutsch, " trop faible pour une telle superproduction ", avoue le directeur de casting Pierre-Jacques Bénichou. Déçue par ce troisième épisode, Anne Goscinny change de crémerie et confie les rênes aux producteurs Olivier Delbosc et Marc Missonnier, et au réalisateur Laurent Tirard, trio gagnant du Petit Nicolas. " Je voulais me démarquer du précédent ", confie le réalisateur, qui coécrit le scénario avec Grégoire Vigneron, en pensant à Edouard Baer pour Astérix. Evidemment, il ne dit rien à ses producteurs, qui, eux, songent à Jean Dujardin et à José Garcia, avant d'opter pour Baer, à condition de " starifier " l'entourage (Catherine Deneuve, Dany Boonà) pour rassurer les investisseurs. Plus tortueux est le chemin qui mène à Gérard Depardieu, menhir angulaire du projet, mais sous contrat chez Thomas Langmann, qui rêvait de retenter sa chance. Sans l'accord d'Anne Goscinny, il ne peut rien faire. Sans Depardieu, Delbosc et Missonnier ne peuvent rien faire non plus. Le problème se règle grâce à l'acteur, qui joue les négociateurs, et à un chèque, dont le montant est tenu secret, à l'ordre de la société de Langmann. Tout rentre dans l'ordre. La potion magique a encore produit son effet. CHRISTOPHE CARRIÈRE