Comment exister politiquement dans un bastion contrôlé par un parti qui, d'élection en élection, rafle la mise ? Où les électeurs votent sans jamais remettre leur choix en question, parce que dans la famille " on a toujours voté comme ça " ? A Saint-Ghislain, au c£ur du rouge Borinage, le PS est aux commandes avec des majorités absolues depuis la fusion des communes. Mais en octobre prochain, il aura affaire à forte partie : tous les autres partis démocratiques se présentent en effet contre lui sur une même liste, baptisée, faute de mieux (et consensus !) " CDH-MR-Ecolo-ACI " (Action citoyenne indépendante) pour " former un cartel qui se veut une alternative forte et crédible à la majorité socialiste sortante ". Ensemble, ces nouveaux partenaires comptent aujourd'hui 9 élus, pour 17 au PS, et 1 au FN. Mais en pourcentage, l'avantage socialiste est plus relatif, puisque le parti avait récolté 53,97 % des voix en 2006. " Cette nouvelle liste est, par essence, assez hétéroclite, reconnaît Laurent Drousie, actuel chef de groupe CDH, mais nous sommes au niveau communal, tout le monde se connaît, et nous travaillons ensemble depuis six ans... "
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Comment exister politiquement dans un bastion contrôlé par un parti qui, d'élection en élection, rafle la mise ? Où les électeurs votent sans jamais remettre leur choix en question, parce que dans la famille " on a toujours voté comme ça " ? A Saint-Ghislain, au c£ur du rouge Borinage, le PS est aux commandes avec des majorités absolues depuis la fusion des communes. Mais en octobre prochain, il aura affaire à forte partie : tous les autres partis démocratiques se présentent en effet contre lui sur une même liste, baptisée, faute de mieux (et consensus !) " CDH-MR-Ecolo-ACI " (Action citoyenne indépendante) pour " former un cartel qui se veut une alternative forte et crédible à la majorité socialiste sortante ". Ensemble, ces nouveaux partenaires comptent aujourd'hui 9 élus, pour 17 au PS, et 1 au FN. Mais en pourcentage, l'avantage socialiste est plus relatif, puisque le parti avait récolté 53,97 % des voix en 2006. " Cette nouvelle liste est, par essence, assez hétéroclite, reconnaît Laurent Drousie, actuel chef de groupe CDH, mais nous sommes au niveau communal, tout le monde se connaît, et nous travaillons ensemble depuis six ans... "Au ras du sol, sans débat idéologique ? " Nous ne sommes pas les représentants des philosophies des partis nationaux, répond le CDH Pascal Baurain, actuel conseiller CPAS et qui conduira la liste de cartel, mais, face à la politique de la majorité en place, ou bien on veut réagir chacun de son côté, ce qui serait un coup d'épée dans l'eau, ou bien on s'allie. " En fait, les différents partis d'opposition sont déjà en situation de cartel depuis plusieurs années. Tous d'accord, par exemple pour déplorer que Saint-Ghislain est l'une des rares communes wallonnes à ne pas permettre aux citoyens d'interpeller le collège... " Comment, dès lors, ne pas comprendre qu'ils se détournent de la gestion communale ? Nous avons largement diffusé un tract expliquant l'historique de notre démarche, un document qui identifie clairement l'origine politique de chacun de nos candidats. Mais ensuite, nous portons une bannière commune ", précise Pascal Baurain. Le CDH de Saint-Ghislain espère sans doute rééditer le coup de Dour, cette autre commune hennuyère où Carlo Di Antonio, l'actuel ministre humaniste wallon, a réussi, en 2006, à conquérir le maïorat du socialiste Yvon Harmegnies suite à la défection d'une élue PS qui a privé l'alliance PS-MR de sa majorité. Le MR a alors rejoint la liste Dour Renouveau de Carlo Di Antonio pour gérer la commune. Aux prochaines élections, le MR et Di Antonio se présenteront sur la liste de cartel Dour Renouveau Plus emmenée par le ministre, et qui comptera 7 MR sur les 25 candidats. Un cartel anti-PS encore, à Waremme, où MR, CDH et Ecolo ont constitué la liste Waremme EnsemblE pour se poser en alternative au parti socialiste dans une de ses places fortes, dirigée pendant des décennies par Edmond Leburton. Le bourgmestre sortant, Guy Coëme, qui ne se représente pas, a qualifié la création de cette liste unique d'aveu de faiblesse. Le PS ne dédaigne pourtant pas, lui aussi, de s'associer dans un cartel quand il s'agit de son intérêt. A Jodoigne par exemple, fief libéral depuis de nombreuses années, PS et CDH se sont associés dans J'm (Jodoigne en mouvement) et feront équipe devant l'électeur pour " participer à l'exercice du pouvoir " dans la commune dont Louis Michel a été bourgmestre pendant plus de vingt ans. Ce dernier ne se représente plus, mais son fils Mathieu sera sur la liste libérale du député wallon Jean-Paul Wahl. Dans un autre coin bleu de la Wallonie, le nord du Hainaut occidental, la majorité absolue MR de Mont-de-l'Enclus aura en face d'elle un solide cartel PS-CDH-Ecolo qui entend bien la renverser. C'est le jeu démocratique où des alliances se nouent pour l'emporter, où les options politiques, économiques et philosophiques sont lissées, où l'électeur a bien du mal parfois à s'y retrouver, encore plus à s'enthousiasmer puisqu'on a déjà décidé pour lui. " Nous nous présentons dans une transparence totale, rétorque Pascal Baurain, ce qui vaut mieux que certains accords préélectoraux tenus secrets qui sont ensuite sortis dans le dos de l'électeur. "Ces accords préélectoraux seraient bien plus nombreux que l'on pourrait le penser, si l'on en croit une récente enquête menée par deux politologues de la VUB, Kris Deschouwer et Fanny Wille. Les deux chercheurs ont interrogé, en leur garantissant l'anonymat, des élus de dix communes flamandes et de dix communes wallonnes (sans révéler lesquelles). Résultat : dans 15 de ces 20 communes, des pré-accords électoraux, secrets en majorité, auraient bel et bien été tentés, voire conclus, avant les élections de 2006, parfois pour deux législatures (jusqu'en 2018 donc !), voire même par écrit, et contresignés devant notaire, avec sanction financière à la clé pour celui qui ne respecterait pas son engagement. Si la taille de l'échantillon est trop faible pour en tirer des certitudes, il n'en demeure pas moins que cette étude interpelle l'électeur, et pas uniquement le plus naïf. A quoi cela sert-il d'aller voter si les partis politiques se partagent le pouvoir avant même l'élection ? Une des hypothèses avancées par les deux politologues est que, au niveau communal, les partenaires doivent aller vite pour conclure : le vote aura lieu le 14 octobre, et les conseils communaux seront installés dès le 3 décembre. Ils expliquent également que les partis tentent, depuis leurs quartiers généraux, d'imposer des alliances, mais que, au niveau local, c'est avant tout la confiance entre personnes qui prévaut lors de leur conclusion. A une encablure des élections, rumeurs et contre-rumeurs se bousculent à ce sujet. A Liège, le PS va-t-il poursuivre avec son actuel partenaire CDH ou s'allier à un MR soulagé depuis le départ du désormais Ucclois Didier Reynders ? A Tournai, le PS de Rudy Demotte a-t-il d'autres perspectives que de poursuivre avec le CDH ? A Namur, quelles sont les chances d'une coalition laïque PS-MR ? Et même à Charleroi ? Les accords de majorité ne durent que tant qu'ils arrangent leurs signataires. Celui qui en a récolté le plus de fruits peut être tenté de se débarrasser d'un allié qui ne lui est plus nécessaire. Des alliances volent en éclats, d'autres se recomposent au gré des fâcheries et des réconciliations qui animent la vie politique locale. En 2006 à Gesves (Namur), José Paulet (MR), alors député provincial, avait ravi le mandat de bourgmestre au sénateur et ancien ministre communautaire Philippe Mahoux (PS) suite à un préaccord conclu avec André Bernard, le leader de la liste ICG (Intérêts communaux, CDH). Ce même André Bernard avait par ailleurs également signé avec le PS, ce qui lui a valu une réputation de parjure. En 2009, José Paulet s'est séparé d'ICG en déposant une motion de méfiance, et s'est allié au PS. Mais pour 2012, le bourgmestre emmènera une liste sur laquelle figurera l'ex-leader d'ICG qui s'est entre-temps séparé de ses troupes, ainsi que le chef de file d'une liste libérale dissidente en 2006. Une grande réconciliation entre les trois têtes de liste des élections précédentes pour viser une majorité absolue et rejeter dans l'opposition l'actuel allié PS... A Sprimont (Liège), les deux cartels qui se partageaient les suffrages ont éclaté. L'Entente CDH-MR aux manettes depuis 1977 s'est disloquée, l'ancien député wallon Claude Ancion (MR), échevin depuis 1977 et bourgmestre depuis 1995, emmènera sa propre liste, et le CDH se présentera seul. Pareil pour Vivre, créé en 2006, qui rassemblait Ecolo et le PS, et dont la tête de liste ne sera autre que le président du parti, Thierry Giet, conseiller communal depuis 1983. Michel Delwiche" Réagir chacun de son côté serait un coup d'épée dans l'eau "