Du berceau au cercueil, la voie sacrée reste toute tracée. " La catholicité atteint durant ces années une suprématie sans précédent ", souligne Sophie de Schaepdrijver, de l'université de Pennsylvanie. Même les cloches se chargent de rappeler aux distraits ou aux récalcitrants que l'église dicte encore le tempo. " Elles ponctuaient les événements exceptionnels tout comme elles marquaient le temps au quotidien ", rapportent Jean Stengers et Eliane Gubin (ULB). En août 1914, c'est le tocsin qui annoncera l'invasion allemande. " La plupart...

Du berceau au cercueil, la voie sacrée reste toute tracée. " La catholicité atteint durant ces années une suprématie sans précédent ", souligne Sophie de Schaepdrijver, de l'université de Pennsylvanie. Même les cloches se chargent de rappeler aux distraits ou aux récalcitrants que l'église dicte encore le tempo. " Elles ponctuaient les événements exceptionnels tout comme elles marquaient le temps au quotidien ", rapportent Jean Stengers et Eliane Gubin (ULB). En août 1914, c'est le tocsin qui annoncera l'invasion allemande. " La plupart des catholiques croient au pied de la lettre à l'enseignement de l'histoire sainte qui leur est prodiguée : Adam et Eve, la création de la Terre il y a à peine cinq mille ans... ", explique Anne Morelli, spécialiste de l'histoire des religions à l'ULB. Belgique rime avec catholique. " L'identification de la nation belge à l'establishment catholique est un fait avéré ", appuie Els Witte (VUB). A la tête du clergé, le cardinal Mercier en fait sa religion. " Il élève le nationalisme belge au niveau d'un culte religieux. " Voilà qui laisse peu de place à d'autres cultes : 15 000 à 20 000 protestants, 3 000 à 4 000 israélites, les musulmans sont inexistants. Ce n'est pas une autre religion qui défie la puissance catholique. Mais la montée de l'indifférence, d'un rejet venu du monde " des damnés de la terre, des forçats du travail ". L'ouvrier de 1914 a sous les yeux l'image du " curé de paroisse qui mange à la table du patron ", poursuit Anne Morelli. Il ne pardonne plus au catholicisme d'être la religion du riche et du puissant. " A mesure qu'avec l'industrie se répand le socialisme, l'incrédulité fait des progrès ", note l'historien Henri Pirenne. L'Eglise catholique n'est plus vraiment la bienvenue dans les bastions ouvriers de Liège et du Hainaut. Il y a ceux qui lui tournent le dos en désertant l'office. Ceux qui rejoignent un mouvement guérisseur d'inspiration chrétienne : l'antoinisme, fondé en 1910 par le père Antoine, qui appelle à voter socialiste. " Les registres de population l'attestent : souvent, on se marie parce que la femme est enceinte. Ce qui démontre un respect relatif des interdits catholiques ", reprend Anne Morelli. Les enterrements civils sont à la hausse, comme les mariages non religieux, les enfants non baptisés. Ceux et celles qui prennent leurs distances avec l'Eglise restent pourtant imprégnés de ses valeurs. " L'objectif des bourgeois laïques est toujours d'éduquer leurs filles pour en faire des modèles de vertu. " " La société belge était coupée en deux, on ne se fréquentait pas entre "calotins" et "suppôts du diable" ", remarque Marie-Rose Thielemans (ULB.) Il y a cent ans, il fallait choisir son camp.