Sous des dehors d'une grande simplicité, la question " C'est quoi l'art belge, aujourd'hui ? " s'avère bien vite d'une infinie complexité. Pouvoir livrer les grandes caractéristiques et influences qui irriguent les démarches artistiques actuelles et, au passage, réveiller quelques bons vieux clichés, comme celui qui laisserait sous-entendre à la planète entière que l'art belge - à l'instar du pays - est principalement composé de moules et de frites, d'humour et de dérision, voilà qui se révèle une ambition une peu naïve. " Il y a un art folklorique belge qui joue avec le drapeau tricolore, les pommes de terre, les moules et les frites... mais cette iconologie un peu stéréotypée, ce n'est pas vraiment de l'art !, éclaire d'emblée Dirk Snauwaert, directeur artistique du Wiels, à Bruxelles.
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Sous des dehors d'une grande simplicité, la question " C'est quoi l'art belge, aujourd'hui ? " s'avère bien vite d'une infinie complexité. Pouvoir livrer les grandes caractéristiques et influences qui irriguent les démarches artistiques actuelles et, au passage, réveiller quelques bons vieux clichés, comme celui qui laisserait sous-entendre à la planète entière que l'art belge - à l'instar du pays - est principalement composé de moules et de frites, d'humour et de dérision, voilà qui se révèle une ambition une peu naïve. " Il y a un art folklorique belge qui joue avec le drapeau tricolore, les pommes de terre, les moules et les frites... mais cette iconologie un peu stéréotypée, ce n'est pas vraiment de l'art !, éclaire d'emblée Dirk Snauwaert, directeur artistique du Wiels, à Bruxelles. De l'avis de tous, l'art belge est tellement insaisissable qu'on ne peut le définir ! Et pour cause : la fonction de l'art n'est pas liée à une territorialité. " L'art, par essence, ce n'est pas quelque chose de national. C'est un langage qui est universel ", proclame Albert Baronian, galeriste dont la notoriété n'est plus à faire, ayant récemment fêté ses quarante ans de carrière ! Même son de cloche du côté de Xavier Hufkens, galeriste tout aussi réputé : " L'art belge, en soi, n'existe pas. Il y a bien des artistes belges et/ou oeuvrant en Belgique d'une immense qualité, mais ces artistes n'appartiennent plus à la Belgique, ce sont de grands artistes reconnus mondialement, tout simplement. " Propos définitivement confirmés par le commissaire d'exposition, Michel Dewilde : " L'art belge en soi - soit un art qui est uniquement ou essentiellement belge et qui représente ou incarne donc certains traits, conditions propres à la Belgique - n'existe pas. D'un autre côté, il est clair que nombre d'institutions du monde de l'art (historiens, critiques, presse...) ont cherché et construit de toutes pièces un art aux propriétés " uniquement belges ". Sont nés de nombreuses expositions, des livres et des articles. Dès lors, l'art belge en tant que fantasme, fabulation existe. " Si l'art belge est un mythe, notre production artistique actuelle s'accompagne néanmoins de caractéristiques structurelles bien réelles. Véritable carrefour d'influences, la Belgique est imprégnée de nombreuses traditions (il suffit d'observer la diversité de nos voisins). On profite ainsi d'une position ambiguë - à la fois partout et nulle part - mais néanmoins privilégiée, qui attire de nombreux artistes étrangers. C'est aussi ce prisme international qui entérine toute portée nationale. " Chez les artistes, les nationalités et les styles sont multiples : après Kendell Geers, Pascale Marthine Tayou, Marie José Burki et Beat Streuli ou Lionel Estève, d'autres artistes internationaux sont également venus à Bruxelles, attirés tant par la qualité de la vie et la modicité des loyers que par l'accès à ses collectionneurs mythiques ", confirme Frédéric de Goldschmidt, éminent collectionneur de notre pays. Inversement, nos jeunes créateurs - nomades par excellence - sortent du pays pour se former à l'extérieur. Dans cette ambiance de transhumance, toute empreinte spécifiquement nationale s'évapore. Bénéfice direct de ce climat d'émulation : un marché porteur ! " Le marché belge ? Il est très riche, très fécond, s'enthousiasme Albert Baronian. La Belgique est encore et toujours reconnue pour le nombre et le niveau de ses collectionneurs, lesquels sont appréciés et courtisés par les galeristes et les artistes du monde entier. " Avis partagé et étoffé par Frédéric de Goldschmidt : " Une autre spécificité des Belges en général, et des amateurs d'art en particulier, est qu'ils voyagent beaucoup. Ils sont notamment extrêmement présents sur les foires internationales. Il y a presque autant de VIP belges que français, voire courtraisiens que parisiens (j'exagère bien sûr) à Bâle ou à Miami, les foires principales. " Observée par Dirk Snauwaert, cette vitalité est le fruit commun d'un ensemble d'intervenants : " La dynamique du milieu de l'art en Belgique est d'abord tirée par les artistes, puis par les collectionneurs, puis par le marché de l'art et, enfin, par les institutions publiques qui passent loin derrière, faute de structures et de moyens. " Évoquant ce manque de soutien public, Frédéric de Goldschmidt tempère : " Les artistes belges disposent de moins de ressources publiques que dans d'autres pays. (...) Mais l'avantage, ici, c'est que la diversité des goûts des collectionneurs permet au final à des artistes très différents de trouver leur public. " Bémol qui réapparaît invariablement quand on associe les termes " art " et " Belgique " : le constat d'une politique culturelle à deux vitesses. Ce serait le seul facteur de dissension entre les artistes du Nord et ceux du Sud. " Il y a en tout cas une politique culturelle (publique et privée) en Flandre qui n'est pas la même qu'en Wallonie, et cela se ressent violemment. Il suffit d'aller voir les biennales ou d'ouvrir une revue d'art ", observe Benoît Platéus, artiste belge au rang des plus prometteurs. " La vitrine flamande fonctionne mieux, enchaîne Albert Baronian ! La Flandre investit plus de moyens dans l'art. Fatalement, les artistes flamands sortent plus rapidement à l'étranger que les wallons, pour lesquels les soutiens sont insuffisants. De plus, il n'y pas de grands musées d'art contemporain en Wallonie, excepté le MAC's au Grand-Hornu. A mes yeux, le musée le plus intéressant de Belgique est le musée Dhondt-Dhaenens, à Deurle, de par sa pertinence et sa programmation audacieuse favorisant des artistes locaux ! " Totalement détachés de cette réalité, les artistes n'ont pas une vision territoriale de leur production. Imperméables aux écueils communautaires, ils recherchent avant tout un langage universel. Pour preuve, le rêve de tout artiste belge est d'être montré à l'étranger. Faute de recul historique, rien n'est moins facile que de dresser le portrait de la génération d'artistes contemporains qui portent haut les couleurs de la Belgique. L'exercice nous demande de poser des choix " objectifs " sur une matière qui est, par essence, subjective et mouvante. Néanmoins, en multipliant les rencontres, en répétant les mêmes questions, il nous apparaît intéressant de vous livrer les noms d'une dizaine d'artistes de premier rang. Un terrain en friche mais passionnant ! GWENNAËLLE GRIBAUMONT