A ceux qui pensent qu'il ne restera rien de ce grand foutoir international, un cabinet d'étude qualitative, Actéa Marketing, livre une autre version : certes les traders retourneront sans doute à leurs écrans et le monde politique à ses dîners en ville, mais les Français garderont, eux, les traces du traumatisme. Le Vif/L'Express s'est procuré les éléments d'une vaste enquête menée par la société de conseil entre février et mars 2009. Où l'on apprend, notamment, qu'être homme, femme, cadre sup', chômeur, parent ou sans enfants, étudiant, senior, pauvre ou riche modifie considérablement l'impact du marasme ambiant et ses conséquences sur les comportements. Mais que nul n'en sortira indemne.
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A ceux qui pensent qu'il ne restera rien de ce grand foutoir international, un cabinet d'étude qualitative, Actéa Marketing, livre une autre version : certes les traders retourneront sans doute à leurs écrans et le monde politique à ses dîners en ville, mais les Français garderont, eux, les traces du traumatisme. Le Vif/L'Express s'est procuré les éléments d'une vaste enquête menée par la société de conseil entre février et mars 2009. Où l'on apprend, notamment, qu'être homme, femme, cadre sup', chômeur, parent ou sans enfants, étudiant, senior, pauvre ou riche modifie considérablement l'impact du marasme ambiant et ses conséquences sur les comportements. Mais que nul n'en sortira indemne. Ainsi, les jeunes se savaient déjà sacrifiés sur l'autel du capitalisme, condamnés aux contrats précaires et aux salaires de misère ; ils sont aujourd'hui convaincus de ne pas s'en sortir avant 30 ans. " Pas de CDI, pas d'appart, pas de crédit... pas de projet ", résument les étudiants et jeunes actifs interrogés, pour qui fuir est désormais la seule option. Où donc ? Dans les sorties, l'alcool, les jeux pour commencer, histoire de ne pas " sombrer ". Mais surtout, dès qu'il s'agira de trouver du travail... loin ! Pour les futurs candidats à l'emploi, l'expatriation est la solution radicale. A défaut de pouvoir se projeter ici, les jeunes ne rêvent plus désormais que de conquérir les pays émergents. Là où leurs diplômes et leurs compétences pourront peut-être, enfin, être reconnus. De leur côté, les parents s'angoissent, mais renouent avec la solidarité et les valeurs sûres. Les plus insérés ouvrent leur carnet d'adresses à qui veut, les fonctionnaires mesurent leur chance et se mettent au service de leur progéniture, tandis que, dans les petites entreprises, salariés et dirigeants s'inquiètent sérieusement pour leur descendance. Les mères de famille modestes sont les plus secouées. Paralysées à l'idée que le chômage puisse menacer leur équilibre instable, elles redoutent réellement de basculer dans la pauvreté absolue. Pour elles, comme pour les étudiants fauchés et les retraités sans bas de laine, la crise a fait entrer les consommateurs dans l'ère de l'économie maximale : le hard discount s'impose comme une référence durable, au détriment des grandes marques et des achats d'impulsion. Acheter bradé, en stock, en gros, n'a plus rien de dévalorisant. Surtout s'il s'agit de produits de la vie courante. " Le consommateur est devenu beaucoup plus réfléchi et raisonnable ", analysent les auteurs de l'étude. Comme s'il avait recentré définitivement ses priorités : l'utile se joint enfin à l'agréable. Surtout, pronostiquent les dirigeants du cabinet, le bling-bling est ringard ! Au grand profit d'une nouvelle tendance : la mode rétro. Exit la Rolex m'as-tu-vu et les cylindrées rutilantes. Le petit Vespa chromé, les affiches années 1950 et les confitures Bonne Maman ont le goût sucré de la nostalgie... Et séduisent plus que jamais les catégories aisées, notamment les hommes. L'insouciance des années folles n'avait pas survécu à la crise de 1929. Moins d'un siècle plus tard, le tsunami des subprimes a encore bousculé les esprits. A une différence près toutefois, notable : cette fois, les plus âgés semblent les moins touchés. Les plus modestes avaient déjà appris à dépenser peu. Les plus aisés ne comptent pas se gâcher leurs dernières années. Seule ombre à leur tableau personnel : la frustration de devoir se restreindre alors que le temps est compté... Sur ce point, tout le monde sera d'accord. l Julie Joly