Pour qui a l'habitude de lever les yeux de ses lacets quand il se promène dans la capitale, ce n'est pas un secret : malgré les effets ravageurs de la " bruxellisation ", la ville ne manque pas d'attraits architecturaux. Qu'il s'agisse d'Art nouveau, d'Art déco ou même de modernisme, il y a là de quoi faire le bonheur de l'amateur de patrimoine, néophyte ou confirmé. Seul hic : la plupart du temps, la découverte ne peut se faire qu'à distance, depuis l'extérieur, à la faveur de songes vaporeux. Vous êtes du genre, la nuit tombée, à plonger dans d'interminables rêveries en apercevant l'éclat de soleil terni d'un luminaire ? Votre esprit s'emballe lorsqu'il s'agit d'imaginer ce que ca...

Pour qui a l'habitude de lever les yeux de ses lacets quand il se promène dans la capitale, ce n'est pas un secret : malgré les effets ravageurs de la " bruxellisation ", la ville ne manque pas d'attraits architecturaux. Qu'il s'agisse d'Art nouveau, d'Art déco ou même de modernisme, il y a là de quoi faire le bonheur de l'amateur de patrimoine, néophyte ou confirmé. Seul hic : la plupart du temps, la découverte ne peut se faire qu'à distance, depuis l'extérieur, à la faveur de songes vaporeux. Vous êtes du genre, la nuit tombée, à plonger dans d'interminables rêveries en apercevant l'éclat de soleil terni d'un luminaire ? Votre esprit s'emballe lorsqu'il s'agit d'imaginer ce que cachent les perles architecturales ? Aucun doute, le Banad Festival, dont c'est la deuxième édition sous cette forme, vous tend les bras. A la faveur de trois week-ends de mars, les intérieurs fantasmés d'une soixantaine de bâtiments exceptionnels, construits entre 1893 et la fin de l'entre-deux-guerres, offrent leur intimité au regard. Seule condition à ce passage dans les coulisses privées de l'architecture bruxelloise : la nécessité de réserver la visite de son choix, guidée par un professionnel, sur le site de la manifestation - dans la foulée, on notera que sont programmées des visites spécifiques pour les personnes à mobilité réduite (le 24 mars, parcours adaptés aux malvoyants, aux malentendants et aux personnes en fauteuil roulant). Attention, sachant que quelque 30 000 personnes - dont 40 % d'étrangers - ont participé au millésime 2017, on prendra soin de ne pas traîner à se décider. Cela d'autant plus que les réservations sont ouvertes depuis le 1er février. La version 2018 du Brussels Art nouveau & Art déco Festival décline toute une série d'activités annexes, qu'il s'agisse de concerts, de visites guidées en costumes d'époque, de spectacles et autres conférences. Pour ceux qui auraient déjà participé à cette initiative, on pointera qu'une dizaine d'adresses se sont ajoutées au casting précédent : l'atelier Ernest Salu et le Palais expo 1935, à Laeken ; la maison Marcel Spittael et la maison Petit, à Uccle ; la maison Herent et l'immeuble Minnigh, à Schaerbeek ; ainsi que l'ancienne maison-atelier du sculpteur Fernand Dubois, réalisée par Victor Horta (actuelle ambassade de Cuba), située avenue Brugmann, à Forest... Outre l'émoi esthétique de l'événement, on relèvera l'aspect de rencontre comme autre axe fort du Banad Festival. Il est amusant, en effet, de constater qu'une étrange alchimie s'opère entre les maisons de style et leurs propriétaires. En réalité, les habitations sont moins à l'image de leurs occupants que ceux-ci ne se mettent au diapason du lieu qu'ils ont un jour acquis. On en a eu le pressentiment notamment à Laeken dans la maison Draps, où Bert Hoecks nous a semblé totalement envoûté par son bien - au point d'assurer lui-même les visites. Mais la preuve la plus éclatante nous a peut-être été offerte par Massimo Minneci, Ucclois possédant une merveilleuse maison signée par l'architecte Louis Tenaerts. Soucieux de " revenir à la justesse initiale du bâti ", le propriétaire s'interdit certains conforts que d'autres jugeraient essentiels. Il n'en éprouve aucun regret, trop heureux de communier avec le savoir-faire et l'esprit d'une époque révolue... mais pas dépassée pour autant.