La réforme de l'Etat est dans une impasse totale. La paralysie qui frappe notre système politique n'a rien de positif, quoiqu'elle présente au moins un avantage pour moi, en tant que bruxellois : jamais on n'a autant parlé de Bruxelles. En Flandre, on évoque souvent Bruxelles, de manière stéréotypée : trop sale, trop francophone, trop d'étrangers. Bruxelles y est encore davantage considérée comme un pion sur l'échiquier institutionnel. Mais l'attitude de la Wallonie à son ég...

La réforme de l'Etat est dans une impasse totale. La paralysie qui frappe notre système politique n'a rien de positif, quoiqu'elle présente au moins un avantage pour moi, en tant que bruxellois : jamais on n'a autant parlé de Bruxelles. En Flandre, on évoque souvent Bruxelles, de manière stéréotypée : trop sale, trop francophone, trop d'étrangers. Bruxelles y est encore davantage considérée comme un pion sur l'échiquier institutionnel. Mais l'attitude de la Wallonie à son égard n'est pas tellement différente. Le timide rapprochement entre la Wallonie et Bruxelles ne sert-il pas, en premier lieu, de contrepoids aux exigences communautaires des Flamands ? Il est vrai aussi que tant la Flandre que la Wallonie font tout pour gagner la faveur de la capitale. Mais Bruxelles ne veut pas choisir entre les deux. Elle aime le dynamisme économique flamand tout comme la communauté de langue qu'elle forme avec les Wallons. Mais Bruxelles tient en horreur ses grands frères flamand et wallon, qui ne ratent jamais une occasion pour lui enjoindre de se tenir coite tel un enfant. Le temps d'une nouvelle référence est arrivé : het " bastaardmodel ". Cela consiste à réinventer les Ketjes ou les Zinnekes de Bruxelles, le folklore en moins : des Bruxellois sûrs d'eux, de langues et d'origines diverses, cosmopolites, qui savent qu'ils partagent autant, sinon davantage, avec New York, Paris et Londres qu'avec Anvers et Liège. Des Bruxellois qui trouvent normal de réfléchir à la possibilité d'un enseignement multilingue. Des citadins qui, au-delà des clivages communautaires, conjuguent leur offre culturelle, dans trois langues, pour mieux l'ouvrir sur le monde. Des Bruxellois qui rêvent d'une architecture ambitieuse, à l'image de la Torre Agbar, à Barcelone. Des Bruxellois qui, loin de renier l'ambivalence qui fonde l'âme de leur ville, tentent, au contraire, de la dépasser. Pourquoi, donc, ne pas leur accorder une deuxième voix lors des élections régionales pour qu'ils puissent voter pour un candidat de l'autre communauté linguistique ? La Flandre et la Wallonie n'en sont pas encore totalement conscientes, mais, à Bruxelles, l'avenir vient juste de commencer. Sven Gatz est l'auteur du livre Bastaard, het verhaal van een Brusselaar, édité chez Meulenhoff-Manteau. La traduction française, Le Bastaard bruxellois, est publié aux éditions Luc Pire. Sven GatzDéputé flamand (Open VLD)