Alors que Bruxelles-National ne tourne pas encore à pleine capacité, une échéance européenne inquiète les communes les plus survolées : dans moins de deux mois entre en vigueur un règlement de l'Union qui réduira la marge de manoeuvre des Etats dans le fonctionnement des aéroports. " A partir du 13 juin prochain, il sera beaucoup plus difficile d'obtenir des restrictions d'exploitation et des modifications de procédures, tant pour le gouvernement que pour les citoyens ", reconnaît Laurent Ledoux, président du SPF Mobilité.
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Alors que Bruxelles-National ne tourne pas encore à pleine capacité, une échéance européenne inquiète les communes les plus survolées : dans moins de deux mois entre en vigueur un règlement de l'Union qui réduira la marge de manoeuvre des Etats dans le fonctionnement des aéroports. " A partir du 13 juin prochain, il sera beaucoup plus difficile d'obtenir des restrictions d'exploitation et des modifications de procédures, tant pour le gouvernement que pour les citoyens ", reconnaît Laurent Ledoux, président du SPF Mobilité. Voilà pourquoi, dès l'an dernier, la Région bruxelloise, l'ensemble des bourgmestres de la capitale et douze associations francophones et flamandes de riverains ont réclamé des solutions structurelles contre les nuisances sonores des avions à Bruxelles et en périphérie. Deux propositions se retrouvaient dans toutes les motions : la suppression des décollages et atterrissages entre 22 heures et 7 heures, et la délocalisation de certaines activités de fret et de low cost vers les aéroports régionaux. Mais Jacqueline Galant, ministre MR de la Mobilité, n'a donné suite à aucune des revendications formulées. Les projets actuellement en discussion au fédéral iraient plutôt, selon plusieurs sources, dans le sens d'une aggravation de la situation pour les Bruxellois. Les procédures qui sont à l'origine des nuisances vont-elles être figées pour de bon une fois la réglementation européenne entrée en vigueur ? " Elle impose de lourdes démarches administratives, ce qui va limiter les possibilités de remettre en cause le développement de la capacité de l'aéroport et les horaires d'utilisation des pistes, donc aussi les vols de nuit ", répond Antoine Wilhelmi, chef de file du collectif antinuisances Pas question ! La Région et les communes pourront-elles encore réclamer du fédéral des mesures destinées à soulager les habitants ? Ce n'est pas le souci du cabinet Galant, pour qui le règlement européen a " plutôt des avantages : il met de l'ordre et de la clarté dans les procédures " (lire aussi l'interview de la ministre en page 32). En octobre dernier, les bourgmestres bruxellois, tous partis confondus, avaient insisté sur l'urgence d'adapter les procédures aériennes, vu l'échéance européenne. Outre la suppression des vols de nuit et la réduction du trafic charter et de fret, les maïeurs voulaient que soit confirmé le principe du non-survol des zones densément peuplées. Par ailleurs, ils demandaient le recul de la piste 25L vers l'est - de manière à permettre des décollages sans survol de la capitale - et l'application correcte des normes de vent par Belgocontrol, afin d'éviter une utilisation abusive de la piste d'atterrissage 01, empruntée par vent de nord-est. La ministre Galant a fait la sourde oreille. En revanche, elle a, confie-t-elle, pris contact avec les communes pour savoir si elles avaient perdu des habitants en raison du trafic aérien et si les maisons des quartiers survolés ont vu leur valeur diminuer ! Et Jacqueline Galant d'insister sur le fait que les réponses ont été négatives, ce qui relativiserait, selon elle, l'ampleur des nuisances... De son côté, le Premier ministre Charles Michel ne tient pas à rouvrir le dossier des survols, objet de clivages communautaires qui ont déjà fait tanguer plus d'un gouvernement. Lors de sa constitution, l'actuelle majorité fédérale a, certes, entériné la suppression du " virage large " des avions vers Etterbeek, Auderghem et l'autoroute des Ardennes, trajectoire issue du Plan Wathelet (2014). Mais si ce " moratoire " a soulagé de nombreux Bruxellois, le trafic des pistes 25 décollant vers la gauche s'est retrouvé concentré sur le seul " virage court ". D'où un survol intensif de l'est de Bruxelles en contradiction totale avec un arrêt de justice de juin 2005 et des nuisances dépassant souvent les normes de l'OMS. Le gouvernement n'a rien entrepris pour soulager ces riverains, alors qu'il avait promis une " large consultation " et un plan durable. De même, la suédoise n'a pas envisagé de mettre fin aux vols de nuit, ni même de prolonger la procédure de nuit jusqu'à 7 heures. L'une des sources majeures de nuisances à Bruxelles et en périphérie tient pourtant au fait que l'aéroport laisse décoller les avions les plus bruyants dès 6 heures (et jusqu'à 23 heures), alors qu'un respect de la " nuit européenne " interdirait ces appareils entre 22 heures et 7 heures. Le blocage tient en partie au fait que l'aéroport national ne veut pas perdre les avions low cost, qui commencent tôt leurs rotations quotidiennes. " Une délocalisation des compagnies charters vers les aéroports régionaux aurait pourtant l'avantage de donner de l'air à Brussels Airlines, dont les finances sont plombées par le veto de la Commission européenne à une aide d'Etat, remarque un expert. Elle serait aussi très appréciée par la Région wallonne, qui a beaucoup investi dans le développement de l'aéroport de Charleroi, dont Ryanair s'est en partie désengagé depuis 2014 au profit de Zaventem. " Pour sa part, le monde politique flamand cherche à bétonner une répartition dite " équitable " des nuisances sonores. Une dispersion qui ne tient pas compte de la densité de population survolée et se traduit, depuis le plan Anciaux de 2004, par un survol intensif de Bruxelles, de sa périphérie est et du Brabant wallon. L'an dernier, la ministre Galant a travaillé, avec le cabinet d'avocats Clifford Chance et l'influent Johan Decuyper, patron CD&V de Belgocontrol, à la rédaction de la " Vliegwet ", projet de loi sur les procédures de vol. La Flandre tient beaucoup à cette loi, qui graverait dans le marbre l'" utilisation préférentielle " des pistes. Le projet Galant visait aussi à accorder à Belgocontrol un statut privilégié - lié au contrôle de l'application des normes -, au détriment de la Direction générale du trafic aérien (DGTA). Toutefois, le " Galantgate " d'octobre dernier - la révélation du non-respect des règles lors du choix du cabinet Clifford Chance - a contraint Jacqueline Galant à suspendre sa collaboration avec le bureau d'avocats. Depuis lors, la " Vliegwet " est sortie des radars, mais les manoeuvres se poursuivent en coulisses. Sans consulter la DGTA, sa propre administration, tenue à l'écart des discussions (le cabinet Galant est à couteaux tirés avec le patron du SPF Mobilité), la ministre poursuivrait, en collaboration avec Belcocontrol, un double objectif : la consolidation du plan de survol actuel et la validation d'une nouvelle trajectoire aérienne au-dessus de Bruxelles, dans l'axe de la piste 07L. Cette modification de route fait suite à la mise en place d'une procédure d'approche sécurisée. Le collectif Pas Question ! se demande s'il ne s'agit pas de " créer en douce une nouvelle route au-dessus de la capitale, qui augmenterait la capacité de l'aéroport. " Autre point noir : la " route du Canal ". L'an dernier, une décision unilatérale de la ministre Galant a eu pour conséquence un accroissement des survols nocturnes dans cette zone du centre de Bruxelles. Le changement serait dû à des pressions exercées en vue de réduire le trafic aérien sur la " route du ring ", axe qui touche des communes flamandes du " Noordrand ". A présent, le cabinet Galant envisagerait, selon certaines indiscrétions, de déplacer légèrement vers le sud le trafic aérien de la route du ring, qui passerait donc sur la Région bruxelloise, à hauteur du palais royal de Laeken ! Tous les espoirs de ceux qui réclament une réduction des nuisances sonores reposent sur la Région. La ministre bruxelloise de l'Environnement, Céline Fremault (CDH), semble résolue à appliquer une " tolérance zéro " à l'égard des compagnies aériennes en infraction sur les normes de bruit. Sur le terrain juridique, d'autres actions seraient envisagées par la ministre. Au cas où... Par Olivier Rogeau