Alors que la plupart de ces institutions sont au bord du gouffre et qu'elles sollicitent l'aide des contribuables, et alors que les contribuables sont aussi dans une situation difficile parce que la totalité du système pourrait s'effondrer sur leur tête s'ils ne leur apportaient pas leur aide, c'est le comble de l'irresponsabilité, c'est honteux ", a lancé Barack Obama, appelant " les gens de Wall Street " à faire preuve de " retenue et de sens des responsabilités ".
...

Alors que la plupart de ces institutions sont au bord du gouffre et qu'elles sollicitent l'aide des contribuables, et alors que les contribuables sont aussi dans une situation difficile parce que la totalité du système pourrait s'effondrer sur leur tête s'ils ne leur apportaient pas leur aide, c'est le comble de l'irresponsabilité, c'est honteux ", a lancé Barack Obama, appelant " les gens de Wall Street " à faire preuve de " retenue et de sens des responsabilités ". Si le président s'est ainsi emporté jeudi 29 janvier, c'est qu'on a appris de l'administration de la Ville de New York que les institutions financières de Wall Street avaient versé 18,4 milliards de dollars de bonus en cash pour 2008. Certes, c'est 44 % de moins qu'en 2007, la plus forte baisse depuis trente ans, mais la somme reste exorbitante. Et elle accrédite l'idée que la haute finance est tragiquement déconnectée des réalités économiques et sociales, ce qui accentue le ressentiment populaire à son égard. L'annonce tombait d'autant plus mal que le secteur financier a bénéficié en 2008 d'une aide fédérale, en particulier d'un plan de 700 milliards de dollars mis en place par George W. Bush. Du coup, Obama a annoncé qu'il prendrait des mesures pour limiter à 500 000 dollars la rémunération annuelle des dirigeants d'entreprises bénéficiant d'une aide publique. En Belgique, plusieurs dirigeants de banque ont renoncé à la part variable de leur rémunération, notamment ceux de Dexia, Jean-Luc Dehaene et le Français Pierre Mariani. Chez Ethias, l'intervention des gouvernements fédéral, wallon et flamand, à la mi-octobre, à hauteur de 1,5 milliard d'euros, a sonné le glas des bonus pour 2008. Le comité de direction de KBC, sous l'égide de son patron, André Bergen, a, lors du renflouage de la banque par l'Etat belge en octobre dernier, confirmé sa volonté de " renoncer à tout bonus sur les résultats de 2008, que ce soit au comptant, en options ou en actions ". Le " top management " ne sera toutefois pas seul à se serrer la ceinture. Les collaborateurs ne recevront notamment pas de " participation " pour 2009. D'autres grands banquiers ont été contraints à une certaine modestie financière. Le Belge Michel Tilmant, qui a récemment quitté la présidence d'ING, aurait dû partir avec une indemnité équivalente à trois ans de salaire, soit 4 millions d'euros. Suite à l'aide apportée au bancassureur par le gouvernement néerlandais, son indemnité de départ a été néanmoins limitée à un an de salaire, condition sine qua non à l'injection des 10 milliards d'euros publics. Chez Fortis Banque, le budget consacré aux bonus du personnel a été réduit de plus des deux tiers. Les cadres supérieurs (environ 3 500 personnes) ont vu leur bonus réduit, et le comité de direction s'en est passé. Lorsqu'il a quitté son poste de CEO de Dexia, en octobre dernier, Axel Miller a renoncé à réclamer son " parachute doré " de 3,7 millions d'euros. Herman Verwilst, ex-président de Fortis Banque et éphémère CEO du holding Fortis, aura quant à lui perçu une indemnité de 800 000 euros, au lieu des 4,8 millions prévus par contrat. Il faut dire qu'il n'a réellement dirigé Fortis que pendant septante-huit joursà A ce titre, il pouvait légalement prétendre à une indemnité égalant trois fois sa rémunération annuelle totale, bonus inclus. La colère affichée dans les rangs politiques, le Premier ministre Leterme en tête, en décida autrement. Le gouvernement Leterme déposa peu après un projet de loi pour limiter les parachutes dorés. Le Conseil d'Etat vient de le retoquer sans ménagement, reprochant au texte de mener à des " discriminations " et incitant même le gouvernement à ne pas intervenir sur ces sujets. En France, le président Sarkozy a, à la mi-janvier, soumis à trois conditions l'octroi de milliards d'argent public aux banques. Parmi celles-ci : le renoncement, par leurs patrons, à la part variable de leurs rémunérations sur les résultats de 2008. Des bonus qui se chiffrent, au minimum, en centaines de milliers d'euros. Certains de ces patrons ont d'emblée obtempéré, tels Baudouin Prot et Michel Pébereau, respectivement administrateur-directeur général et président de BNP Paribas, qui avaient touché 875 000 euros et 2,27 millions d'euros au titre de la part variable pour 2007. Du côté de Wall Street, on souligne que beaucoup de salariés travaillent au pourcentage, donc à la prime. Il faudra donc remettre à plat tout le système. Un mouvement qui s'esquisse déjà nettement, tant aux Etats-Unis qu'en Europe : les primes commencent à être octroyées via des méthodes de paiement différées. Elles seraient attribuées en fonction des résultats des managers sur plusieurs années, plutôt qu'une fois par an. Du coup, les firmes pourraient reprendre tout ou partie de ces bonus, si les performances des top managers ne sont pas à la hauteur. Avantage supplémentaire de ces nouvelles habitudes : elles découragent la prise de risque excessive. En effet, les bonus annuels incitaient les salariés à lancer des opérations plus risquées pour atteindre un niveau de gain supérieur, entraînant une prime plus élevée. Les banques suisses sont pionnières en la matière : UBS a supprimé les bonus pour ses top managers au titre de 2008. Les primes sont désormais payées en actions différées, annulées si les comptes de la firme dérapent. Chez Crédit suisse, les managers prennent personnellement en charge une partie du risque auquel ils exposent leur entreprise. S'ils font perdre de l'argent à leur banque, leur rémunération trinque. L'Etat providence d'un nouveau genre, apparu avec la crise, voudrait aussi limiter les dividendes versés aux actionnaires. Christine Lagarde, ministre française de l'Economie, a fait de cet élément une autre des conditions d'obtention des milliards publics. Chez nous, Dexia, Fortis, KBC et ING ont annoncé qu'ils ne distribueraient pas de dividendes fin 2009. Dans le cas de Dexia, la disparition de cette manne représente un manque à gagner pour les communes belges actionnaires du bancassureur. Côté flamand, ce sont 52,7 millions d'euros en moins pour le budget communal, dont 8,5 millions d'euros pour la seule ville d'Anvers. Les communes wallonnes devraient, elles, se priver de 45 millions. Quant à Ethias, il ne devrait pas distribuer de dividendes à ses actionnaires en 2009 et en 2010 afin d'accorder la priorité à la reconstitution de ses fonds propres, a-t-on pu lire dans La Libre Belgique. Il s'agirait en fait, selon un des responsables de l'assureur mutualiste interrogé par le quotidien, d'une condition posée par les pouvoirs publics lors du sauvetage du groupe. Une information démentie par Ethias, qui affirme qu'il " mettra tout en £uvre afin d'être en mesure [d'en] distribuer pour les exercices 2009, 2010 et suivants ". Chez Fortis, certains souvenirs sont douloureux. En juin 2008, le bancassureur annonçait son intention de supprimer le dividende intermédiaire (1) de 2008 et de verser, pour cette année-là, un dividende final en actions et non en cash. Le président d'alors, Maurice Lippens, se doutait que cela fâcherait de nombreux actionnaires et déclara : " Pour le dividende, on le paiera. Si nous n'en avions pas payé du tout, je pouvais donner ma démission. " En fait, les actionnaires de Fortis n'ont pour le moment rien touché au titre de 2008à et Maurice Lippens a été débarqué en septembre 2008. Pas de dividendes, c'est une " punition " de plus pour les actionnaires, petits et grands, déjà pénalisés par la chute des cours de leurs actions. Echaudés par ce manque à gagner, ils peuvent aussi décider de ne pas souscrire à une prochaine augmentation de capital. Mais nécessité fait loià(1) Contrairement aux entreprises belges, qui distribuent leur dividende une fois par an, les entreprises néerlandaises le versent en deux fois : un dividende intermédiaire et un dividende final. Fortis, alors belgo-néerlandais, se conformait à cette pratique.A.P., T.S.