Dans le contexte du déballage médiatique sur les places offshores, le groupe BNP Paribas - dont l'Etat belge reste le premier actionnaire (10,6 %) - se serait bien passé de ce nouveau scandale. Jugez plutôt : la filiale monégasque de la banque aurait participé à une importante fraude au contrôle des changes, dans plusieurs pays africains. Une fraude que l'on peut assimiler à du blanchiment d'argent et qui pourrait s'élever à des centaines de millions d'euros.
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Dans le contexte du déballage médiatique sur les places offshores, le groupe BNP Paribas - dont l'Etat belge reste le premier actionnaire (10,6 %) - se serait bien passé de ce nouveau scandale. Jugez plutôt : la filiale monégasque de la banque aurait participé à une importante fraude au contrôle des changes, dans plusieurs pays africains. Une fraude que l'on peut assimiler à du blanchiment d'argent et qui pourrait s'élever à des centaines de millions d'euros. Selon un rapport de l'Inspection générale de la banque daté du 25 octobre 2011, que Le Vif/L'Express s'est procuré, BNP Paribas Monaco a encaissé des chèques provenant du continent africain. Le rapport s'est intéressé à un pays en particulier, Madagascar, et à une courte période, de 2008 à 2011. L'opération visait à rapatrier des fonds de résidents malgaches auprès de l'établissement bancaire, sans passer par les autorités de change officielles de l'île. En effet, on ne peut sortir de l'argent de Madagascar en dehors des organismes agréés par l'Etat. Pour contourner le Code des changes, des Malgaches ont acheté des chèques libellés en euros avant de les faire encaisser par BNP Paribas Monaco qui s'est montrée, pour le moins, peu regardante sur l'origine de ces chèques. Dans plusieurs pays africains, des chèques français sont ainsi régulièrement détournés. Explication : des commerçants ou hôteliers locaux proposent aux touristes français de régler leurs achats avec des chèques libellés en euros. Souvent, ceux-ci sont arrondis au montant supérieur, ce qui permet aux touristes de recevoir en échange un peu de monnaie locale pour chiner quelques souvenirs. Ensuite, des résidents de ces pays africains, qui veulent sortir des devises à l'insu du contrôle des changes et donc de l'Etat, rachètent ces chèques, soit directement soit via un intermédiaire, avant de les envoyer par Fedex ou DHL à des banques étrangères, comme la BNP Paribas Monaco, pour y créditer leur compte. L'astuce est que ces chèques ne mentionnent pas de bénéficiaires : ce sont des chèques en blanc. On note aussi que ces chèques sont rachetés à un montant supérieur au taux de change, ce qui permet aux hôteliers et commerçants de prendre une commission. L'Inspection générale de BNP Paribas a ainsi recensé des chèques pour plus de 10 millions d'euros provenant, entre 2008 et 2011, d'un seul apporteur malgache. Elle n'a pu interroger le gestionnaire de la banque en charge de Madagascar, puisque celui-ci est parti fin 2010 pour la concurrence, soit la KBL Monaco, avant donc que celle-ci ne soit revendue par KBC au Qatar. Mais la fraude pourrait concerner d'autres intermédiaires malgaches et d'autres pays africains, comme le Sénégal, le Gabon et le Burkina-Faso, évoqués dans le rapport d'audit. Les montants fraudés pourraient s'élever à des centaines de millions d'euros, tout cela au détriment des banques centrales des pays concernés. Par ailleurs, l'apporteur malgache, dont la situation bancaire a été examinée de près, aurait versé des sommes vers d'autres comptes dans d'autres pays, comme la Suisse, Singapour et... la Belgique. Aujourd'hui, BNP Paris Monaco se défend en disant avoir réglé le problème rapidement après la remise du rapport interne. Or ce même rapport explique qu'en 2007 déjà, l'Inspection générale de la banque avait alerté la filiale monégasque sur le fameux apporteur malgache... Le 10 avril dernier, l'association française Sherpa, qui lutte contre les grands crimes économiques, a demandé au procureur de Monaco d'ouvrir une enquête sur cette affaire. On attend la position du parquet. THIERRY DENOËLLa fraude concerne Madagascar, le Sénégal, le Gabon et le Burkina-Faso