François Bayrou tombe la veste en plein milieu de son discours. A la halle aux Toiles, à Rouen, le mercredi 4 avril, c'est bien la seule fantaisie qu'il se permettra. Quand les militants s'expriment un peu bruyamment, le candidat centriste douche aussitôt leur ferveur. " A la fin, je vous promets, on communiera ensemble dans le même enthousiasme. " Prière de ne pas le perturber dans son raisonnement.
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François Bayrou tombe la veste en plein milieu de son discours. A la halle aux Toiles, à Rouen, le mercredi 4 avril, c'est bien la seule fantaisie qu'il se permettra. Quand les militants s'expriment un peu bruyamment, le candidat centriste douche aussitôt leur ferveur. " A la fin, je vous promets, on communiera ensemble dans le même enthousiasme. " Prière de ne pas le perturber dans son raisonnement. Un meeting de François Bayrou est à l'image de sa campagne : rien ne doit bousculer sa ligne directrice, par définition la meilleure, puisqu'il l'a choisie. Quand il flanche dans les sondages, passant sous la barre symbolique des 10 %, François Bayrou préfère trouver des causes exogènes sur lesquelles, là encore par définition, il n'a pas de prise. Au choix : les Français ne sont pas entrés dans la campagne ; ils sont privés de débat télévisé par les autres candidats ; ils sont " trahis " par les médias, qui connaissent la réalité mais la cachent sciemment. Nicolas Sarkozy a eu ce commentaire devant des proches : " Il part en torche. " Peu importe ce jugement - officiellement, il " ne lit rien " qui parle de lui -, François Bayrou est étanche aux critiques comme aux conseils. Son entourage n'en est pourtant pas avare. " A François de réagir. Il faut trouver des phrases fortes qui percolent dans l'opinion ", plaide Christophe Madrolle, secrétaire général adjoint du MoDem. Ce n'est pas faute de lui en souffler. Si le centriste écoutait le député européen Robert Rochefort, il pourrait lui piquer cette sentence, susceptible de faire du buzz : " Si Bayrou est un challenger, les autres sont des rabatteurs. " Mais Rochefort comme les autres peuvent bien se multiplier et clamer ce que bon leur semble, Bayrou a prévenu que cela ne l'engageait pas. " La consigne, c'est qu'il a raison ", explique l'un de ses soutiens, qui est " devenu important " aux yeux du Béarnais le jour où il s'est éloigné de son giron. Les conseils sur la stratégie, il n'en a cure. Le duo d'anciens Verts Jean-Luc Bennahmias-Christophe Madrolle aimerait qu'il esquisse un visage de cette " majorité centrale " qu'il assure pouvoir incarner s'il était élu. Eux avancent des noms : à gauche, Manuel Valls, Michel Sapin ; à droite, Bruno Le Maire, actuel ministre de l'Agriculture. François Bayrou, lui aussi, cite à chaque réunion publique des personnalités des deux bords : Mendès France, Delors, Giscard, Barre, Rocard. Pas vraiment la même génération. En retoquant toutes les propositions, François Bayrou court le risque de démotiver ses troupes. " Un peu de diplomatie et de rondeur, ça peut être utile ", notait son ami Jean Peyrelevade, avant que la campagne ne démarre. Quand il est pris en défaut par des étudiants en journalisme sur un point de son programme, le candidat incrimine sans ciller une " commission zélée " de son parti. Il a juste oublié que la scène est filmée et qu'elle va faire le tour du Web. Dont il sut pourtant se servir en 2002 et en 2007. " François a une grande qualité : il pense par lui-même, explique un proche. Revers de la médaille, il ne sait pas travailler en équipe. " Son amie, la sénatrice Jacqueline Gourault, s'agace aussi de ces rendez-vous fixés sans prévenir. Bayrou pâtira-t-il, une fois de plus, de cette solitude qu'il a pourtant soigneusement cultivée ? " Peut-être ", ose l'ancienne ministre Anne-Marie Idrac, qui ajoute cependant, prudente : " Il pense que ça va le faire. " Il est peut-être le dernier encore à y croire. S'il refuse toujours d'évoquer ses intentions, en cas de défaite au soir du 22 avril, autour de lui les vannes s'ouvrent progressivement. " God only knows " (Dieu seul sait), concède ainsi un proche lorsqu'on avance l'hypothèse d'une nomination à Matignon sous un nouveau mandat Sarkozy. God ? C'est donc cela. BENJAMIN SPORTOUCH" La consigne, c'est qu'il a raison "