Quelque 1 600 flamingants, réunis en un seul lieu, en l'occurrence la salle internationale de congrès de Gand, c'est impressionnant. Dimanche dernier, la N-VA, la chapelle séparatiste du CD&V, tenait congrès. Les journalistes, après avoir été autorisés à immortaliser l'arrivée des stars du parti et, en particulier, celle de Bart De Wever, portant son petit dernier de 11 mois dans un couffin, ont été priés de débarrasser le plancher. Bousculades. Les portes se referment. Une journaliste trop peu empressée se replie prudemment vers les gradins, se cache derrière le chignon d'une militante sexagénaire exhibant, pour la circonstance, son plus beau tailleur. Une occasion unique de sentir battre le pouls du peuple flamingant.
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Quelque 1 600 flamingants, réunis en un seul lieu, en l'occurrence la salle internationale de congrès de Gand, c'est impressionnant. Dimanche dernier, la N-VA, la chapelle séparatiste du CD&V, tenait congrès. Les journalistes, après avoir été autorisés à immortaliser l'arrivée des stars du parti et, en particulier, celle de Bart De Wever, portant son petit dernier de 11 mois dans un couffin, ont été priés de débarrasser le plancher. Bousculades. Les portes se referment. Une journaliste trop peu empressée se replie prudemment vers les gradins, se cache derrière le chignon d'une militante sexagénaire exhibant, pour la circonstance, son plus beau tailleur. Une occasion unique de sentir battre le pouls du peuple flamingant. En guise d'introduction au " débat " du jour, une vidéo retrace l' " historique " des quinze mois de crise. Une mini-fusée traverse l'écran à un rythme soutenu. Elle s'écrase au bout de l'écran géant, sur un fond sonore d'explosions. Les titres d'articles francophones défilent, en lettres grasses : " Un poison nommé N-VA ", " Un parti séparatiste ", " Les amitiés fascistes de Bart De Wever ", et on en passe. Tout cela fait mal aux oreilles et aux yeux. Mais, surtout, à l'intelligence. Ce n'est pas fini. On enchaîne avec les insultes et autres amabilités adressées à De Wever par des internautes excités : " Gros facho de mes deux ", " Nazi ", " Tu n'es qu'un gros porc, sauf que tout est bon dans le cochon ", et on en passe encore. Ces " citations " ne sont pas signées : l'assemblée croit toujours qu'on écrit cela dans les gazettes, au Sud. Une fausse blonde d'une cinquantaine d'années, vêtue d'un pull jaune canari et d'un chemisier (très) approximativement assorti, assise au côté d'un papy vitupérant, éructe, in het Vlaams : " Salauds de journalistes fransquillons ! " Après cette entrée en matière très guerrière apparaît Bart De Wever, superbe en martyr de la cause flamande. Acclamé par des militants surchauffés, aux tempes grisonnantes pour la plupart (pour rajeunir l'image du parti, quelques bébés, dont celui de De Wever, ont été stratégiquement installés au premier rang, devant l'estrade), très remontés contre cette " minorité qui dicte sa loi à la majorité flamande ". De Wever détend l'atmosphère : il lâche une petite anecdote amusante. La voici : le siège de la N-VA, situé rue de la Charité, à Saint-Josse-ten-Noode (Bruxelles), a été récemment vandalisé. Pour faire constater les dégâts, il a fallu trouver un policier causant flamand (" Pas facile, à Bruxelles ! "). Sur le toit du bâtiment, un drapeau belge claquait au vent : " Il a fallu convaincre le policier qu'il s'agissait là d'un acte de vandalisme ! " poursuit le président, badin. L'assemblée se tord de rire. Puis vient le moment des interventions du public. Là, on se dit : " C'est ici que vont s'afficher les dissensions internes, les divergences de vues, les critiques sur la stratégie. " Que nenni. La N-VA ne soutiendra plus le gouvernement fédéral ? Très bien ! Un monsieur d'apparence joviale dépose sur la table, devant Bart De Wever, un sac rempli de noix. Une allusion au fait que le parti séparatiste n'a, à ce jour, rien obtenu en matière institutionnelle. Et que, par conséquent, il doit sortir de ce jeu de dupes. Rien que du bon, des encouragements, des incantations à la fermeté face aux francophones. De Wever et ses amis jubilent. Geert Bourgeois promet qu'il ne s'accrochera pas à sa limousine ministérielle, que seule compte sa mission (quelques heures plus tard, on apprendra sa démission du gouvernement flamand). On veut prendre note de quelques déclarations. La dame jaune veille au grain. Elle avait déjà repéré mon absence d'enthousiasme, mes applaudissements polis, mes retards dans l'ovation. Là, elle en est sûre : " Vous là, vous êtes journaliste ? Répondez ! " Devant mon silence faussement étonné, ma bouche en c£ur, elle crache : " Et, en plus, vous êtes francophone ! " La pire des insultes. I.Ph.