Christian Makarian
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Christian MakarianIl n'est pas certain que Barack Obama, confronté au gigantesque marasme économique mondial, fera de la question israélo-palestinienne un objectif prioritaire, à l'instar de ses deux prédécesseurs. Deux sujets s'imposeront néanmoins à lui par leur urgence : l'Irak - point clef de son programme électoral - et, en toute logique, l'Iran. C'est ce dernier sujet qui lui avait donné le plus de fil à retordre face à Hillary Clinton, mais aussi face à l'opinion américaine en général et à l'électorat juif en particulier. En se déclarant favorable à un dialogue sans conditions préalables avec Téhéran, le candidat démocrate avait soulevé l'inquiétude. Mais le dossier iranien lui a également fourni l'occasion de démontrer sa grande souplesse. En affinant son propos et en durcissant le ton, Obama a réussi, sans se renier, à se faire massivement élire par les juifs américains. Trois jours à peine après son élection, lors de sa première conférence de presse, le nouveau président a donc confirmé sa fermeté sans exclure des pourparlers directs avec Téhéran : " Je pense que la fabrication par l'Iran d'armes nucléaires est inacceptable. Nous devons organiser un effort international pour empêcher que cela puisse se produire. " Alors que, grande première, le chef de l'Etat iranien, de plus en plus contesté chez lui, venait juste de féliciter le 44e président américain pour son élection. Du coup, la divergence entre Barack et Hillary s'est considérablement réduite, gage d'une politique étrangère cohérente. A la bonne heure, car des voix s'élèvent aux Etats-Unis pour lever les anathèmes qui prévalent depuis trente ans, tandis qu'Israël conjure de ne pas écarter l'option militaire... Un groupe de 20 experts et anciens diplomates de haut rang se déclare résolument favorable à l'établissement d'un dialogue avec les Iraniens. Issu de plusieurs think tanks, tout un courant d'ouverture se développe. Dans un essai décapant (Iran, l'irrésistible ascension, Lattès), Robert Baer, ancien chef de région de la CIA au Moyen-Orient, défend l'idée que l'Iran est non seulement devenu incontournable, mais qu'il est demandeur d'un nouvel échange. " Au lieu de s'accrocher à cette notion erronée et dépassée que les Iraniens ne sont qu'une bande de mollahs fous, écrit Baer, l'Occident doit absolument mesurer qu'ils sont en fait des partenaires potentiels. " Obama détient là un tournant historique.