Philippe Galloy
...

Philippe GalloyLa chasse aux coûts est lancée. Les banques, qui ont perdu et continuent à perdre des milliards d'euros à cause de la crise financière, se doivent de réagir. En pleine crise économique, pas question d'espérer augmenter les revenus : tous les marchés se contractent et les marges s'amenuisent considérablement. Dès lors, les banquiers ont décidé d'appliquer le seul remède encore possible : la réduction des coûts. Pour parvenir à réaliser les économies nécessaires, les institutions financières vont devoir non seulement sabrer dans l'emploi mais aussi se montrer moins généreuses envers la clientèle. Ces dernières semaines, plusieurs signes ont témoigné de la mise en £uvre de cette politique restrictive dans les services bancaires. Côté rémunération de l'épargne, les taux sont en chute libre depuis quelques mois. Le changement drastique de la politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE), qui a réduit son principal taux directeur de plus de 2 % depuis l'été dernier, n'est pas seul en cause. " Les banques doivent retrouver des marges suffisantes pour couvrir leurs frais annuels, voire pour couvrir les énormes pertes dues à la crise financière, explique un analyste du secteur financier. Depuis le début de l'année, les rendements de plusieurs produits bancaires sont logiquement revus à la baisse. Prenons l'exemple du bon de caisse à un an de Fortis. La banque vient de réduire le taux d'intérêt de ce produit à 2 %. Ce taux était encore de 3,40 % en janvier et de 4,60 % début décembre ! "On observe aussi des réductions drastiques des rémunérations des comptes d'épargne dans la plupart des banques. Les quatre plus grandes enseignes belges ont toutes revu leurs conditions à la baisse le mois dernier. Alors que le taux d'intérêt de base de leurs comptes d'épargne - parfois sur Internet - allait jusqu'à 4 % au second semestre 2008, il a fondu en 2009 pour se situer dans une fourchette allant de 1,75 % à 3,50 %, selon le cas. Idem chez les " outsiders ". La banque en ligne qui s'affiche comme la championne du compte d'épargne, Rabobank.be, a réduit progressivement son taux de base à 3 %, après avoir offert 4,25 % à l'automne 2008. Même Deutsche Bank, qui ambitionne de devenir " la seconde banque " des épargnants, est descendue à 3 % de taux de base. " Les conditions macroéconomiques expliquent aussi cette tendance, tempère un banquier. L'inflation est passée sous les 2 % en février. A cette aune, on peut considérer qu'un taux de base de 3 % est très intéressant. Il l'est même plus que le taux de 4 % de l'été dernier, lorsque l'inflation frôlait les 6 % ! "Toute la question est de savoir si les banques ne font que s'adapter aux conditions économiques changeantes ou si elles en profitent pour présenter à la clientèle l'addition de leurs errements des dernières années. C'est cette dernière hypothèse que semble attester l'évolution des conditions en matière de prêts. Logiquement, suivant l'assouplissement de la politique monétaire européenne, les taux des crédits devraient se réduire. Seulement voilà, " ils ont baissé, oui, mais seulement un petit peu, souligne un spécialiste de la consommation. C'est vrai aussi bien pour le crédit à la consommation que pour les prêts hypothécaires. Si, pour une baisse d'un point du taux de la BCE, on observe une réduction d'un demi-point d'un crédit, c'est déjà bien ! " En outre, les conditions de prêt se durcissent. Plus question d'obtenir un prêt pour 100 % du coût d'un projet immobilier, voire pour 120 % afin de payer les frais. L'emprunteur doit désormais avancer une partie de la somme. Le banquier, lui, limite son apport à quelque 80 %... De plus, " auparavant, pour un prêt à but immobilier, on pouvait raisonnablement négocier un rabais de 50, voire de 100 points de base, ce qui permettait d'obtenir un crédit à 4 ou 4,5 % au lieu de 5 % par exemple poursuit ce spécialiste. À présent, on peut espérer tout au plus une baisse d'une dizaine de points de base. Comme l'effort que consent le prêteur est moins prononcé, malgré la baisse généralisée des taux, le consommateur ne voit pas vraiment la différence ". Ce phénomène est-il pour autant critiquable ? " On assiste peut-être à un retour de pratiques plus saines, confie un banquier. Quand tout allait bien, certains acteurs du marché avaient tendance à offrir d'importants avantages sur des produits d'appel, à la limite de la rentabilité. A présent, à cause de la crise financière, c'est le risque qui est au c£ur des préoccupations. Et le risque a un coût. " La métamorphose du très populaire compte First illustre parfaitement cette évolution. Ethias, la compagnie qui offre ce produit d'assurance à capital et rendement garantis, a été fortement secouée par la crise financière. Les gouvernements fédéral, wallon et flamand ont dû recapitaliser l'entreprise. Cette intervention s'est accompagnée d'une rationalisation de la gestion du First. Désormais, le Top First, de son nouveau nom, sera soumis à des frais de gestion et de sortie. Parmi les défenseurs des consommateurs, on craint d'ailleurs une augmentation généralisée des frais liés aux produits financiers : " Outre le First, il n'y a pas encore d'autre réforme marquante, mais c'est inéluctable. "L'autre grande crainte, c'est que les conditions plus strictes des banques provoquent un credit crunch, soit un assèchement du crédit. Une récente enquête du Cefip (Centre de connaissances du financement des PME) montre qu'en novembre dernier près de deux tiers des PME prévoyaient davantage de difficultés pour obtenir un prêt. Mais les chiffres du troisième trimestre 2008 prouvent que le montant des crédits octroyés a continué à grimper. Reste à voir si la tendance ne s'est pas inversée au dernier trimestre. Les chiffres seront connus sous peu. Philippe Galloy