Un ballet aux règles tacites, telle est l'impression que me donne la compétition dans les rues de Kigali entre les motos-taxis de la marque chinoise Victor et les SUV d'origine japonaise appelés V8 en référence à leur puissant moteur. Les pilotes des deux-roues se faufilent au milieu de la circulation, faisant vrombir leur moteur pour faire la nique aux chauffeurs des grosses cylindrées.
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Un ballet aux règles tacites, telle est l'impression que me donne la compétition dans les rues de Kigali entre les motos-taxis de la marque chinoise Victor et les SUV d'origine japonaise appelés V8 en référence à leur puissant moteur. Les pilotes des deux-roues se faufilent au milieu de la circulation, faisant vrombir leur moteur pour faire la nique aux chauffeurs des grosses cylindrées. Ne disposant pas de voiture, à part celle prêtée par une amie pour les longues distances, j'emprunte mon engin préféré: la moto-taxi, qui me permet d'éviter les embouteillages. Leurs pilotes, véritables équilibristes, doivent redoubler d'attention. Les radars veillent. Non seulement les fixes, baptisés Sofia, mais aussi les mobiles, camouflés derrière les palmiers et autres buissons qui ornent les artères de la capitale. Tellement impitoyables qu'il n'est pas rare d'entendre un joggeur pester en passant devant le Sofia qui l'a flashé la veille. On réalise qu'il n'est pas fou quand on apprend qu'il avait reçu instantanément un message sur son téléphone lui enjoignant de payer une contravention de 25 000 francs rwandais (FRW), soit 23 euros. Une même contravention, pour un motard, peut représenter le salaire de plusieurs journées de travail. Mon choix de ce mode de transport provoque une certaine incompréhension chez mes amis. Un membre de la diaspora de retour au pays devrait plutôt utiliser une voiture pour se déplacer. Personnellement, je préférerais les bus qui sillonnent les quartiers. Le réseau de transport en commun est bien organisé et le système de paiement est identique au système belge: des cartes électroniques prépayées. Malheureusement, après les mesures draconiennes prises par les autorités pour contrer la Covid, ils ne peuvent être remplis qu'à 30%, ce qui provoque de longues files d'attente. Au cours des quatre mois que j'ai passés à Kigali, je n'ai jamais aperçu les cheveux d'un pilote de moto-taxi en service! Même à l'arrêt, ils gardent leur casque, prêts à bondir pour attraper le premier client qui s'approche telle une araignée dans sa toile. Dès qu'ils ont obtenu la course, ils désinfectent le casque du passager tandis que ce dernier est prié de couvrir sa tête d'un tissu personnel, coronavirus oblige. Les motos-taxis, il y en a tellement. A chaque feu rouge, je me demande comment elles font pour ne pas se heurter. Combien sont-elles dans la ville? Quinze mille, 20 000, 25 000? Je posais la question à chaque pilote qui m'embarquait. En début de séjour, j'indiquais l'adresse où je souhaitais me rendre mais j'omettais de négocier le prix de la course. Ne commettez pas la même erreur! Il m' est arrivé de payer le double du tarif. Payer 500 FRW (45 cents en euros) en plus n'a pas affecté mon budget de vacances. Par contre, cette différence peut s'avérer vitale pour un citoyen qui utilise ce moyen de locomotion pour aller travailler, se rendre au marché, chez le docteur... partout et tout le temps. C'est encore plus vrai à cause de la Covid qui fait tourner le pays au ralenti. Certains motards travaillent pour un patron et lui versent une rente journalière. D'autres sont indépendants grâce au crédit contracté chez le revendeur indien qui a le monopole de la marque Victor . Sur ces engins, j'ai côtoyé des personnalités plus intéressantes les unes que les autres. Grâce aux rumeurs et récits colportés par mes hôtes éphémères, j'ai pu mesurer quotidiennement la température de la cité, celle de la vraie vie.